XMH : The After Years
 
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[CLOS] The Man in Number 9 | Roxas, Doctor

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Identité : Micaela "Mimi" Gomez
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MessageSujet: [CLOS] The Man in Number 9 | Roxas, Doctor Lun 11 Mai 2015, 22:28



The heart may freeze
Or it can burn
The pain will ease
If you can learn




« Mimi, tu t'occupes de la chambre neuf ? »

La jeune femme pencha la tête en arrière, pour observer sa collègue. Elle finit par se retourner, pour fermer la fenêtre à laquelle elle s'était accoudée pour respirer un peu l'air frais du soir.

« Oui, » répondit-elle. « De toute façon, ils m'y ont attribuée, tu sais ? Le temps que je reparte. »

« T'es un bon élément, Micaela. Pourquoi tu ne restes pas ici ? Ils voudraient t'engager, je suis sûre. »

« Les hôpitaux à grande échelle, c'est pas mon truc. »

Bien sûr, elle ne pouvait dire la véritable raison à cela. Chaque jour passé dans cet hôpital, dans l'attente d'un travail à domicile qui lui conviendrait mieux, c'était s'exposer davantage à ce qu'on la prenne pour quelqu'un d'autre. Certes, il y avait parfois la chance que plus on la connaissait, moins cela pouvait arriver. Mais aux yeux de tout le monde, elle n'apparaissait jamais véritablement comme elle-même. Elle le savait. Toujours il y aurait cette ressemblance. Pour sa collègue, c'était sa forme de mâchoire, par exemple. Elle avait un peu fouillé son esprit, elle était préoccupée par son père malade. Forcément, elle avait pour elle une mâchoire qui l'évoquait. Eternelle malédiction. Allez savoir si elle arriverait jamais à s'y habituer. Bah...chacun avait son bagage dans la vie. Elle en avait parfois un plus chiant que les autres, voilà tout.

Sur cette brève discussion, la jeune femme salua sa collègue qui termina son service, et elle observa un instant son planning, ainsi que les salles qui lui étaient attribuées, dans la salle de repos des infirmières. Elle vérifia mentalement le tour des salles qu'elle devait faire, nota quelque chose qu'elle devait annoncer à un des patients, avant de sortir d'un pas plus déterminé. L'homme en chambre neuf, le pauvre...certes, en quelques années – et surtout à cause de la Guerre – elle avait eu l'occasion de voir quelques horreurs. Pour autant, le sort de cette personne lui faisait de la peine, surtout qu'elle avait été là, lorsqu'il avait été admis en urgence. Une bagarre de mutants dangereuse, avait expliqué le compagnon qui était à ses côtés – du moins avant qu'il soit viré à cause de son comportement violent. Elle n'en venait pas souvent aux poings avec des patients, mais parfois...bref.

En attendant, qu'est-ce que ça avait donné ? Le patient de la chambre neuf avait dû subir une amputation. Une chose qui ne plairait à personne, en vérité. Micaela avait eu quelques doutes sur cette opération, au vu des dires du type qui l'accompagnait. Mais même si elle avait protesté, même elle, mutante-infirmière, elle n'aurait pu avoir raison sur l'avis final du médecin. La jambe aurait-elle repoussé, s'ils avaient laissé cela ainsi ? Peut-être, mais qui dit que ça ne se serait pas putréfié, gangrené, ou que le sang aurait fini de vider cet homme en piteux état, tout mutant qu'il était ? Personne n'était immortel, et tout le monde mourrait un jour. Ils avaient fait ce qu'ils pouvaient.

Cela faisait plusieurs fois qu'elle s'occupait de lui, la nuit. Il dormait parfois peu, réveillé par la douleur, en dépit de la morphine ou des calmants administrés. Le plus difficile était son état psychique, toutefois. Cela demandait...une métamorphose de l'esprit et une acceptation terrible. Pour l'instant, cet homme avait passé le déni, mais l'étape suivante ? Ça restait à voir. Elle entra dans la chambre, passant le seuil. L'homme – elle jeta un regard à la feuille accrochée sur le lit, mais elle s'en souvenait presque – Rafael, voilà, somnolait pour l'instant. Elle vérifia à quand remontait la dernière dose de calmants, quelques heures, ça ne saurait tarder pour la prochaine fois. Elle savait bien qu'il ne pourrait pas vivre éternellement sous médicaments, mais pour l'instant, c'était plus que nécessaire. Elle alla entrouvrir légèrement la fenêtre, se déplaçant d'un pas souple, avant de se retourner vers l'homme et de l'observer. Elle croisa les bras. Elle n'était pas du genre à ressentir de la pitié, disons plutôt de la compassion. Mais au moins cet homme-là vivait...seulement, ce serait bien plus difficile qu'avant.

Elle vérifia également la dernière heure à laquelle son moignon avait été lavé. En début d'après-midi. Il allait donc falloir s'y coller. Elle alla rechercher une bassine d'eau, un savon doux à pH neutre, mais une fois cela prêt, elle savait assez respecter les gens pour savoir que Rafael n'apprécierait certainement pas de se réveiller d'un coup parce qu'il sentait un truc humide près d'un membre fantôme. Micaela posa par conséquent sa main sur son épaule, penchée au-dessus de lui, pour le ranimer autant en douceur que possible.

« Monsieur, désolée de vous réveiller... »

De toute façon, elle aurait à lui parler par la suite.



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MessageSujet: Re: [CLOS] The Man in Number 9 | Roxas, Doctor Jeu 21 Mai 2015, 22:39

Je savais que certains restaient à l'hôpital plus longtemps que moi, d'autres n'en sortaient par ailleurs jamais. Cela ne m'empêchait pas de trouver les lieux particulièrement oppressants. Davos venait dès qu'il pouvait, mais les heures de visite demeuraient restreintes. Et puis, c'était la nuit que c'était le plus difficile. Je n'en profitais certes pas pour me reposer. Quand on souffre de ces maux-là, jour et nuit, c'est pareil. L'aiguille peut faire un tour entier sur le cadran, qu'on ne voit aucune différence, à notre état de fatigue ou de santé. Je dormais quand je le pouvais, mais j'étais régulièrement réveillé par la douleur, quand ce n'était pas par des cauchemars, d'ailleurs. Parfois, je me retrouvais cloué au lit d'hôpital, dans la pénombre ; pour seule compagnie, les pas empressés du personnel qui travaillait de nuit. Si je sortais finalement d'ici, et que Davos acceptait de quitter New York pour un temps, ce serait le paradis, en contraste.
Mais pouvais-je seulement vivre, un tant soit peu normalement, en dehors de ces murs? Mon existence était devenue dépendante de quelques cachets, et surtout j'étais incapable de faire quoique ce soit, de façon autonome. Je dépendais aussi des infirmières. J'avais ressenti une forme d'humiliation, au départ, mais il paraît que l'on s'habitue à tout. A ce stade du deuil étrange, je devais me situer quelque part entre la révolte et le marchandage. J'avais rarement été aussi nerveux, et – comme pour compliquer la tâche – je n'acceptais que le strict minimum de ce que l'on me conseillait. Il fallait bien accepter une part de la réalité, mais de là à être traité comme un infirme ? Je n'avais pas encore écouté ce qu'ils avaient à me dire, ou du moins, je n'avais pas vraiment posé de questions concernant l'avenir, comme si je n'en avais aucun. Les infirmières avaient l'air de s'en contenter, quelque part, comme si elles avaient peur de rester trop longtemps avec moi. Il y avait bien une exception à la règle : il s'agissait d'une jeune femme qui venait plus régulièrement que les autres. Je ne la trouvais ni froide, ni particulièrement chaleureuse, mais elle faisait son travail. C'était tout ce qu'il fallait.
On ne pouvait certes pas en demander trop à cet hôpital qui, après tout, avait pris des décisions aux répercussions irréversibles, de façon prématurée. Si Davos était furieux, et à raison, j'avais l'impression de trouver ça plus ironique qu'autre chose, même si c'était certes désespéré de ma part. C'était comme si j'avais pris l'habitude que le pire scénario arrivât toujours. Mais cela me permettait également de relativiser. Les gens des urgences étaient débordés et devaient agir vite ; ils n'avaient guère droit à l'erreur. Peut-être avaient-ils eu raison, d'ailleurs. On ne le saurait jamais...
Cette nuit-là, j'avais été réveillé doucement par l'infirmière qui venait le plus souvent dans cette chambre. Lorsque j'ouvris les yeux, je ne me rappelai déjà plus de quoi je rêvais, mais je me doutai que ce n'était pas agréable, puisque j'étais pâle, peut-être un peu en sueur. Mais était-ce seulement la nuit ? J'étais tant déphasé que je ne pouvais plus faire la différence entre la fin d'après-midi, ou le petit matin. Il suffisait que le soleil ne soit pas au rendez-vous un jour, pour le rendre plus monotone encore que tous les autres. Il était facile de se laisser abattre ; les présents de Sveda ou d'autres n'y changeaient rien. Le navire en bouteille laissé par Davos était tout de même assez réconfortant. Je ne doutai pas que, même si nous étions séparés, nos pensées allaient vers l'autre, surtout lorsque nous peinions à trouver le sommeil.
J'avais d'ailleurs cru qu'il s'agissait de Davos, qui était venu à mon chevet, un très bref instant. Cette femme avait exactement le même regard que lui. Ces yeux d'argent étaient d'autant plus perçants qu'ils contrastaient avec la couleur de la peau de cette infirmière. Je n'avais jamais vu une personne typée avoir un regard aussi... translucide. Je ne lui en avais encore jamais parlé. J'avais parfois l'impression de simplement devenir dingue, et de commencer à avoir des hallucinations.
Je hochai la tête alors qu'elle s'excusait, pour lui faire comprendre qu'il n'y avait pas de souci. Au vu du matériel qu'elle avait sorti, je me doutai bien qu'il ne s'agissait pas d'une visite de courtoisie. C'était simplement... une nécessité. Même si je rechignai encore à regarder, même brièvement, cette blessure que je n'avais pas encore montré à Davos ou un autre. Je n'en étais certes pas à ma première « cicatrice » mais celle-ci les surpassait toutes. En vérité, je devais être en moins bon état que certains vétérans de la guerre, sauf que l'ensemble de mes blessures n'avait rien de glorieux.
Je me redressai un peu, même si je n'étais pas particulièrement pressé d'en venir au fait. Je posai mon regard sur le badge qu'elle portait sur le côté de son uniforme. « M. Gomez », y avait-il marqué. Je réalisai que je ne lui avais jamais demandé ce que voulait dire ce M. Je n'étais même pas sûr d'avoir entendu les autres infirmières prononcer son prénom.


Je sais que c'est votre quotidien, mais compte tenu de ce que vous faites et de ce que vous voyez, je doute que le vouvoiement soit bien nécessaire, commentai-je, essayant d'être plus aimable qu'amer. Je ne sais même pas votre nom...

A vrai dire, je ne savais rien à son sujet, hormis sa profession. Et pourtant, elle savait tant. Elle était même au courant pour moi et Davos, puisqu'une grande partie de l'hôpital avait l'air d'être informée. C'était simplement étrange de ne plus avoir à se cacher.
J'ignorai ce qui me poussait à lui parler, ce soir-là. Me sentais-je plus en forme, ou au contraire, plus déprimé que d'habitude ? On pouvait passer des jours, des mois à croiser des visages, sans jamais oser (ou vouloir) les aborder ; mais parfois, il était rassurant de muer ces étrangers en autre chose. N'importe quoi... Il fallait ajouter qu'elle semblait moins pressée que d'habitude. C'est qu'il y avait du monde dans cet hôpital, mais peut-être que beaucoup dormaient, à cette heure, par miracle.
J'hésitai un instant, puis j'écartai le drap, même si ce simple geste me coûtait un peu. Je n'avais toujours pas accepté l'image qui m'était renvoyée, en lieu et place de ma jambe, et ce même si la blessure était recouverte d'un bandage.

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MessageSujet: Re: [CLOS] The Man in Number 9 | Roxas, Doctor Dim 24 Mai 2015, 21:06


Certains ne sortaient de l'hôpital que difficilement. D'autres étaient condamnés. C'était cela, le jeu, au final : vivre ou mourir. Rafael faisait partie de ces gagnants qui, même s'ils étaient blessés à vie, vivraient, malgré tout. Certains n'avaient pas forcément autant de chance. C'était aussi à cela que se cantonnaient ces longs couloirs, ces innombrables chambres : des longues heures de confessions, de soins, de pleurs, d'urgences, parfois, de sourires. Parfois de la plus parfaite indifférence face au sort qui se jouait. Un large spectre de la vie humaine, comme Micaela l'avait appris. Un hôpital était un de ces lieux où on pouvait croiser la plus grande variété de l'espèce humaine. Peut-être était-ce aussi pour cela qu'elle faisait en partie ce métier, qui aurait pourtant dû la décourager, depuis le temps, et surtout au vu de son pouvoir. Elle restait toutefois là, solide comme un roc. Elle affrontait d'autres tempêtes ailleurs qu'ici, voilà tout.

Rien peut-être, de semblable à la crise que traversait ce patient dans la chambre neuf, mais rien de comparable non plus. C'était complètement différent. Elle savait combien certains avaient du mal à accepter des traitements, des médicaments, fut-ce pour leur bien. Comme si cela allait les rendre dépendants à jamais, comme si être soigné, suivi, faisait montre d'une preuve de faiblesse, alors que la faiblesse était de ne jamais prendre le risque d'être confronté à comment aller mieux, par la suite, par crainte de la douleur ou des épreuves à traverser, de l'humiliation ou de la culpabilité, parfois. Certes, elle n'était guère mieux, dans un sens ; mais elle savait comment cela se finirait, de son côté, et avait appris à vivre avec. Aussi, cet homme, ce Rafael, était parfois plus réticent aux traitements qu'on lui donnait. Pourtant, sans cela, il n'était pas certain qu'il eût même survécu, tout mutant qu'il soit. Ils n'étaient pas des dieux. Et qu'il le veuille ou non, il était désormais infirme. C'était la plus pure vérité, quelles que soient les erreurs de jugement faites aux urgences. Rien qu'on ne puisse plus réparer, désormais. Même si Micaela avait commencé à avoir quelques idées à ce sujet, mais cela ne concernait en rien cet homme.

L'épaule qu'elle avait effleuré, pour le réveiller, témoignait de l'état de Rafael. Bien sûr, il y avait également le mouvement de ses yeux, derrière les paupières, plutôt agités : sans doute un cauchemar, probablement dû à la souffrance présente dans le corps. L'esprit cherchait à expulser la douleur comme il pouvait. Il était également aussi pâle qu'elle était brune de peau. Elle avait remarqué, au passage, les quelques cadeaux présents sur la table de chevet ; elle n'en doutait pas, mais au moins avait-il de la visite, ce grand blessé. Le bateau dans une bouteille était même assez intriguant, par rapport aux cadeaux qu'on avait l'habitude de voir à l'hôpital.

Micaela était également inconsciente, pour l'instant, de la personne qu'elle évoquait à Rafael. Elle ne choisissait pas cela, et au fil des années, elle avait perdu parfois l'envie de savoir qui cela était à chaque fois, sauf cas particuliers. Elle avait assez à faire en essayant de se construire sa propre vie, que de squatter celles des autres. Rafael hocha la tête, probablement plus péniblement qu'il ne le laissait paraître, ce qui était à tout son honneur. Il avait, au vu de son regard, vite deviné pourquoi elle était là. Cela faisait un moment qu'ils se croisaient, après tout. La main qu'elle avait posé sur l'épaule de Rafael, se resserra légèrement, quand il se redressa.

« Pas de mouvement trop brusque. » précisa-t-elle doucement. Même s'il maintenait au moins une bonne position : ce genre de blessures nécessitait de garder les membres mutilés aussi tendus que possible.

Elle s'attendait à effectuer cette tâche en silence – il ne lui avait jamais particulièrement parlé avant. L'homme était plutôt du genre mélancolique, voire parfois apathique, à ses yeux. Ce qui pouvait se comprendre, même si elle n'appréciait pas qu'on cesse de lutter.

« Je sais que c'est votre quotidien, mais compte tenu de ce que vous faites et de ce que vous vouez, je doute que le vouvoiement soit bien nécessaire. Je ne sais même pas votre nom... »

Elle eut un léger sourire, qui éclaira son visage. Cela signalait un changement d'attitude chez lui, par rapport à ce qu'elle pensait quelques secondes plus tôt. Elle était agréablement surprise, et en temps normal, elle aurait sans doute taquiné, mais elle savait l'homme gay. L'humour n'était pas non plus parfois la meilleure chose à amener à un malade, même si ça les faisait penser à autre chose.

« C'est une habitude, » répondit-elle simplement, pour le vouvoiement. « Aspect purement professionnel, mais comme tu le souhaites. » Elle n'était pas femme à s'offusquer d'un rien, et peu lui importait cela, en vérité. Elle était plutôt directe. « Micaela. Mimi. Rafael. »

Elle avait ajouté cela, pour montrer qu'il n'était pas un patient anonyme parmi d'autres, ce qui, mine de rien, jouait pas mal sur le moral. Et puis, ce n'était pas comme s'il n'avait pas attiré son attention. Et qu'elle n'avait pas dû un peu aider à maîtriser son compagnon. En parlant de ça. « Il est cool, le bateau en bouteille. Original. »

Les mots sortaient naturellement de sa bouche, alors qu'elle avait ôté sa main de l'épaule de Rafael. Elle avança la chaise près du lit, le lavage prenant un certain temps. Etait-elle spécialement contente qu'il choisisse de sortir de son silence, de lui parler ? Difficile à dire, simplement, elle ne rechignait pas au contact humain, tant qu'on ne la prenait pas trop pour quelqu'un d'autre. De son propre côté, il lui arrivait bien d'aborder des inconnus dans la rue, alors... Le geste qu'il fit pour déplacer le drap, elle l'observa avec acuité. Ce n'était pas encore naturel, sans que cela soit maladroit ; mais on sentait l'effort que cela demandait. Elle voyait aussi comment le regard turquoise de Rafael vacillait et s'éloignait ; comme si ses yeux fuyaient et que malgré tout, malgré la fuite en avant, il y avait toujours un esprit derrière, à le poursuivre. Cela ne serait pas facile, mais il progressait.

« Comment tu te sens ? Tu sais ce que je veux dire, » anticipa-t-elle, pour éviter qu'il ne réponde une banalité comme d'autres avaient l'habitude, pour éluder une situation compliquée. Elle parlait de l'esprit aussi bien que du physique. Dans le même temps, elle défaisait doucement le pansement, les mains légères. Son regard s'appesantit un instant, alors qu'elle observait le moignon, comment il cicatrisait, effleurant les cicatrices. Si ses yeux à elle étaient plus habituées à voir des horreurs et des plaies, il n'était pour autant jamais évident de s'y habituer. La différence entre elle et Rafael, était qu'elle acceptait cette blessure comme faisant partie intégrante de lui : non pas « vivre avec », mais « vivre » tout simplement. Elle n'avait certes pas la même façon de penser que la plupart des gens.

« Ça cicatrise bien, » ajouta-t-elle. « Même si cela met du temps...c'est en bonne voie. » Elle avait pris le savon, prête à nettoyer le membre mutilé de Rafael, sans répulsion. Mais elle releva la tête vers lui, ses yeux observant son visage – sans se douter que ce regard-là appartenait à quelqu'un d'autre.

« On m'a aussi chargée de te dire qu'ils ont trouvé un psy, qui viendra te parler dès que possible. Demain matin, j'crois. »


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MessageSujet: Re: [CLOS] The Man in Number 9 | Roxas, Doctor Lun 01 Juin 2015, 20:39

Je savais, de source sûre, que je ne serais pas en mesure de travailler dans un hôpital. J'avais déjà été visiteur bien sûr, et peut-être avais-je même été patient, par le passé, mais je n'étais jamais resté aussi longtemps dans cet endroit. Je n'avais jamais autant dépendu des soins que l'on me procurait. Qui ne serait pas mal à l'aise, à ma place ? Mais j'étais fondamentalement oppressé par cet endroit qui puait le désespoir et la mort. Un optimiste y verrait avant tout le soin que l'on procure à son prochain, l'amour que l'on voue aux malades, mais moi, j'avais le cafard, voilà tout. Je n'avais jamais été tranquille avec l'idée de la mort, peut-être à cause de la religion en laquelle je croyais, d'ailleurs. Même maintenant que j'étais – en théorie – plus résistant, et surtout moins croyant, je n'arrivais pas à être à l'aise avec tous ces concepts auxquels me renvoyait l'hôpital. Le personnel hospitalier avait certes du mérite, surtout auprès des patients aussi amochés et butés que moi.
Il était difficile d'accepter l'idée qu'on avait besoin d'aide, surtout pour moi. J'ignorais si c'était à cause d'une fierté mal placée, ou si j'avais honte de tout ça, ou même si j'avais peur qu'on finisse malgré tout par m'abandonner. Sveda et Davos m'avaient enseigné quelques leçons qui m'avaient peut-être aidé à croire davantage en l'humanité, et incité à vouloir évoluer, mais ce n'était pas encore ça. Enfin, l'idée d'accepter une nouvelle condition dont on ne voulait pas était parallèlement très difficile. L'image d'un infirme était totalement décalée avec celle que j'avais de moi, ou celle que je voulais. Mon esprit se refusait à fusionner ces images, afin de malgré tout continuer à avancer. Je trouvai cela à la fois insultant et blessant, même si c'était probablement idiot de ma part. Idiot mais terriblement humain. Peut-être ne voulais-je même pas avancer, d'ailleurs. Il ne fallait pas douter qu'un psy aurait du boulot avec moi, d'autant que j'étais déjà toujours en train de me remettre en question, tout seul.
Après mon réveil, elle me conseilla de ne pas esquisser de gestes trop brutaux. Je hochai la tête, tâchant de ne pas avoir l'air trop dépité. Au moins son regard si familier était-il réconfortant, même si je me demandai comment une telle ressemblance était plausible. Elle ne pouvait pas être de la famille de Davos, puisqu'ils s'étaient croisés, sans vraiment réagir. A mon intervention, je compris qu'elle était quelque peu surprise de me voir sortir de mon silence. Il me fallait certes parfois beaucoup de temps pour daigner baisser ma garde. Elle en sourit.

« C'est une habitude. Aspect purement professionnel, mais comme tu le souhaites. Micaela. Mimi. Rafael. » répondit-elle.

Je hochai la tête en apprenant son nom qui était – somme toute – peu commun. J'étais satisfait de voir qu'elle accédait à ma requête et que je n'étais pas seulement un patient anonyme pour elle. C'est que cet hôpital pourrait presque remonter dans mon estime. Je me demandai si je pouvais également la tutoyer, mais à vrai dire, je me voyais mal le faire. Je la sentais supérieure à moi, même si le terme était inadéquat.
Et voilà qu'elle complimentait le bateau en bouteille posé non loin du lit. Je regardai machinalement et brièvement le présent de Davos, avant de reporter mon attention sur Micaela. Je ne me voyais pas l'appeler « Mimi » en tout cas ; j'ignorais pourquoi ça me faisait penser à un chat. Enfin, ça n'était en rien contre elle ou contre son surnom. Je n'utiliserais pas davantage Rafy ou Dada.


Merci pour Davos, répondis-je. Il est doué de ses mains...

Je marquai une pause, conscient de l'énormité que je venais de dire, même si le double-sens n'avait été en rien volontaire. J'étais encore plus maladroit, avec tous ces cachets. Je baissai les yeux un instant. Il y avait malgré tout quelque chose de plaisant à pouvoir parler librement de la personne que j'aimais. Je n'en étais certes pas au point de devenir extrêmement bavard, non plus. Il était.. réconfortant de discuter de choses banales, comme si tout allait bien. Mais la réalité me sauta de nouveau à la gorge, lorsqu'elle s'installa près de moi, avec le matériel requis. Je me crispai davantage tandis qu'elle commençait à dénouer le bandage. Comment me sentais-je ? C'était toute la question.

Eh bien, j'imagine que la douleur s'amenuise, lentement mais sûrement, répondis-je. Mais ça ne va pas très bien, avouai-je, faisant plus référence à l'état d'esprit, non sans euphémisme.

Il était difficile d'avoir le moral, après ce qu'il s'était passé. Mais c'était surtout tout ce que ça entraînait, qui était difficilement surmontable. Je dépendais de ces infirmières ici, et j'avais envie de sortir de cet état, sans pour autant avoir la force de faire ce qu'il fallait, pour m'en extraire. Je ne pouvais qu'imaginer les détails, puisque je n'avais jamais vraiment posé de questions jusqu'à présent. Quelle était la suite ? Quelles étaient mes chances ? Que devais-je faire ? A quoi ressemblerait l'avenir ? Cette infirmière le savait-elle vraiment ?
Mon regard fut malheureusement attiré par le moignon, alors qu'elle l'observait et l'effleuré. J'avais encore du mal à admettre ce que je n'avais plus, et ce que cela impliquait. J'avais du mal à accepter que cette forme ingrate, en lieu et place de ma jambe, faisait partie de moi. Il paraissait que ce serait plus esthétique, une fois que cela serait cicatrisé et que j'y serais habitué, mais ce n'était pas encore ça. C'était laid, douloureux et très handicapant, même si le travail avait été fait convenablement. Je ne pus donc masquer un air un peu ironique lorsqu'elle confirma que c'était en bonne voie de cicatrisation. Le terme « bon » ne pouvait être associé à cette chose dans mon esprit. Enfin, ça restait une bonne nouvelle... Je préférai ne rien répondre, la laissant s'emparer du savon, certes habitué à ce quotidien que je trouvai – au début – rabaissant.

« On m'a aussi chargée de te dire qu'ils ont trouvé un psy, qui viendra te parler dès que possible. Demain matin, j'crois. » ajouta-t-elle.

Je levai les yeux vers Micaela, un peu perplexe. On m'avait déjà parlé de ça, mais je ne m'en étais pas vraiment inquiété jusqu'à présent. Je me doutai que c'était nécessaire, mais je n'avais aucune envie de m'ouvrir à un inconnu, pour autant. Je n'avais jamais consulté de psy, mais je ne les trouvai ni utiles, ni rassurants.


Qu'est-ce qu'il va bien pouvoir me dire ? Que ça va s'arranger ? dis-je, avec un sourire sans joie, plus que sceptique. Ou peut-être me révéler quelle suite d'épreuves va être ma vie, désormais. Personne n'a osé le faire jusqu'à présent. Mais je crois que les psys sont plus du genre à écouter et à opiner du chef... Un médecin ou une infirmière serait plus indiqués...

Ces « bonnes » choses dites, je me tus. Il m'en fallait peu pour me refermer, ces temps-ci.

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MessageSujet: Re: [CLOS] The Man in Number 9 | Roxas, Doctor Mar 09 Juin 2015, 19:53



Faces elle-même n'avait pas toujours été à l'aise, dans le fait de travailler dans des hôpitaux. On pouvait sauver aussi bien que perdre des gens. Cependant, cela ne lui avait pas fait renoncer au métier qui lui avait toujours semblé être sa vocation ; ce n'était même pas la raison pour laquelle elle avait fini par écourter ses études, autant que possible, en plus de tous les moments chaotiques instaurés par la Guerre. Ainsi, cet endroit ne suintait pas la mort pour elle, mais toute autre chose : la possibilité de guérison, la solitude, l'endroit de salut de certains, ou bien également le fait de se perdre. Il ne pouvait en être autrement dans des lieux qui restaient parfois obstinément uniformes et cliniques, bien déterminés à n'avoir que des couleurs pâles et blanches sur les murs. Elle détestait le blanc et le noir, de toute façon. Quant aux patients perturbés...elle avait l'habitude. L'habitude que confèrent les quelques années d'expérience, même si elle était loin d'avoir encore tout vu. Sur le reste, elle ne pouvait parfois s'empêcher de poser un regard extérieur ou sarcastique. D'où le fait qu'elle n'éprouvait que rarement de la pitié et davantage de la compassion, ou qu'elle n'était pas facilement effrayée. Elle n'avait pas non plus de la place pour la peur.

Et la mutante comprenait également trop bien ceux qui refusaient l'aide que pouvait leur donner les autres, puisqu'elle refusait elle-même celle qu'on pouvait lui offrir. Pas comme si ça pouvait changer quoique ce soit, dans son cas, de toute façon. Tous les visages parlaient d'eux-mêmes, avant même d'apprendre à les connaître. Elle avait appris ça, au cours du temps, des heures passées à déambuler dans les couloirs et les chambres. Aussi avait-elle observé Rafael plus qu'il ne le savait, sans pour autant faire spécialement de remarques. Elle imaginait, sans pouvoir savoir, à quel point cela devait être difficile de perdre un membre. Elle connaissait aussi cela de Thalès, son mentor, après tout. Mais au moins, il vivait, cet homme-là. C'était l'essentiel. Et elle n'hésiterait pas à en rajouter, s'il le fallait. Autant admettre qu'elle avait un sacré caractère, parfois. Elle ne s'était malgré tout pas attendue à ce que ce patient sorte aussi tôt de son silence – elle aurait donné encore quelques jours.

D'autre part, elle ne représentait pas vraiment l'hôpital, pour elle, et elle se fichait par conséquent bien de ce que Rafael en pensait, de sa globalité. Elle n'était pas comme ça, c'était ce qui comptait pour elle. Elle n'était pas la représentante d'une institution à laquelle elle n'était affiliée que pour le terme d'un court contrat. Le tutoiement ne l'aurait pas non plus gênée. Micaela ne put s'empêcher d'avoir un rire, au commentaire de Rafael sur le bateau. Le double sens serait sans doute venu à l'esprit de n'importe qui, mais son rire était juste amusé et bienveillant, rien à voir avec de la moquerie ou de l'homophobie. Ses yeux s'éclairèrent, ce qui devait être certes plus qu'étrange pour l'infirme, déjà troublé par la couleur exactement parfaite et semblable à celle du regard de Davos.

« Ravie de l'apprendre. Ça a de l'importance dans un couple, dans un sens ou l'autre. J'espère que tu lui en fais le compliment. »

Tant qu'à avoir une perche, pourquoi ne pas la saisir ? Elle n'était pas gênée et tenait à faire comprendre qu'elle n'était pas farouche. Son regard vint chercher celui de Rafael, comme pour signaler qu'il n'y avait rien à craindre. Ce qu'elle ne disait pas, elle l'exprimait souvent physiquement, par son attitude ou ses expressions.

L'attitude du patient changea cependant, quand elle s'installa pour commencer à dénouer le pansement, puis laver le moignon. Elle avait beau le faire avec toute la délicatesse dont elle était capable – ce qui n'était pas si paradoxal, même pour des mains comme les siennes habituées au sport rude de la boxe. Elle perçut aisément la crispation du corps, et releva les yeux vers lui.

« Je fais attention, » fit-elle, posément. Bien entendu, si la douleur physique était si facile à soigner, il n'en allait pas de même pour l'esprit, et c'était ce à quoi elle pensait. « Ce serait simple, si on pouvait soigner votre esprit aussi aisément que le corps, avec des calmants. » ajouta-t-elle d'ailleurs, en commençant à nettoyer son membre blessé.

Peut-être comprenait-elle l'esprit de Rafael et ses pensées plus qu'il n'y paraissait, encore qu'ils n'aient pas été affligés du même mal. Mais cela lui aurait été familier, si elle avait pénétré dans sa tête. Pour l'instant, elle n'en avait ni l'envie, ni le besoin, heureusement. Pourtant, elle aurait été prête à répondre à toutes les questions que Rafael pouvait se poser, dans la mesure du possible. Elle ne savait pas tout, mais elle n'était pas ignorante non plus, loin de là. Oui, bien sûr, c'était laid, et ignoble, et ça ne serait jamais comme avant ; mais ce n'était pas infecté, il ne perdrait pas la vie à cause de ça. Il vivait. Il vivait.

Elle s'aventura à lui dire qu'ils avaient trouvé un psy acceptant de le prendre en charge. Honnêtement, ce n'était pas rare, mais dès qu'on savait que le patient était mutant, c'était parfois plus difficile de trouver quelqu'un. Elle avait envie de lutter pour ça, tout en sachant que ce serait une autre forme de discrimination – lutter pour ouvrir une section réservée aux mutants, dans les hôpitaux. Mais elle ne supportait plus de voir certains médecins refuser de soigner certaines personnes, ou de s'y prendre comme un pied, avec eux, psychologiquement et physiquement. Elle avait une preuve vivante sous les yeux, entre ses mains.

Ses gestes s'arrêtèrent, quand il esquissa un sourire sans joie, accompagné de paroles fatalistes. Le genre de trucs qui ne plaisait guère à Faces, en vérité, elle qui avait un tempérament de battant.

« Je sais pas ce qu'il va te dire. Je le connais pas. Mais voilà ce que je peux dire : oui, ça va s'arranger. Et je peux répondre à tes questions, si t'oses les formuler, ce qui demande déjà pas mal de courage. » Elle n'était nullement condescendante, seulement déterminée et ferme, son regard argenté planté dans le sien. « Tu demanderas un autre psy, s'il te convient pas. Mais ils font autre chose qu'opiner du chef et se taire. Il va t'aider à passer toutes les étapes, et à envisager l'avenir sous un autre jour. C'est sûr que ça sera plus comme avant. Mais faut qu'on t'aide à avancer et à te relever, te réhabituer à marcher. Et on est là pour ça. »

Il fallait aussi bien plus, pour la forcer à couper la conversation, ou à se refermer. Rafael était loin d'être la première tête de pioche à qui elle aurait eu affaire.

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MessageSujet: Re: [CLOS] The Man in Number 9 | Roxas, Doctor Lun 15 Juin 2015, 22:02

Avoir pour vocation d'aider et sauver les gens, dans la mesure du possible, rendait admiratif. Je n'avais jamais eu ce besoin viscéral, et je n'aurais probablement pas été remarquable, même si on m'y avait forcé. Le métier de médecin aurait plus convenu à Davos, même s'il y avait sans doute la barrière de l'éducation, et de choses trop techniques. Il était un peu trop distrait ou manuel. Je me demandai, une fois de plus, si les altruistes se comportaient ainsi, exclusivement pour les autres, ou si cela leur apportait quelque chose. Peut-être les deux à la fois... Peut-être restaient-ils désintéressés, malgré tout.
J'ignorai pourquoi j'avais choisi cette nuit-là, pour sortir de mon mutisme. Certaines choses se faisaient sans raison, ni préméditation. C'était peut-être la force de caractère de cette infirmière, qui l'avait démarquée des autres, à mes yeux. Paradoxalement, j'étais plus attiré par les visages énigmatiques ou sévères, que par les affables et souriants. Après tout, l'une des premières fois que j'avais croisé Davos, peut-être même la première, il m'avait jeté par les escaliers. Et voilà que mes pensées retournaient vers Davos. Je tâchai de m'en détourner, car ici, cela faisait plus mal qu'autre chose. Il fallait dire que le regard de cette femme ne m'aidait pas.
Elle parut amusée par ma maladresse verbale. J'eus sans doute l'air plus gêné, pour ma part. J'étais d'un naturel pudique, et c'était d'autant plus le cas, concernant une relation qui n'avait rien de traditionnel.

« Ravie de l'apprendre. Ça a de l'importance dans un couple, dans un sens ou l'autre. J'espère que tu lui en fais le compliment. » répondit-elle.


Je lui dis ce genre de choses, oui, dis-je, en hochant la tête.

Je m'étais un peu renfermé, sans trop savoir pourquoi. Peut-être m'interdisais-je, quelque part, de me sentir soulagé, ne serait-ce qu'une minute ; ou de parler de Davos, comme si nous étions un couple légitime aux yeux de tous. Je ne voulais pas de ces bonheurs là, s'ils devaient être éphémères. Je saisis à son regard, que Micaela restait compréhensive et encourageante, mais je ne pouvais pas changer et m'ouvrir, en un claquement de doigts. Paradoxalement, ce qui était arrivé finirait peut-être par favoriser le changement positif, mais ce n'était pas encore là. Les simples tâches quotidiennes, comme les soins du moignon, étaient une épreuve. J'étais encore un peu rebuté, à cette vision, et accepter ce genre de soutien demandait un certain abandon de soi, même si les autres martelaient qu'il n'y avait pas à avoir honte. Je dirais la même chose, à leur place, mais ils réagiraient comme moi, s'ils étaient à la mienne, également.

« Ce serait simple, si on pouvait soigner votre esprit aussi aisément que le corps, avec des calmants. » dit-elle, comme si elle lisait mes pensées, tout en continuant le nettoyage.

Je restai silencieux un instant, songeant que je n'avais jamais vraiment eu l'esprit apaisé, ou même au repos, y compris avant l'amputation. J'avais bien conscience que c'était à moi de lâcher prise, pour certaines choses, mais ce n'était pas évident, surtout avec tout ce qui arrivait. J'étais parvenu à accepter l'amour et le soutien de Davos, et ce même si j'avais déjà tenté de tout détruire. Je considérais cela comme un début d'amélioration. Je ne savais pas trop quoi répondre à cette remarque, certes vraie.
Quant à la question des discriminations dans les hôpitaux... Davos et moi l'avions plus que ressentie, en raison de notre liaison homosexuelle, ou de la mutation. Ils avaient appliqué des règles stupides, sans réfléchir, et ils avaient refusé d'écouter Davos. Peut-être auraient-ils été plus attentifs, ou l'auraient-ils laissé me donner son sang, s'il n'avait pas été mon compagnon. Tout aurait pu être différent... S'ils l'avaient écouté, s'ils ne nous avaient pas traités en mortels probablement séropositifs, je pourrais peut-être encore marcher... Ces pensées étaient plus douloureuses qu'autre chose, ne laissant guère de place à l'indignation ou à la colère, à vrai dire.
J'avais l'habitude de me lamenter un peu, mais l'infirmière se refusa à rentrer dans mon jeu. Je savais qu'elle restait ferme, pour mon bien, mais c'était un peu déroutant. Je m'imaginai qu'elle avait l'habitude des malades, sans me douter qu'elle l'était elle-même.

« Je sais pas ce qu'il va te dire. Je le connais pas. Mais voilà ce que je peux dire : oui, ça va s'arranger. Et je peux répondre à tes questions, si t'oses les formuler, ce qui demande déjà pas mal de courage. Tu demanderas un autre psy, s'il te convient pas. Mais ils font autre chose qu'opiner du chef et se taire. Il va t'aider à passer toutes les étapes, et à envisager l'avenir sous un autre jour. C'est sûr que ça sera plus comme avant. Mais faut qu'on t'aide à avancer et à te relever, te réhabituer à marcher. Et on est là pour ça. » dit-elle, presque avec remontrance.

Je la regardai, peu convaincu, tandis qu'elle m'assurait que ça allait s'arranger. Je restai néanmoins attentif, conscient qu'elle en savait tout de même plus que moi, sur tout ça. Des questions, j'en avais hélas tellement que j'ignorais quoi demander. Je restais réticent, concernant le psy. Je n'aimais pas être forcé à quoi que ce soit, surtout lorsqu'il s'agissait de parler à cœur ouvert, à un inconnu. Les mots de Faces étaient quoiqu'il en soit réconfortants, si le psy arrivait vraiment à faire ce qui était prévu. J'avais vraiment du mal à imaginer comment il pourrait s'y prendre, surtout avec un type songeur et tenace comme moi. Tout était dans la phrase « ça sera plus comme avant ». C'était humain de regretter ce qu'on avait avant, sans imaginer que l'avenir pourrait égaler ce qu'on avait perdu. De toute façon, on estimait souvent la valeur des choses, après les avoir perdues. D'après elle, il ne faisait aucun doute que j'arriverais de nouveau à marcher. Je restai pensif un instant.


D'accord... Alors quelles sont les étapes physiques, en tout cas ? Et comment on s'en sort, au final ? On ne peut pas redevenir totalement indépendant, et faire tout ce qu'on veut, c'est impossible. Est-ce que ces soins quotidiens, c'est à vie ? Ça aussi, je ne pourrais pas supporter. Davos non plus, sans doute, conclus-je, comprenant bien pourquoi je rechignais à poser toutes ces questions, avant.

Je ne savais pas encore quoi demander de plus, mais bien entendu, le moindre détail serait intéressant.

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MessageSujet: Re: [CLOS] The Man in Number 9 | Roxas, Doctor Mar 16 Juin 2015, 21:53


D'où lui venait cette idée, cette vocation vers la médecine ? Cela signifierait replonger dans un passé, vers lequel elle n'avait en vérité aucune envie de se pencher. Non forcément par honte – rien de honteux à vouloir être médecin – mais elle avait d'autres priorités que de se tourner vers le passé. Les choses étaient passées, avaient évolué : tout s'était construit pas à pas pour la mener au présent. Le reste n'avait pas d'importance. Désintéressée, elle l'était parfois, encore que certains gestes soient faits dans un but précis (mais Rafael n'avait rien à craindre, pour l'instant.) Si elle s'était davantage détestée elle-même, elle aurait pris le surnom de Parasite, au lieu de Faces. Ce que ça lui apportait...ma foi, au moins elle se sentait un peu utile, et sa vie ici-bas servait à quelque chose. Et comme bon nombre de gens à l'esprit scientifique, le caractère des expériences l'intéressait également.

En tout cas, même si elle se doutait qu'elle évoquait forcément quelqu'un à Rafael, pour le moment elle ne cherchait pas à savoir qui. Et si elle n'était pas sévère, énigmatique, ou déterminée, elle pouvait l'être, en effet.
Les instants qui s'écoulaient l'amusaient, tout comme l'air gêné de Rafael. Comme s'il fallait être embarrassé en parlant d'un mari ou d'un amant. Elle eut un sourire approbateur, lorsqu'il affirma complimenter Davos de temps en temps. Même si elle ne se mêlait pas davantage des affaires de couple. Sans doute pouvait-elle en déduire que cela ne faisait pas si longtemps que ces deux-là étaient ensemble. Et c'était aussi pourquoi elle se montrait encourageante, et ouverte. Elle avait eu ses propres batailles, ses propres bagages, et comprenait ceux des autres. En tout cas, la façon de raisonner de Roxas, en ce qui concernait les soins, n'était pas du tout fausse. Sans doute tout le monde aurait réagi pareil, à sa place. Et personne ne s'abandonnait jamais complètement. Elle en avait aussi conscience.

Micaela continuait à l'observer de temps à autre, détournant son regard du moignon qu'elle lavait avec précaution, tant pour suivre la conversation que pour déterminer l'évolution des émotions qui passaient dans les prunelles de son patient. Ils avaient les mêmes idées sur certaines choses, déjà ça. Mais elle demeurait relativement neutre : son métier et l'éthique de ce dernier le lui ordonnaient. Si bien qu'en tant qu'infirmière, elle n'était pas aussi naturelle qu'elle l'était forcément, en-dehors du travail. Même si elle n'allait jamais jusqu'à se prendre la tête, non plus. Et c'était aussi pour ça qu'elle n'entrait pas dans le jeu des lamentations de Rafael. D'ailleurs les lamentations n'avaient jamais servi à rien, à part se déstresser et se relâcher. Comme elle l'avait prévu, il était plus que sceptique quant à son discours, mais au moins il l'écoutait, quoiqu'en n'entendant que ce qu'il voulait. Mieux valait ça que la sourde oreille...Ce n'était pas pour rien qu'elle suggérait également de regarder le positif plutôt que le négatif. Tirer de la force des blessures. Ce n'était pas pour rien qu'elle vivait en carpe diem casse-cou, souvent.

Faces resta silencieuse un instant, suite aux questions de Rafael, préférant se concentrer pour finir pleinement de nettoyer sa jambe mutilée, et de refaire le pansement, qui était mine de rien plutôt mastoc. Il fallait en effet garder le membre bien tendu, pour que les articulations, artères, muscles, se referment et retrouvent une certaine dynamique et élasticité. Il ne fallait pas que la jambe ou les organes se déforment davantage, suite à tout ce qui avait été coupé avec l'opération. Elle s'arrêta ensuite enfin, levant la tête pour lui répondre, son regard planté dans le sien. Elle n'était pas charismatique, mais on savait parfaitement quand elle était dans une pièce, ou pas. Elle avait une sorte de présence palpable.

« Le pansement que tu vois, là, va s'alléger peu à peu au fur et à mesure que la plaie se cicatrise complètement. On va aussi peut-être recoudre un peu, par endroits, pour que ce soit bien propre, bien fermé. Pendant ce temps, et après, on fera des massages, et tu auras des exercices physiques à faire, pour continuer à faire fonctionner le muscle. Sinon, t'auras plus aucune force dans ce membre et en conséquence, l'autre va être très déséquilibré. Ça va te paraître répugnant à faire, mais c'est obligé. Quand la cicatrice sera bien fermé, on te mettra une prothèse temporaire, pour que tu te réhabitues à marcher. Puis on construira une prothèse permanente, adaptée. Bien sûr, elle va souvent t'irriter, surtout au début, et tu pourras pas la porter tout le temps. Mais avec ça, tu marcheras. »

Le reste était plus difficile à expliquer, ou à imaginer. Et cela dépendait tellement du mental de Rafael, qui, de ce qu'elle voyait, n'était pas au beau fixe, ni à la lutte, dès le départ. Après tout, il se trouvait quelques excuses ou réticences pour ne pas être soigné.

« Exercices, massages, soins. Les soins sont à vie, sinon tout s'infectera, ce que tu veux surtout pas, à moins que l'amputation t'ait plu à ce point. » C'était purement ironique. «  Tu pourras pas faire tout ce que tu veux, certes, certains sports, courir très vite...mais tu auras de l'indépendance, plus que tu crois. Tu auras plus de soins, et plus de temps à t'occuper de toi-même. Le reste...c'est dans ta tête que ça se passe. » Elle effleura sa propre tempe du doigt, en soulignant ses mots. « Et crois-moi, tu préféreras marcher que refuser des soins à vie qui te pourriront encore davantage l'existence. Enfin, après, c'est ton choix, hein. »

Pas de doute sur ce qu'elle penserait, s'il préférait vraiment laisser tomber plutôt que faire tous ces efforts.

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MessageSujet: Re: [CLOS] The Man in Number 9 | Roxas, Doctor Mar 23 Juin 2015, 16:28

Cette infirmière n'était pas la seule personne avec qui j'avais pu parler librement de Davos, mais cela restait inhabituel pour moi, surtout que cet hôpital, jusqu'à présent, avait semblé plus hostile qu'autre chose. Et même si je savais la personne en face tolérante et encourageante, je n'étais pas très bavard non plus. J'avais un côté trop pudique et réservé, pour cela. Il fallait avouer que ce qu'elle était en train de faire n'aidait pas non plus à avoir l'air assuré, ou à l'aise, même si nous en avions tous deux l'habitude.
J'écoutais ce qu'elle avait à me dire, en interprétant les choses à ma façon, et en continuant, envers et contre tout, à me lamenter. Je ne devais même plus savoir moi-même, ce que je recherchais, en agissant ainsi. Mais elle avait assez d'expérience et de force de caractère, pour ne pas entrer dans ce jeu-là ; elle parvint à rester ferme, sans devenir cassante. J'étais envers et contre tout soulagé de voir que le nettoyage touchait à sa fin. L'infirmière commença à mettre un nouveau pansement, qu'on pouvait difficilement appeler comme tel, à vrai dire. Bandage ou momification me semblaient plus appropriés, mais je n'avais vraiment pas envie de savoir ce qu'il se passerait si ce qui avait été rudoyé, dans ma jambe, n'était plus soutenu, le temps de la cicatrisation. Il fallait garder le moignon tendu et protégé.

« Le pansement que tu vois, là, va s'alléger peu à peu au fur et à mesure que la plaie se cicatrise complètement. On va aussi peut-être recoudre un peu, par endroits, pour que ce soit bien propre, bien fermé. Pendant ce temps, et après, on fera des massages, et tu auras des exercices physiques à faire, pour continuer à faire fonctionner le muscle. Sinon, t'auras plus aucune force dans ce membre et en conséquence, l'autre va être très déséquilibré. Ça va te paraître répugnant à faire, mais c'est obligé. Quand la cicatrice sera bien fermé, on te mettra une prothèse temporaire, pour que tu te réhabitues à marcher. Puis on construira une prothèse permanente, adaptée. Bien sûr, elle va souvent t'irriter, surtout au début, et tu pourras pas la porter tout le temps. Mais avec ça, tu marcheras. » expliqua-t-elle.

J'eus sans doute une légère grimace lorsqu'elle évoqua la possibilité que la blessure soit encore retouchée, à l'avenir. J'essayais malgré tout d'assimiler tout ce qu'elle était en train de me dire, même si, bien entendu, chaque idée était rebutante à sa façon. Je lui étais quoiqu'il en soit reconnaissant de trouver les mots justes, comme si elle savait pertinemment ce que je pensais, au moment où je le faisais. Je devais être loin d'être le premier patient amputé auquel elle avait affaire. Vu comme elle disait les choses, ça semblait facile et lointain à la fois. Suffirait-il vraiment de repos, d'exercices et d'une prothèse pour remarcher ? Et en même temps, étais-je capable de traverser toutes ces étapes ? L'infirmière s'efforçait de terminer son discours sur une note positive, mais je restai focalisé sur ce qui me hantait, malgré tous mes efforts... La douleur et les irritations ne partiraient jamais totalement, et cette prothèse ne me donnerait l'illusion que tout va bien, que temporairement. Il était impossible d'énumérer tous les gestes du quotidien qui devenaient difficiles, voire hors de portée. J'avais l'air sans doute un peu sombre, l'air de me demander si tous ces efforts en valaient la peine. Je continuai à trouver cette situation injuste et impossible.


Quel genre d'exercices ? demandai-je. Vous estimez que je pourrai me déplacer seul dans combien de temps ?

Je m'arrêtai là, mais je pensais – une fois encore – à Davos. Je savais qu'il me fallait rester dans cet hôpital, mais demeurer loin de lui était de plus en plus difficile, surtout lorsque tout allait si mal.

« Exercices, massages, soins. Les soins sont à vie, sinon tout s'infectera, ce que tu veux surtout pas, à moins que l'amputation t'ait plu à ce point. Tu pourras pas faire tout ce que tu veux, certes, certains sports, courir très vite...mais tu auras de l'indépendance, plus que tu crois. Tu auras plus de soins, et plus de temps à t'occuper de toi-même. Le reste...c'est dans ta tête que ça se passe. Et crois-moi, tu préféreras marcher que refuser des soins à vie qui te pourriront encore davantage l'existence. Enfin, après, c'est ton choix, hein. » reprit-elle, en sentant certainement mon découragement.

Sa marque d'ironie me donna un air sans doute plus abattu encore. Qui voudrait d'une vie dépendante de toutes ces contraintes ? Et il suffisait donc d'un instant de relâchement, pour que je sois bon à retourner sur la table d'opération ? J'eus certainement un peu la nausée en repensant à ce que les chirurgiens avaient fait. C'était encore bien trop frais pour qu'elle se permît ce genre de sarcasmes. Comment pouvait-elle me dire que je ne pourrai pas faire ce que je veux, puis parler d'indépendance ? C'était stupide de penser à cela, dans un moment pareil, mais je m'imaginais que je n'allais même plus parvenir à entretenir une certaine proximité avec Davos, ou même à le satisfaire. Mais poser ce genre de questions était trop délicat et douloureux. C'était là toute la question... Fallait-il vraiment se battre pour flirter avec quelques illusions, comme croire qu'on pouvait marcher et agir normalement, ou ne valait-il pas mieux accepter son sort ? Après tout, il était facile de considérer que la fatalité venait de me donner le coup de grâce.


Tout ça, simplement pour faire semblant de marcher de temps en temps, ça me semble bien cher payé, rétorquai-je avec cynisme. Je ferai le nécessaire, mais je ne vois pas comment on pourrait me forcer à faire plus, ajoutai-je, dévoré par une colère froide qui n'était certes pas orientée avec Micaela. Je suis assez ridicule comme ça, inutile d'en rajouter.

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MessageSujet: Re: [CLOS] The Man in Number 9 | Roxas, Doctor Sam 27 Juin 2015, 23:56


Faces n'était pas non plus quelqu'un de forcément très bavard, même s'il y paraissait le contraire. Cela dépendait non seulement des gens, pour des raisons évidentes, mais aussi de son humeur. Elle était le genre de personnes à savoir quand il y avait besoin d'un silence, quand il y avait besoin de parler, et à différencier quand elle pouvait se montrer vraiment dynamique tel un électron, ou alors juste garder du calme...ou quelque chose entre les deux. Elle était également parfois maussade et cynique, bien qu'elle tâchât de ne pas laisser ce côté l'emporter. Sans quoi, elle n'aurait que bien peu de pensées positives à distribuer, au moins à ses malades...

Le nettoyage se termina, et elle remettait le « pansement » mastoc qui, il était vrai, ressemblait à de la momification en voie d'une mise au sarcophage. Mais c'était décidément une manière de penser bien morbide...c'était juste quelque chose de nécessaire pour que le muscle reprenne des forces, et guérisse. Ne serait-ce que pour les nouveaux canaux de sang prennent bien leur forme, malgré la coupe qu'ils avaient subi. Alors qu'elle parlait, répondant aux questions de Rafael, elle notait bien que certains mots, certaines idées, le faisaient grimacer et prendre un air de plus en plus sombre. Ce qui n'était assurément pas son but. S'il n'était pas son premier patient amputé, elle savait aussi ce que cela faisait, de se sentir condamné. Bien sûr, les mots demeuraient souvent plus faciles à dire : encore qu'il fallait parfois se les arracher, et ce n'était pas une chose aisée, mine de rien. Notamment avec parfois une personne comme elle, qui protégeait farouchement certaines de ses pensées, ou des souvenirs en particulier. Le visage de Rafael s'assombrissait, le détail de tout ce qu'il y aurait à faire lui pesait.

Elle se redressa, posant une de ses mains sur sa hanche dans une attitude plus déterminée, alors qu'elle plantait son regard dans le sien, sans ciller, et sans crainte non plus, honte ou tentative d'amoindrir les difficultés. Elle n'était pas de ce genre-là.

« Remuer la jambe, contracter les muscles, les faire bouger, améliorer et étendre les articulations. D'abord on te les fera faire, puis, quand tu auras plus de force, tu les feras progressivement seul. » La seconde question était plus difficile à répondre. « Je veux pas m'avancer, c'est pas moi le médecin, et faut voir comment vous vous en sortez. Il y a des gens qui commencent à remarcher, avec la prothèse, au bout de deux semaines. En général, on met la prothèse temporaire jusqu'à quatre semaines après le début de la rééducation. Donc logiquement...dans une vingtaine de jours, tu feras déjà plus que ce que tu crois. »

Elle n'avait certes pas idée de combien il était difficile pour cet homme de rester loin de son mari, même si elle se doutait que ça n'avait rien de plaisant. Elle ignorait seulement à quel point. Elle se rendit compte, ensuite, qu'elle n'aurait pas dû faire preuve d'ironie, mais elle avait trop de franc-parler pour ça, ou pour s'en empêcher. Elle n'en avait juste pas le temps. D'autre part, cet homme se trompait totalement. Un instant de relâchement n'allait pas le condamner, mais un instant de relâchement répété, à long terme, oui. Ce n'était pas juste faire une course de vitesse pour être débarrassé : c'était faire un marathon, progressivement, qui durerait toute la vie, et qui n'en serait que plus stable et bénéfique. Il se trompait totalement.

Faces n'aurait reculé devant aucune question, mais encore fallait-il qu'elles franchissent les lèvres de son patient. Aussi ne pouvait-t-elle que se contenter d'observer la tempête sombre naissant dans ses prunelles et sur les traits de son visage, comme la colère qui couvait en lui. Pas dirigée contre elle, certes. C'était normal. C'était dirigé vers lui avant tout, elle ne faisait que réceptacle jusqu'à ce qu'il s'en rende compte.

« C'est pas contre moi, que tu es en colère. Contre toi. Contre toi et l'image que ça te renvoie, parce que pour l'instant, tu te persuades que ça va être juste une illusion, que c'est fini. Tu crois que les gens malades du sida hésitent longtemps avant de prendre 60 médicaments par jour ? Non, Rafael. On a tous un instinct de survie, on s'accroche à ça, et mieux vaut prendre des tonnes de médicaments par jour, que mourir. Tu feras pas semblant, tu marcheras. Et quand tu verras que ça fonctionne vraiment, au fur et à mesure des efforts, tu feras davantage. Ce qui serait ridicule, c'est que tu te battes pas, alors que tu as tous les soins possibles autour de toi. »

Une fois de plus, elle était ferme et ne se laissait pas embobiner. Elle se redressa, quittant le rebord du lit où elle s'était légèrement appuyée, mais ce n'était pas forcément pour dire qu'elle allait partir. Elle reposa la bassine et le savon à terre, avant de tourner de nouveau la tête vers lui.

« Laisse-toi du temps. Ça va prendre du temps, oui. Tu verras pas les résultats de suite. Mais commence pas à te persuader que tu vas pas y arriver. Sinon, c'est que tu as déjà échoué. » reprit-elle, non pas cinglante, mais avec un ton plus posé, peut-être plus attentionné, comme pour montrer la voie à suivre.


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MessageSujet: Re: [CLOS] The Man in Number 9 | Roxas, Doctor Dim 12 Juil 2015, 11:06

Je la regardai faire le pansement, à partir du moment où la blessure n'était plus visible. Aussi gênant ce bandage pouvait-il être, je le trouvai rassurant. Après tout, il cachait ce que je refusais d'accepter, et il soutenait la « jambe ». Cela n'amenuisait probablement pas la douleur, mais ça avait comme une répercussion mentale. Je savais la blessure protégée et soutenue. On m'avait bien expliqué qu'il y avait intérêt à prendre soin des muscles et du reste. Bien entendu, le vide, lui, restait difficile à dissimuler. C'était comme ça. Il y avait certaines choses que j'acceptais, et d'autres non. Je pouvais être attentif, puis redevenir une tête de mule, la seconde d'après. Je n'avais jamais été d'une humeur très stable, mais j'avais l'impression que cela s'était dégradé. J'avais donc demandé à quel type d'exercices je devais m'attendre.

« Remuer la jambe, contracter les muscles, les faire bouger, améliorer et étendre les articulations. D'abord on te les fera faire, puis, quand tu auras plus de force, tu les feras progressivement seul. Je veux pas m'avancer, c'est pas moi le médecin, et faut voir comment vous vous en sortez. Il y a des gens qui commencent à remarcher, avec la prothèse, au bout de deux semaines. En général, on met la prothèse temporaire jusqu'à quatre semaines après le début de la rééducation. Donc logiquement...dans une vingtaine de jours, tu feras déjà plus que ce que tu crois. » répondit-elle.

J'essayais d'imaginer cela, mais jusqu'à présent, j'avais plus été habitué à des massages. Et c'était déjà suffisamment... difficile à encaisser. Pouvais-je vraiment me reprendre en charge, aussi vite qu'elle le pensait ? Il était vrai qu'il était difficilement supportable de dépendre des autres. Les paroles de Face étaient encourageantes, mais j'avais du mal à y croire. Comment venir à bout de l'insurmontable au bout de seulement deux semaines ? Ils croyaient vraiment que je pouvais remarcher en même pas un mois ? J'ignorai si elle me disait la vérité, ou si elle voulait juste m'empêcher de déprimer, même si c'était probablement paranoïaque de ma part. Je ne savais vraiment pas quoi répondre à cela. Il y avait déjà un vieux démon qui me chuchotait que je n'y arriverai jamais comme elle le croyait. Et que de toute façon, un morceau de plastique ne me rendrait pas ma jambe, et ne me permettrait jamais de faire tout ce que je voulais. Il me hurlait doucement que le jeu n'en valait pas la chandelle, puisque la fatalité n'avait de cesse de s'acharner contre moi.
Je me sentais d'autant plus désarmé et sombre que Davos n'était pas présent... C'était peut-être faible et stupide de ma part, mais je n'arrivais pas à créer ma propre lumière. J'avais besoin de cet homme pour y voir plus clair, espérer un peu plus. Après tout, ne cherchions-nous pas les couples, afin de trouver quelqu'un de complémentaire ? Quelqu'un qui nous apportait ce que nous n'avions pas déjà ? Mais Davos voudrait-il seulement passer sa vie avec quelqu'un qui était susceptible de le trahir et qui, de surcroît, était handicapé ? Je m'en voulais d'imaginer de telles choses, mais c'était plus fort que moi. Cela me posait comme un fardeau bien lourd sur le cœur. S'il allait se lasser des responsabilités que je représentais, à quoi bon se battre de toute façon ? Mon découragement était aisément perceptible, entre mes réactions et mon attitude, et bien entendu, elle ne resta pas les bras baissés.

« C'est pas contre moi, que tu es en colère. Contre toi. Contre toi et l'image que ça te renvoie, parce que pour l'instant, tu te persuades que ça va être juste une illusion, que c'est fini. Tu crois que les gens malades du sida hésitent longtemps avant de prendre 60 médicaments par jour ? Non, Rafael. On a tous un instinct de survie, on s'accroche à ça, et mieux vaut prendre des tonnes de médicaments par jour, que mourir. Tu feras pas semblant, tu marcheras. Et quand tu verras que ça fonctionne vraiment, au fur et à mesure des efforts, tu feras davantage. Ce qui serait ridicule, c'est que tu te battes pas, alors que tu as tous les soins possibles autour de toi. »

Je fronçai légèrement les sourcils, songeant que j'avais peut-être une séance psychologique, avant l'heure. Ce qui était agaçant, c'était bien sûr qu'elle n'avait pas tout à fait tort. Je me sentis un peu coupable lorsqu'elle évoqua les malades du SIDA ; ils étaient plus à plaindre, puisque leur vie était en jeu, mais quand on se sentait malheureux, on arrivait peu à relativiser. Je lui lançai un regard perçant, songeant qu'elle me disait toutes ces choses, avec beaucoup de cœur. Avait-elle des proches dont la vie était en danger ? Je me demandai s'il ne fallait parfois pas mieux baisser les bras, que simplement prolonger sa vie, dans la souffrance... Mais en réalité, j'étais un peu trop rattaché à ladite vie. Je grimaçai un peu alors qu'elle parlait du ridicule. Je savais qu'elle était la voix de la raison, mais une fois de plus, j'étais tenté d'écouter une autre voix.

C'est facile à dire, pour vous, me contentai-je de rétorquer.

« Laisse-toi du temps. Ça va prendre du temps, oui. Tu verras pas les résultats de suite. Mais commence pas à te persuader que tu vas pas y arriver. Sinon, c'est que tu as déjà échoué. » conclut-elle.

Une de plus qui était persuadée que la victoire, c'était dans la tête, et qu'ensuite, tout le concret n'était que de la formalité. J'esquissai sans doute un sourire sans joie. J'ignorai pourquoi je ne lui étais pas reconnaissant de me soutenir à ce point. Objectivement, elle était une bonne infirmière... Une bonne personne. Mais il fallait croire qu'un partie de moi refusait d'être consolée ou encouragée, de peur d'être déçue par la suite, ou par pure auto-destruction.

Et quand bien même j'ai déjà échoué... Qu'est-ce que ça peut vous faire ? répliquai-je. Je sais que vous pensez tout comprendre parce que vous voyez des blessés au quotidien, que vous vous sentez peut-être aussi opprimée, parce que vous faites partie d'une minorité. Les nègres, bla, bla, bla, mais n'essayez pas de me faire croire que tout cela est si simple et que je suis juste ridicule de me laisser abattre !

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MessageSujet: Re: [CLOS] The Man in Number 9 | Roxas, Doctor Mer 15 Juil 2015, 22:21



Faces n'aimait probablement pas cette attitude chez lui. En fait, sans son étiquette d'infirmière, et une certaine patience, dans d'autres circonstances, elle aurait sans doute trouvé Rafael assez énervant, sans pour autant ne pas pouvoir le supporter. Mais là, elle se raisonnait aussi en songeant que les paroles, les réactions de son malade, étaient justement dues à sa blessure et qu'il ne pouvait être qu'en piteux état moral – le contraire aurait été inquiétant. Toutefois, ça ne signifiait pas qu'elle allait tout laisser passer, qu'elle approuvait, ou qu'elle ne dirait rien...ce n'était pas vraiment le genre de personne à qui demander ça. Alors oui, on ne pouvait pas remplacer le vide directement. Mais il fallait faire des concessions dans la vie, et que diable, Rafael vivait quand même à l'époque où les prothèses étaient tout de même de plus en plus avancées. Un vrai lunatique.

D'autre part, elle ne lui mentait pas, pour la durée de temps avant de mettre la prothèse, de se réhabituer à marcher. Cela arrivait plus vite qu'on ne le croyait, pour la bonne raison que si on attendait trop longtemps, la jambe risquait de de se déformer, le poids perdu du muscle atrophié ne supporterait pas non plus la présence et la charge d'une prothèse. Donc il fallait agir vite. Et que Rafael le veuille ou non, il se retrouverait avec une prothèse plus tôt qu'il ne le pensait. Ce n'était pas que pour l'empêcher de déprimer, loin de là...Si elle avait eu le pouvoir de faire taire le démon dans la tête de cet homme, à tout jamais, elle l'aurait sans doute saisie. Mais elle ne s'aventurait pas assez dans son esprit pour cela, pour l'instant. Peut-être que ça ne tarderait pas, à force qu'il soit aussi énervant, histoire qu'elle voit un peu le mal qui rongeait ses pensées et ses terminaisons nerveuses, quoi qu'on lui dise.

Pas plus qu'elle ne se doutait d'à quel point il avait besoin de Davos. Elle n'aurait pas considéré cela comme de la faiblesse. Malgré – ou en dépit – de son don, elle supportait peu, ou pas, d'être seule. Elle avait aussi besoin des autres, ou du moins d'une compagnie, parfois, de quelqu'un qui arrivait à la regarder vraiment. Hélas, les candidats se faisaient bien rares, et puis ce pouvoir gâchait toujours tout, de toute façon. Autant s'y faire. Mais Davos n'était certainement pas le genre d'homme, surtout que lui aussi avait connu la mutilation, certes pas aussi importante, à abandonner quelqu'un à cause d'une maladie ou d'une blessure. Ou alors, cet homme au cœur d'argent serait en vérité un escroc.

Micaela n'avait pas prévu de faire un peu de psychologie, elle laissait ça au vrai toubib là-dedans, mais c'était sorti naturellement, en voyant à quel point la souffrance mentale de Rafael ressortait sur son visage. C'était inutile de nier à quel point il semblait abattu, et incapable de songer vraiment à l'avenir, pour l'instant. Ça transparaissait dans ses regards et sa façon de parler ; elle était suffisamment habituée à observer les autres, pour ne pas être aveugle. Et puis, il était certes contradictoire dans ses pensées...encore heureux qu'elle ne fouille pas sa tête, pour l'instant, ou elle se serait peut-être un peu plus énervée que cela. Et mieux ne valait pas énerver trop longtemps quelqu'un comme elle. Pas du genre patiente, la Micaela. D'ailleurs, son poing se serra, certes très légèrement, par réflexe, à la remarque mal venue de Rafael. Non, ce n'était pas facile à dire, pour elle. Elle avait dû accomplir un travail mental considérable pour ne pas se réfugier dans l'apathie, en sachant qu'elle mourrait plus tôt que d'autres. Que peut-être, elle n'atteindrait pas la quarantaine. Que si elle tombait enceinte, elle ne verrait pas son enfant plus de dix ans, et qu'ensuite, elle l'abandonnerait, même pas de son plein gré. Toute vie de couple, de famille, était à proscrire. Qui voudrait marcher et porter ses bagages avec elle, dead woman walking ? Inutile. Un sourire presque amer, cynique, vint à ses lèvres, mais elle se chargea de le réprimer, surtout qu'il était en quelque sorte un reflet de celui qu'avait son patient, à l'instant.

Rafael franchit toutefois une limite de trop, quand il se mit à parle d'oppression et des nègres. Surtout sur un mode aussi....raciste. Le poing de Micaela se crispa définitivement, et toute bienveillance, cordialité, disparut de son visage. C'était comme ça qu'il la remerciait ? Il allait s'en souvenir. Elle n'eut guère le temps de réfléchir, son sang ne faisant qu'un tour, encore qu'elle soit plus apte à se contrôler qu'une certaine Tosca. Mais sa main avait empoigné le col du vêtement de Rafael avec force, suffisamment pour le soulever de quelques centimètres de l'oreille où sa tête reposait. En temps normal, elle n'aurait pas réagi ainsi...Peut-être prenait-elle d'autant plus mal la remarque que lui, comme son compagnon, semblaient faire partie de ces mutants pouvant vivre indéfiniment. Qui guérissaient de tout, même du sida ou de la choléra. Des immortels. Des miracles...des mutants comme elle. Sauf qu'elle, son foutu don ne servait à rien, elle le détestait, et c'était parce qu'elle était mutante, que ça ne l'empêchait pas d'être moins sensible au virus Freya. Son regard étincelait.

« T'as une chance de vivre, alors tu la prends et tu te bats pour ça. Il y en a des moins bien lotis que toi, dont la nègre. T'as quelqu'un qui a l'air de t'adorer et qui te laisse pas tomber à cause de ta blessure, et ça a aucun prix. Alors non, c'est pas simple, jamais dit que ça l'était. Mais te laisser tomber dans l'échec sans même essayer, c'est facile, ouais. Et c'est de la lâchêté. Alors fais pas comme si tout le monde ici te disait que tu vas rester cloué au lit toute ta vie. Tout le monde te dit le contraire. Accepte-le. »

Il y avait certes moins de patience, et moins de pédagogie que dans les paroles précédentes de Mimi. Elle avait un tempérament bouillant. Après tout, pour remettre les idées de Conrad en place, elle lui avait bien foutu une claque. Rafael avait de la chance ; elle se contenta de lâcher son col, le laissant remettre sa tête sur l'oreiller, desserrant ses doigts du vêtement et reculant.

« J'aurais pas dû faire ça...mais t'as vraiment une super façon de remercier les gens qui t'aident. Mais ce que je fais là, c'est le job du psy. Tu le verras demain, y saura mieux y faire. »

Peut-être qu'elle n'était pas tout à fait certaine que ce soit vraiment le cas, mais en tout cas, elle n'allait certainement pas rester encore très longtemps dans la pièce, énervée comme elle l'était, et blessée. Ça devait faire un moment qu'on ne lui avait pas ressorti de « compliment » raciste. Le regard qu'elle lui lançait était relativement furieux, et elle passait sa main dans ses cheveux avec fébrilité, en signe de stress ou d'agacement.


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MessageSujet: Re: [CLOS] The Man in Number 9 | Roxas, Doctor Sam 25 Juil 2015, 21:09

Je n'étais assurément pas un patient facile. J'essayais réellement de me faire tirer vers le haut, par Davos, mais à chaque fois que je croyais progresser, le sort me confrontait à une nouvelle épreuve. Celle-ci n'était vraiment pas aisée. D'aucuns penseraient que j'en rajoutais, mais c'était plus fort que moi. J'avais toujours eu une forme d'indépendance, même si ce n'était pas ce que je recherchais en couple, et même si j'avais été l'esclave des ombres. Aujourd'hui, j'en étais privé. C'était sans doute stupide de ma part de refuser de croire que je pouvais m'en sortir, alors que des gens plus âgés ou plus mutilés y parvenaient. Mais ce qu'elle présentait comme proche me paraissait très éloigné ; et impossible dans le sens où je n'arrivais même pas à l'imaginer. En faisais-je des tonnes pour attirer l'attention et pour être rassuré ? J'étais convaincu que non, mais après tout, on était tous un peu comme ça, pas vrai ? J'étais de toute façon en compagnie d'une personne qui rentrerait difficilement dans mon jeu. Elle restait d'une grande patience, mais j’avais un talent inné pour mettre les pieds dans le plat (ou plutôt le pied), et agacer les gens les plus calmes. Quelle partie de mon discours l'avait le plus agacée ? Je n'en avais aucune idée. Je n'étais guère apte à raisonner.
Et avant que j'ai pu dire « ouf », le main de l'infirmière se referma sur le col de mon vêtement. Elle l'empoigna et me souleva un peu, l'air dangereux. Je restai avant tout surpris, puisque je n'aurais jamais pu imaginer une telle réaction. C'était révoltant, en vérité ! Je tentai de m'échapper, mais il fallait croire qu'elle avait plus de force que moi.

« T'as une chance de vivre, alors tu la prends et tu te bats pour ça. Il y en a des moins bien lotis que toi, dont la nègre. T'as quelqu'un qui a l'air de t'adorer et qui te laisse pas tomber à cause de ta blessure, et ça a aucun prix. Alors non, c'est pas simple, jamais dit que ça l'était. Mais te laisser tomber dans l'échec sans même essayer, c'est facile, ouais. Et c'est de la lâchêté. Alors fais pas comme si tout le monde ici te disait que tu vas rester cloué au lit toute ta vie. Tout le monde te dit le contraire. Accepte-le. » gronda-t-elle.

Je fronçai les sourcils, comprenant finalement que j'avais fait deux faux pas, en mentionnant ses origines, ou en faisant comme si elle n'y comprenait rien. De quel mal souffrait-elle ? Je blêmis davantage tandis qu'elle évoquait Davos. Elle devait me considérer comme quelqu'un d'ingrat, et c'était peut-être vrai... J'eus l'air davantage en colère lorsqu'elle me traita de lâche. Certes, seule la vérité fâchait, mais elle n'avait aucune idée de tout ce que j'avais traversé jusqu'à présent. C'était la goutte d'eau qui faisait déborder le vase ! Elle m'ordonnait, pour ainsi dire, de me redresser, moralement puis concrètement. Il n'y avait malheureusement pas grand chose à rétorquer à un tel discours. En fait, elle avait peut-être raison de me traiter de lâche, puisque je restai crispé, tant que j'étais entre ses mains. Je n'avais vraiment pas envie de la voir davantage en colère. Je commençai à mieux respirer, uniquement lorsqu'elle me lâcha.

« J'aurais pas dû faire ça...mais t'as vraiment une super façon de remercier les gens qui t'aident. Mais ce que je fais là, c'est le job du psy. Tu le verras demain, y saura mieux y faire. »

Je baissai les yeux un moment, vivant l'un de ces instants gênants au possible. Cela l'était d'autant plus que je voyais cette personne quotidiennement, y compris pour des soins intimes. J'eus l'air un peu ironique à la nouvelle évocation du psy, songeant qu'il allait encore plus me prendre pour un cas désespéré, que l'infirmière. A part si je décidais d'écouter Faces. Mais j'étais du genre... têtu. Je sentais qu'elle avait les nerfs à vif, et qu'elle avait également envie que nous nous séparions. Tout m'invitait à m'excuser et à la laisser s'en aller, mais vous me connaissez...


C'est vrai, vous n'auriez pas dû faire ça. Qu'est-ce qui m'empêche de m'en plaindre ? rétorquai-je. Néanmoins je dois admettre que vous avez raison... pour certaines choses.

Je marquai une pause, l'air un peu mauvais. Après cette « violence », je me sentais plus impuissant et pathétique que jamais.

De quoi vous souffrez ? Je suis désolé, ajoutai-je.

Elle n'avait vraiment pas l'air malade, tant physiquement que moralement, et cela poussait un peu au respect. J'étais loin de me douter qu'elle avait été empoisonnée par un virus crée... par l'agence pour laquelle je travaillais, il y avait quelques années. Décidément, elle ne pourrait que finir par me détester.

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MessageSujet: Re: [CLOS] The Man in Number 9 | Roxas, Doctor Dim 02 Aoû 2015, 21:09


Aucun chemin ne se faisait rapidement, c'était certain. On ne tombait que pour mieux se relever, disait la chanson. Encore fallait-il y croire à long terme, pour la mettre en application...Bah, on ne pouvait pas dire que Rafael affrontait de petites épreuves, après tout, au contraire. Ça n'empêchait pas vraiment Faces de prendre du recul. Si elle se laissait bouffer par tous ses patients, elle serait plus disloquée qu'elle ne l'était déjà. Elle ne pouvait se le permettre. Et même s'il n'y avait pas ça, son caractère – son passé – lui avaient appris à tirer tout ce qu'elle pouvait, de positif, de ses malheurs ou de ce qui lui arrivait. Elle ne changerait pas cette règle. Ni pour Rafael ni pour personne d'autre. Sans qu'il y ait pour autant toujours pire que soi, elle relativisait comme elle pouvait, et gardait un œil sceptique sur tout.

Cependant, comme la situation le montrait, il y avait aussi des fois où son tempérament, en dépit de sa patience et de ses sourires, reprenaient le dessus, et pas que gentiment. Que Rafael parle de maladie mortelle ou de racisme, ça entrait dedans. Elle ne s'était pas si longtemps battue contre les préjugés pour en subir encore, sur son lieu même de travail et après avoir passé une bonne heure avec un homme à qui elle essayait de remonter le moral. Elle était bienveillante, mais il ne fallait pas la prendre pour une miche non plus. Elle n'était pas aussi dangereuse et menaçant que certains, mais il ne fallait pas la pousser à bout, or, il venait de le faire dans les règles de l'art. Si ses traits exprimaient de la colère et de l'irritation, elle n'avait pas pour autant de regard meurtrier dans les yeux. Elle avait des limites, elle aussi, bien qu'elle n'aurait pas hésité à se défendre bec et ongles, tant qu'elle pouvait vivre. Ah ça, l'autre pouvait avoir l'air hébété ! Il ne s'était pas attendu à ça, mais elle ne ferait pas déversoir ou punching-ball trop longtemps non plus.

C'était de cette même force et détermination qu'elle imprégnait son discours. Pour l'obliger à se secouer et à se relever (du moins comme il le pouvait, avec une jambe en moins, certes). Pour l'obliger à ouvrir les yeux...à voir qu'il n'était pas le seul dans un sale pétrin, et que lui, il pourrait s'en sortir. Elle s'efforçait de ne pas penser à sa situation personnelle, au travail, mais elle en ressentait parfois une profonde injustice, qui se manifestait dans la crispation de ses gestes et de ses membres, dans la fermeté soudain dure de ses traits, et la façon qu'elle avait de perdre tout sourire pour laisser place à un air renfermé, farouche, comme un animal sauvage.

Il ne se tortilla pas entre ses mains, et par ailleurs, elle le relâcha bien assez vite. Mais la honte et la colère passées sur le visage de Rafael, dans les émotions brûlant son regard, semblaient lui suffire et montrer qu'elle avait assez appuyé sur le bouton « hargne ». A nouveau, il parut plus que gêné, sans pour autant avoir l'air de se repentir. Elle s'en fichait, de ce qu'elle lui faisait quotidiennement. Tout ça, c'était des gestes, des tâches, auxquels elle s'était habituée, qui avaient perdu tout sens personnel ou de véritable intimité, à ses yeux. Ce n'était pas comme si elle en profitait pour reluquer les mecs ou les femmes, dans cette partie du métier. Pas son genre. Et elle n'y pouvait rien, si Rafael persistait dans son entêtement, malgré qu'elle essaye de le secouer. Toutefois, aucune excuse ne sortit des lèvres de son patient, et elle aurait été sûrement plutôt étonnée, si cela avait été le cas : ça ne collait pas avec le personnage. A la place, elle s'était redressée, encore énervée et irritée, ses bras se refermant autour d'elle, dans une attitude nerveuse. Micaela n'eut cependant qu'un sourire ironique, et blasé, quand il menaça de la dénoncer.

« Qu'est-ce qui m'empêche de dire que tu m'as insultée et traitée de nègre ? Ça se passera pas mieux pour toi, mec. Et franchement, si tu crois être le premier, essaye encore. » Elle avait eu droit à bien pire, ce qui ne signifiait pas qu'elle acceptait les plus petites insultes. C'était pareil.

L'infirmière ne se laissa pas désarçonner par l'air mauvais de Rafael, au contraire, elle gardait le regard défiant. Qu'il essaye encore. Elle n'était pas femme à fuir ni à baisser l'échine. Et il était probablement plus qu'heureux, pour Rafael, qu'elle n'ait aucune idée de qui il était, par rapport à ce foutu virus. Par ailleurs, la question la fit se raidir, même si ce fut à son tour d'arborer un air presque mauvais, voire hargneux et sur la défensive.

« Je veux pas de ta pitié. » fut sa seule réponse, claire et définitive, dure et atone à la fois.

Elle n'aimait pas parler de sa mutation. Ni de sa maladie. Elle ne voulait pas qu'on pleure sur le fait qu'elle n'atteindrait jamais la cinquantaine ou même la quarantaine. Elle ne voulait pas penser à tout ce qu'elle ne pourrait jamais avoir dans sa vie. Elle voulait juste vivre. Elle ne voulait pas être prise en pitié, ni qu'on l'enferme dans une chambre pour l'aider à passer les moments de douleur et de souffrance, la privant de ce qu'elle pouvait faire. Rafael s'était heurté à un mur, et pour de bon.

« J'reviendrai demain. » ajouta-t-elle, simplement. « Le repas est dans une demi-heure. »

Ni une, ni deux, et sans davantage de parole ni même un salut de tête, elle quitta la pièce, le laissant enfin dans la paix qu'il croyait tant souhaiter.


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MessageSujet: Re: [CLOS] The Man in Number 9 | Roxas, Doctor Lun 03 Aoû 2015, 22:21


Il était treize heures, lorsque je retrouvai Micaela Gomez au bureau des infirmières, comme on me l'avait indiqué. Il n'était pas si rare, finalement, que j'accordais mon aide à certains hôpitaux, et acceptais des rendez-vous, notamment lorsqu'il s'agissait de mutants. En attendant qu'il soit un jour créé spécialement une section réservée aux mutants, ou plutôt consacrée à des soins spécifiques à leur nature et aux pouvoirs dus aux gènes X, je ne pouvais qu'apporter ma modeste pierre en leur accordant un soin un peu plus particulier. Disons au moins une attention qui leur permettait de se sentir davantage compris.

Je n'étais pas mutant, mais je vivais presque entouré de mutants. Je n'avais aucune réelle protection disponible contre leurs pouvoirs, mais j'avais appris à agir en conséquence, à maintenir certaines protections, à comprendre comment vivaient ceux qui existaient depuis plus d'un siècle sur Terre. Ma femme en faisait presque partie, après tout.

En voyant la jeune infirmière, je ne pus m'empêcher d'avoir un froncement de sourcil – quelque chose me dérangeait dans la façon qu'elle avait de marcher. Certes, elle n'était ni en bottes ni en talons, cependant, son allure, sa manière d'avancer, me faisait songer à...celle de ma femme, je crois. Même façon décidée de marcher, sans aucune hésitation, avec presque une ombre de militarisme dedans. Étrange...

« Tu commences à faire des transferts-fantasmes sur les infirmières ? »
me demanda quelqu'un que je n'avais, hélas, plus besoin de présenter.

Très peu mon genre, merci, mais je me contentai de sourire brièvement, ce que Gomez interpréta comme un salut. Elle m'adressa un signe de tête, avant de me mener à travers le dédale de corridors de l'hôpital. J'avais eu le dossier de Baldwin quelques jours avant, avec tous les détails qu'il avait consenti à dire, ou ceux que le personnel avait bien voulu me donner. Gomez entra dans la chambre, me faisant signe d'attendre un peu. Je tendis l'oreille pour savoir ce qu'elle racontait au patient, et comment celui-ci réagissait avec elle.

« Rafael...le psy est là. Il s'appelle Bran Carwyn. Il est...partiellement spécialisé pour les mutants, donc aie pas trop de crainte. » Je ne pus retenir une grimace. Elle n'avait pas à me mâcher le terrain. « Oh, c'est quoi cette boîte de chocolats en forme de cœur ? Un cadeau du mari ? » Quelques mots que je ne pus identifier. « Juste partenaire ? Eh bah, avec ce genre de trucs, va falloir y penser au mariage, hein ! Et en m'invitant. »

Impossible de ne pas sourire, cette fois. Néanmoins, j'attendis simplement qu'elle soit ressortie, et me fasse signe que tout était bon, pour entrer dans la chambre. Celle-ci, comme toutes les chambres d'hôpital, était désespérément nue et neutre, pire qu'une chambre d'hôtel ; je trouvais que ces dernières avaient malgré tout encore un charme. Et pourtant, pour l'avoir vu, cela était certes moins pire que des cellules de prison ou de psychiatrie...

« Que de pensées réjouissantes. Parce que c'est vrai que tu crains d'y finir. »
me lança Caïaphas, qui manifestement, n'avait jamais vraiment apprécié les conseils de Castiel et continuait à me chercher des noises. Je l'ignorai délibérément, préférant me concentrer sur le patient qui m'avait été confié.

Je crois que ce serait mentir, que de dire que le regard n'était pas attiré par la jambe qui manquait. D'ailleurs, c'était bien la première chose que Little Hyde observait avec attention. Cependant, je n’abrégeai pas mon observation. C'était une des premières choses à faire. J'examinai son visage pâle, les yeux turquoise, la chevelure brune, la façon dont il se redressait et m'observait également, en retour. Puis je m'avançai, lui serrant la main. Je vis à ce moment, comme l'indiquait le dossier, que l'une d'elles était effectivement mutilée. Par quoi, cependant, je ne pouvais le dire : ce n'était assurément pas le travail de l'hôpital, comme la jambe. Je ne pus m'empêcher d'avoir un soupir intérieur, à cette pensée, maudissant un peu le personnel. Tout mutant accepté devrait se voir poser la question d'un gène guérisseur ou immortel, au moins....

Je pris la chaise disposée sur le côté, pour les visiteurs, pour la rapprocher du lit, sans pour autant m'asseoir tout de suite. J'observai Rafael Baldwin, mon regard croisant le sien, et mon expression, sans être totalement neutre, lui demeurait ouverte.

« Comme l'infirmière m'a présenté...Bran Carwyn. C'est juste, je suis psy, et assistant social, pour les mutants comme pour les humains. Je suppose que ça vaut mieux qu'un psy ordinaire. »

Je m'assieds, cette fois, après m'être assuré qu'il n'avait pas une expression de réprobation complète sur le visage, posant la sacoche de travail, au pied de ma chaise, sur l'un des côtés.

« Je sais que vous n'avez pas demandé à de l'aide. Mais, mutant ou humain, c'est obligatoire, après l'opération que vous avez subie. Personne ne peut se sentir bien, ou identique, après ça. Je suis là pour ceci. Pour vous aider et non pour vous enfoncer. Parce que vous devez avoir trente-six mille questions dans la tête. »



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MessageSujet: Re: [CLOS] The Man in Number 9 | Roxas, Doctor Ven 21 Aoû 2015, 18:56

J'ignorai comment faisaient certaines personnes pour sortir plus fortes et plus optimistes, de chaque épreuve. Moi, le moindre truc était capable de me bouffer, alors imaginez, une amputation... D'une certaine façon, c'était pour cela que je fréquentais des gens comme Sveda et Davos. J'avais besoin de leur vision très différente des choses, même si c'était parfois source de conflit. Cette infirmière ne paraissait pas aussi « douce » qu'eux (ce qui ne les rendait assurément pas faibles ou naïfs), et pourtant, c'était une combattante. Elle refusait de se faire tirer vers le bas, même si je l'y poussais inconsciemment. C'était frustrant, mais c'était tout ce dont j'avais besoin. Elle avait certes manqué de m'en foutre une. Avec le recul, je me rends bien compte qu'il était culotté et stupide de ma part de commencer à l'insulter. Si je continuais à m'en prendre aux autres minorités, alors que j'en faisais partie de deux, désormais, j'étais vraiment un boulet.
A partir du moment où j'ai su qu'elle n'était pas en bonne santé physique, je n'ai plus vraiment osé la regarder en face. Les patients oubliaient trop souvent que le personnel médical était composé d'êtres pas moins vulnérables qu'eux. Malheureusement, j'étais plus doué pour mettre les pieds dans le plat, que pour rectifier les choses. Il ne faudrait peut-être que du temps, dans l'espoir qu'elle ne soit pas trop rancunière. Je n'avais pas manqué de lui signaler que son petit emportement physique avait été déplaisant.

« Qu'est-ce qui m'empêche de dire que tu m'as insultée et traitée de nègre ? Ça se passera pas mieux pour toi, mec. Et franchement, si tu crois être le premier, essaye encore. » rétorqua-t-elle.

J'eus l'air d'abord défiant, puis coupable. Oserait-elle vraiment porter plainte contre moi alors que j'avais déjà des ennuis jusqu'au cou ? D'un côté, il était naturel qu'elle ne laissât pas quelque chose comme cela passer. J'étais le premier à me hérisser quand j'entendais des termes aussi peu flatteurs que « tapette » ou « pédale ». Je ne valais pas mieux que ces gens-là, pour la peine.


Je suis désolé, répétai-je. Ça ne se reproduira plus.

J'étais parfois capable de lâcher prise, pour enterrer la hache de guerre. J'étais fautif, si la personne qui tentait de m'aider se sentait agressée. Je m'excusai donc plusieurs fois avant de lui demander quel était son problème. Certaines personnes aimaient se confier. Mais c'était une mauvaise décision supplémentaire à ajouter à la longue liste... Elle me rejeta dans les cordes, crachant qu'elle n'avait pas besoin de ma « pitié ». Elle devait donc bien me mépriser. A moins qu'elle considérât qu'il était humiliant d'avoir l'air faible, surtout auprès d'un patient. Je me pris ces mots comme un jet d'eau glacée au visage, mais je tâchai de ne pas les prendre trop personnellement. J'avais simplement perdu une occasion de plus de me taire. Je n'eus d'ailleurs pas le temps d'ajouter quelque chose qu'elle me donna quelques informations, avant de quitter la pièce, sans cérémonie. Rarement la pièce m'avait semblé aussi froide et obscure, ce qui n'était pas peu dire.

Je vous fais grâce de la description de ce qu'il s'est passé, pendant que j'attendais le fameux psychologue. De toute façon, dans cet hôpital, le temps défilait lentement, inlassablement, et surtout, de façon monocorde. Je serais probablement mort d'ennui si mon existence n'avait pas été ponctuée de pics de douleur, de certaines visites médicales ou non, et surtout de l'espoir de sortir bientôt d'ici, avec Davos.
Micaela entra dans la pièce. J'eus d'abord l'air un peu crispé, même si ce n'était pas la première fois que je la revoyais, depuis la très récente dispute. Mais celle-ci parut faire comme si de rien n'était. Les hispaniques avaient le sang chaud, après tout. Leur colère montait vite, mais disparaissait vite. Cela les rendait moins rancuniers que les français. Je réalisai que je commençai même à penser, en raciste.

« Rafael...le psy est là. Il s'appelle Bran Carwyn. Il est...partiellement spécialisé pour les mutants, donc aie pas trop de crainte. » m'annonça-t-elle.

Je tâchai de la croire sur parole, mais si elle venait de me rassurer, c'était bel et bien parce que je devais faire une tête d'enterrement, dès qu'on me parlait de psy. C'était comme si... Quelqu'un me forçait à aller me confesser, auprès d'un curé. La comparaison était probablement stupide de ma part, mais elle était là. Je la remerciai pour l'information et le commentaire, avec peu de conviction.

« Oh, c'est quoi cette boîte de chocolats en forme de cœur ? Un cadeau du mari ? » demanda-t-elle alors, après avoir, une fois de plus, regardé les rares effets personnels que contenait cette pièce.

Je savais que je n'avais aucune raison de me montrer susceptible ou pudique avec elle, mais je ne pus m'empêcher de me refermer un peu. Et encore, j'étais loin d'imaginer que le psy écoutait ce que nous disions.


On n'est pas mariés, pour la dernière fois, la corrigeai-je, avec humeur.

Je devais penser que Davos aurait vraiment du trouver autre chose à amener qu'une boîte de chocolats en forme de cœur, même si son intention était bien entendu adorable. Ce n'était même pas que je tenais à notre anonymat, mais bon, on ne devait pas avoir plus l'air de « chochottes » que cela. J'étais encore loin d'être en paix avec les préjugés que je pouvais imaginer. Je me demandais comment il faisait. Je l'admirais et étais excédé à la fois.

« Juste partenaire ? Eh bah, avec ce genre de trucs, va falloir y penser au mariage, hein ! Et en m'invitant. » insista-t-elle.

Je soupirai, me demandant si elle me taquinait pour se venger, pour m'encourager à sauter le pas avec Davos, ou simplement parce que cela l'amusait.


Vous serez invitée, si on se marrie, dis-je, pour avoir la paix.

Le mariage me paraissait après tout un événement extrêmement lointain, du moins si une telle chose arrivait jamais. J'avais du mal à y croire, à cause de mon passé, plutôt qu'à cause de Davos, ou du fait que nous fûmes deux hommes.
L'infirmière finit par quitter la chambre, pour laisser sa place à un homme, plus âgé qu'elle, et sans doute plus jeune que je ne le semblais. La première pensée qui me traversa l'esprit, certes idiote, était qu'il n'avait pas l'air d'un psy. Il n'avait pas ses lunettes au bout du nez pour correspondre au stéréotype de base. Non, il avait l'air plus affable que coincé. Je lui trouvai un air un peu... las, tourmenté, mais peut-être était-il simplement fatigué de sa semaine. Je tâchai de rester neutre, même s'il n'était jamais évident de faire de nouvelles rencontres, dans cet état que je n'avais pas encore accepté. Le pansement massif avait été récemment refait et il n'y avait cette fois aucun drap pour vaguement dissimuler le vide qui remplaçait cruellement ma jambe. Au moins, il serait certain de ne pas s'être trompé de patient. L'homme ne parla pas tout de suite. Il m'observait autant que je l'étudiais. J'avais simplement la chance de ne pas être perturbé par deux entités farceuses et malsaines, dont la plus petite devait contempler ma « jambe » avec fascination et dégoût, à la fois. Heureusement que je ne les voyais pas. Heureusement que j'ignorai que les choses intimes qui pourraient être dites ici, allaient être entendues par deux énergumènes.
Nous nous serrâmes finalement la main. Je n'étais pas télépathe, mais je sentais bien qu'il devait se dire que j'étais en mauvais état. Je n'en étais pas à ma première mutilation, et j'espérais vraiment que c'était la dernière, cette fois-ci. Il finit par s'asseoir et prendre la parole.

« Comme l'infirmière m'a présenté...Bran Carwyn. C'est juste, je suis psy, et assistant social, pour les mutants comme pour les humains. Je suppose que ça vaut mieux qu'un psy ordinaire. » dit-il.

Je réalisai qu'il avait entendu ce que Faces m'avait dit, avant son entrée dans la pièce. Je baissai les yeux un instant, avant de tenter d'assimiler les informations. J'ignorai qu'il était également assistant social, mais il n'en était que plus apte à répondre à toutes les questions. Il paraissait mettre un point d'honneur à prendre la défense des mutants. Au moins, après m'avoir mutilé, l'hôpital s'était préoccupé de me confier au bon professionnel. Je ne sus vraiment pas quoi dire, sur l'instant. Je me contentai donc de hocher la tête, pour confirmer sa supposition.

« Je sais que vous n'avez pas demandé à de l'aide. Mais, mutant ou humain, c'est obligatoire, après l'opération que vous avez subie. Personne ne peut se sentir bien, ou identique, après ça. Je suis là pour ceci. Pour vous aider et non pour vous enfoncer. Parce que vous devez avoir trente-six mille questions dans la tête. » poursuivit-il.

Je n'avais pas l'impression d'avoir besoin de son aide, mais il fallait bien se plier aux règles, n'est-ce pas ? Après tout, certains de ses mots me touchaient d'ores-et-déjà. Je ne pouvais pas continuer, ad eternam, à éviter certaines questions, simplement par peur d'avancer ou d'échouer. C'était certainement hors-sujet, mais je me demandai en outre si je pourrais lui parler de l'autre « présent » dont m'avait fait don Arlathan. Il n'y avait pas vraiment eu d'autre métamorphose depuis les derniers accidents, mais je savais que c'était encore là, quelque part. Je me demandais quand ça allait revenir, pourquoi, et si ça n'allait pas empirer.


J'en ai tellement que je ne saurais même pas par où commencer, admis-je. Vous... avez entendu tout ce que me disait l'infirmière, avant votre arrivée ?

La question par laquelle je commençai devait tomber comme un cheveu dans la soupe. Je devrais certes revoir l'ordre de mes priorités. Je tâchai de me concentrer, pour devenir plus constructif. Il allait de soi que j'avais envie d'aborder des sujets... non personnels, avec cet homme-là.

Alors, quelle est la prochaine étape, docteur ? Quand est-ce que je pourrai sortir d'ici ? Le personnel semble persuadé que tout ira mieux, dès que je marcherai de nouveau, mais... J'arrive pas à y croire, confessai-je.

Il y aurait des rituels à suivre, physiquement, et de simples gestes quotidiens resteraient compliqués. Mon moral et celui de Davos me semblaient plus incertains encore. Je n'étais pas certain d'accepter cela, et si je ne m'acceptais pas, il le ferait encore moins. J'étais sûr que c'était capable de briser un couple, sur le long terme. Bien sûr, je voyais tout en noir, à cette période-là, refusant d'écouter la voix de la raison qui me rappelait que j'avais traversé des épreuves tout autant difficiles, par le passé, et que, surtout, je pouvais avoir confiance en Seaworth.

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MessageSujet: Re: [CLOS] The Man in Number 9 | Roxas, Doctor Mer 09 Sep 2015, 18:11




Faces n'avait hélas, pas le choix, de son propre côté. Ne possèdant pas de gène X régénérant, c'était vivre ou mourir, garder la tête haute ou se laisser abattre, et le choix avait été vite fait. Quand bien même elle avait eu ses périodes de réclusion ou d'apathie, ne l'oublions pas. Mais tout cela était bien loin du savoir de Rafael, et l'infirmière aurait pu être flattée qu'elle soit comparée à deux anges comme Seaworth et Hélianthème...si du moins elle les avait connus plus que ça. Puisque ce n'était pas le cas pour l'instant, le patient avait dû se contenter de sa petite crise de colère, certes justifiée. Et de refuser net de davantage parler d'elle, même quand Rafael souleva plus poliment et avec plus de respect, quelques interrogations. Elle refusait d'en parler. Et cet homme ne savait pas vraiment à qui il avait affaire...car elle n'aurait pas hésité à aller porter plainte. Ses mots étaient rarement dits en l'air, quand ils n'étaient pas prononcés sur le ton de la plaisanterie. Ici, c'était le cas. Qu'elle ne soit pas prise à la légère, car elle pourrait alors devenir redoutable.

Ce n'était pas tant par mépris, ou refus de l'humiliation, qu'elle ne souhaitait rien dire sur sa maladie. Déni ou farouche obstination, elle refusait d'en parler, n'en avait parlé à personne, et ne commencerait pas avec ce patient, voilà tout. Elle ne recherchait ni la pitié, ni la compassion, elle prenait son fardeau comme elle venait. Car ça, c'était bel et bien à elle seule d'en décider. Elle avait quitté la pièce sans en dire davantage.

La Cubaine était toutefois revenue, avec trace de rancune effacée sur son visage. Au contraire, elle s'était même amusée à taquiner brièvement Baldwin, sur la boîte de chocolats, son mari. Nul doute qu'il lui avait fait naître un grand sourire sur les lèvres, quand il avait dit, pour la calmer, qu'ils l'inviteraient. Elle avait agité l'index, avec défiance.

« Méfie-toi, je ne risque pas d'oublier une parole comme ça. »

Sur ce dernier avertissement, et sans doute parce qu'elle croyait réellement au mariage, pas juste pour le taquiner ou s'amuser, elle quitta la pièce, lançant le psy entrer en jeu. Après tout à partir de là, elle n'avait plus grand chose à y voir, sauf si Carwyn faisait très mal son boulot, chose dont Rafael pourrait toujours la tenir informée.



D'un certain côté, ce n'était pas très grave, que mes deux alter ego entendent cette conversation. Ils auraient pu aussi bien aller voir ce qui se tramait du côté de mon crâne, et savoir ce qui s'était dit, ce que j'avais pensé. Ce n'était que deux extrémités de moi-même, après tout...et j'ignorais encore l'étendue de leur influence sur moi, plus profonde et plus sinueuse que Castiel ou moi-même ne le croyions. D'autre part, je n'avais jamais non plus correspondu au stéréotype du psy, ou de l'irlandais, ou de n'importe quoi d'autre. Les clichés avaient quelque chose de lassant et de purement péjoratif, j'étais bien placé pour le savoir. Il y eut le temps d'un examen commun, pour chacun de nous deux, avant que je ne prisse la parole, et me présentai. Il dut comprendre que j'avais entendu son dialogue avec l'infirmière, à sa façon de baisser les yeux ; aussi pris-je soin de tout de suite aplanir les choses.

« Si je suis tolérant au genre mutant, vous devez bien supposer que je suis tolérant envers toutes les orientations sexuelles, non ? »

Cela tenait du bon sens, mais parfois, mieux valait que les choses soient exprimées à voix haute. J'eus un sourire, un peu plus rassurant pour lui, et d'ailleurs il devait déjà bien avoir assez à penser avec ses amputations, pour ne pas se préoccuper d'une possible homophobie de ma part. Je serai sans doute le dernier à le lui faire remarquer, même si en revanche, ça n'avait jamais semblé être du goût de Caïaphas. J'établis les choses, progressivement, parlant seul pour l'instant, présentant pourquoi j'étais là. Je me doutais qu'il n'avait pas forcément envie d'un médecin de plus, sur le dos, mais la procédure était la procédure. Et si je pouvais l'aider, pour quelque question que ce soit...eh bien, il ne fallait pas oublier que c'était mon travail, tout simplement, ou ma vocation, selon comme on entendait les choses.

« J'en ai tellement que je ne saurais même pas par où commencer. Vous...avez entendu tout ce que me disait l'infirmière, à votre arrivée ? »

De nouveau, je hochai la tête, tout en me demandant si c'était vraiment la première question à poser pour quelqu'un dans sa situation...on s'inquiétait rarement de parler de sa situation familiale, quand on avait quelque chose comme la jambe, en moins. A moins que le tout ne soit arrivé presque dans les mêmes temps, ce qui exerçait un surplus d'inquiétude et de stress. Je ne pus que me contenter d'exprimer ce que j'avais déjà dit.

« Oui. Et comme je vous l'ai dit, ce n'est pas un problème. »

Avais-je connu pire ? Ma foi, on pouvait toujours trouver pire, là n'était pas la question. Et ce n'était pas non plus sur ce sujet que j'aurais souhaité commencer, mais je le notai dans un coin de mon esprit, puisque ça semblait tant le tracasser. La suite prit une tournure plus attendue, à laquelle je pensais davantage. Je n'eus pas besoin de reprendre le dossier, pour être sûr de ne pas donner de mauvaise réponse : j'avais en général une très bonne mémoire, en ce qui concernait mes patients.

« La prochaine étape... »
Mon regard se posa, certes brièvement, sur sa jambe absente, avant de revenir vers son visage. « Je suppose qu'on vous a un peu parlé du processus de rééducation. Ça commencera demain, de ce qu'on m'a dit. Et ça commencera en douceur, ne vous en faites pas là-dessus. Il se peut même que vous y arriviez, mieux que vous le pensiez. »

Car je me doutais bien que c'était le manque de confiance là-dessus, qui le minait. Tout, dans ses traits, jusqu'à ses paroles, en témoignaient. Et même s'il ne le formulait pas ouvertement, il était évident qu'il pensait également aux conséquences que cela aurait dans sa vie privée, de famille...encore que j'étais loin de me douter qu'il ne restait pas vraiment grand-monde de sa famille non plus.

Little Hyde faisait le tour du lit, l'observant soigneusement. Je me retins de le suivre des yeux, bien que mon regard soit naturellement captivé par les mouvements se produisant dans la pièce ; mais vu l'expression qu'il avait, il n'avait pas besoin des mots échangés, ou du dossier que j'avais reçu – d'ailleurs il ne savait sûrement pas lire – pour savoir que cet homme était gay et mutant. Il avait un radar pour ça, allez savoir.

« C'est compréhensible que vous n'y croyez pas, »
rajoutai-je, doucement. « Pour l'instant, ça vous paraît hors d'atteinte, parce que vous êtes concentré sur ce que vous pensez ne pas pouvoir faire. Mais d'autres y sont parvenus avant vous. Je pense que même le gène mutant – je crois que vous avez une certaine capacité de régénération – peut vous y aider plus vite que la moyenne. Il y a toute une question d'équilibre, de rééducation physique, de marche forcée, au début, pour que le corps se réhabitue. Mais ça se fera. Plus on attend, plus c'est difficile, vous devez le savoir. Sauf qu'ici – navré que ce soit un peu brutal – on ne vous laissera pas trop le choix non plus, avant que les muscles ne soient trop relâchés. »

Sa première question – sortir d'ici – était différente. Une vingtaine de jours était la moyenne, dans mes souvenirs et de ce que je savais ; mais s'il y mettait de la mauvaise volonté...ou pourquoi serait-ce le cas ?

« Disons seulement que si tu étais un peu plus réceptif sur les bords – si on était encore en toi, quoi – tu sentirais que l'âme de cet homme ne ruisselle pas de bonté. »

Cette déclaration, de la part de Caïaphas, faillait me faire hausser les sourcils. Il était vrai que sans eux, je ne ressentais plus certaines choses, comme l'instinct, aussi distinctement qu'un an auparavant. Je pouvais, pour cela seulement, me fier à leurs réactions quand ils étaient autour de moi, à leurs commentaires, leurs attitudes. Little Hyde, ici, était plus intrigué que tranquille, n'ayant encore guère parlé ; Caïaphas, pour une fois, se tenait davantage en retrait, contemplant Rafael avec une inquisition dure, qui n'était pas coutumière, quelles que soient les personnes autour de moi. J'ignorais réellement ce qui clochait, mais je ne pouvais pas me laisser influencer au milieu d'une séance, et je n'étais pas d'humeur à prêter attention à leurs inepties. Un jour, ils me gâcheraient complètement la vie, mais j'avais encore du temps avant ça. Et dans ma tête, ça ne pourrait pas être aujourd'hui, en tout cas. Mon attention se fixa de nouveau sur le mutant, l'interrogeant du regard.

« Vous avez d'autres craintes, c'est sûr. Quoi d'autre ? Et pourquoi vous inquiéter autant à propos de votre ami ? Vous savez, c'est marqué dans le dossier qu'il a essayé de... »
Je ne pus retenir un sourire. Mais qui disparut bien vite, car la situation n'avait rien de drôle, bien au contraire. « Disons d'attaquer le personnel. Qu'il parlait de la régénération, ce genre de choses. ...Je suis désolé qu'ils n'aient pas tenu cela en compte. Enfin, tout ça pour dire, vous avez un défenseur pour sûr, mais ce n'est pas le seul ici. Même si ça s'est mal passé, on est de votre côté. »



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MessageSujet: Re: [CLOS] The Man in Number 9 | Roxas, Doctor Mer 23 Sep 2015, 12:34

Ce psy était perspicace, ce qui était certes un bon point pour lui. En revanche, il lui paraissait évident que ceux qui défendaient la cause mutante, étaient forcément tolérants à l'égard des gays et du reste. On voyait qu'il n'avait jamais rencontré de type comme Stannis Lannister, pour ne citer que lui.

Je ne l'avais pas supposé, mais merci, c'est réconfortant, répondis-je, certes plus froidement que je ne l'aurais souhaité.

Je n'avais pas honte d'être avec Davos, au contraire. On avait quand même évolué depuis quelques mois, et l'on se réjouissait de ne plus avoir à cacher que nous étions ensemble, hormis peut-être à l'égard de ceux qui nous mettraient réellement des bâtons dans les roues. Je n'étais pour autant pas habitué à en parler. Si les gens n’amenaient pas le sujet, je resterais probablement silencieux là-dessus. Aimer quelqu'un, quoi de plus personnel dans le sens où ça vous tordait les tripes, et quelquefois le cœur, dans le bon sens du terme (et parfois le mauvais) ? J'avais sans doute tort de considérer Davos comme presque... une entité différente du genre humain, parfois supérieure, au point qu'il parût décalé de l'évoquer auprès de ceux qui ignoraient tout de notre vie quotidienne. C'était assez difficile à expliquer. Pour mieux dire, je ne savais pas encore gérer la fusion entre cette vie privée toute neuve, ne serait-ce parce qu'elle était heureuse, et ce qui était habituel... Entre ce que je ressentais et ce que les gens pouvaient voir. Je redoutai sans doute que certains fussent quelque peu intolérants, sans être homophobes. J'avais du mal à réaliser que tout cela était concret, au point de rechigner, pour des raisons mystérieuses, à en parler librement. Après tout, aux débuts, beaucoup voulaient garder une personne exclusivement pour eux, qu'ils fussent homosexuels ou hétérosexuels. C'était d'autant plus vrai pour moi. Mais j'étais quand même en train d'évoluer. Sveda et Davos, qui parlaient librement de tout, ou presque, me donnaient l'exemple. Mais je savais bien que je serai toujours plus pudique qu'eux.
Je sentis que le psy était perplexe de me voir m'inquiéter à ce point pour des questions d'homosexualité. C'est que, voyez-vous, le personnel de cet hôpital avait fermé la porte au nez de Davos, et l'avait privé de la chance de me soigner – sans perte – sous prétexte qu'il n'était pas de ma famille, et gay, à croire que j'avais l'habitude de ramasser des gigolos barbus et séropositifs dans la rue. J'avais mes raisons d'être insistant et méfiant, mais je n'avais certes pas envie de revenir sur cet épisode, maintenant. Le docteur insista sur le fait que cela ne lui posait aucun problème. Tant mieux. Je me demandai ce qu'il éprouvait, quant à lui, avant de poser un regard sur son alliance. Il y avait tout de même de fortes chances qu'il s'agît d'une femme.
Il m'apprit alors que la rééducation débutait demain. Je me contentai de hocher la tête. A quoi bon apprécier ou contester l'arrivée de l'inévitable ? Bien entendu, j'espérai que ça se passerait bien, afin de pouvoir reprendre le cours de ma vie, au plus vite, mais une part de moi était plus anxieuse qu'autre chose, et aurait tendance à remettre ces exercices toujours à demain. Je persistai à trouver tout cela encore un peu injuste et humiliant.
Je ne me rendis pas encore compte que l'attention de Doctor était parfois attirée par des points invisibles. J'avais encore la chance de croire qu'ils m'avaient confié à un psy efficace et... normal. Il m'expliqua ensuite que j'avais toutes les raisons de réussir, et qu'il fallait s'y mettre, afin de ne pas laisser les muscles se relâcher. Je n'osai pas imaginer ce qui arrivait, quand tel était le cas. Ce discours, je l'avais déjà entendu, peut-être sous une autre forme, dans la bouche de mon impulsive infirmière.


Eh bien, on verra demain, répondis-je, peu loquace.

Je relevai les yeux vers le psy, commençant à réaliser que quelque chose clochait chez lui, même si j'avais du mal à le définir. De temps en temps, il paraissait vraiment à l'ouest ; non pas comme quelqu'un de distrait ou à moitié sourd, mais comme si son esprit se déconnectait de la réalité pour se focaliser sur autre chose, qui ne semblait pas beaucoup lui plaire. J'eus l'air peut-être un peu méfiant, mais je choisis de rester poli et de ne rien dire. Pour une fois.

« Vous avez d'autres craintes, c'est sûr. Quoi d'autre ? Et pourquoi vous inquiéter autant à propos de votre ami ? Vous savez, c'est marqué dans le dossier qu'il a essayé de... Disons d'attaquer le personnel. Qu'il parlait de la régénération, ce genre de choses. ...Je suis désolé qu'ils n'aient pas tenu cela en compte. Enfin, tout ça pour dire, vous avez un défenseur pour sûr, mais ce n'est pas le seul ici. Même si ça s'est mal passé, on est de votre côté. » dit-il.

Je concevais que la réaction exagérée et sur-protectrice de Davos avait pu paraître cocasse, pour certains, mais je ne souris pas une seconde, pour ma part. C'était encore trop frais pour en sourire, et puis, j'imaginai encore quel calvaire cela avait dû être pour Davos. Il était fou d'inquiétude, et on l'avait malgré tout rejeté, et fait attendre, comme s'il était un étranger, ou comme s'il n'avait pas les mêmes droits que les autres hommes. J'eus l'air un peu sombre et rancunier un instant, plus à l'égard de l'hôpital que du psy, bien entendu. Doctor marquait cela dit un point en rappelant que Davos était quelqu'un de protecteur et loyal, peut-être quoiqu'il arrivait. Seulement, à force de commettre des erreurs ou de souffrir de ma malchance, je craignais de finir par atteindre ses limites... Le perdre serait insupportable. Ce serait une amputation autrement plus douloureuse qu'une jambe, comme celle d'une tranche d'âme. J'eus probablement même le regard hanté, un peu trop silencieux, avant de reporter mon attention sur Doctor. Son attention était parfois détournée par ses doubles, moi elle l'était par les souvenirs douloureux et les angoisses futures.


Oui, je peux compter sur lui. Si vous défendez tant la cause gay, vous pouvez d'ailleurs appeler les choses par leur nom, soulignai-je, non sans ironie.

Faces avait tort de considérer que Davos était mon mari, mais le qualifier « d'ami » était un euphémisme un peu trop important. J'étais certes à peine facile à contrarier. Je ne répondis rien concernant le nombre de mes défenseurs, puisque je n'étais pas vraiment convaincu, pour le moment.


Et admettons que tout se passe bien, qu'est-ce qu'il se passera ensuite ? demandai-je donc.

On m'avait parlé de prothèse, de vie « normale » mais diminuée, sans entrer dans les détails. J'étais maintenant prêt à entendre de quoi il retournerait ; qu'il jouât cartes sur table.

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MessageSujet: Re: [CLOS] The Man in Number 9 | Roxas, Doctor Lun 09 Nov 2015, 20:31


Si jamais je rencontrais un type comme Stannis Lannister, inutile de dire que nous ne nous entendrions pas du tout...il me considérait probablement comme un ver de vase. Je pris la remarque de mon patient comme une pique froide, sans doute destinée à me tester. Je n'allais pas me faire avoir pour si peu : je n'étais pas né de la dernière pluie et je n'étais pas non plus un jeunot débutant. Mes explications, étaient peut-être maladroites, mais elles étaient sincères et quand je disais que je me moquais qu'il soit noir, bi, asiatique, chrétien ou juif, c'était vrai. C'était la personne qui importait avant tout, et je n'étais vraiment pas l'un de ceux qui leur mettraient des bâtons dans les roues. Au contraire, je ne souhaitais qu'aider Baldwin, si du moins il acceptait un peu cela. Or, vu le type du personnage, je pouvais dire que ce n'était pas gagné. Mais c'était aussi une de missions, de l'aider à faire que ce soit naturel, et non plus tabou.
Ceci dit, j'étais loin de me douter que leur rencontre, ou encore leur relation, étaient si spéciales. On aurait pu croire que Satan en personne s'acharnait sur ce couple, et je pouvais déjà le déduire un peu, en voyant ce qui avait été fait à Rafael. Mais raison de plus pour lui dire qu'il devait lutter et se battre – ne pas se laisser décimer ou décourager. Tout chacun avait droit au bonheur, et ce n'était pas les souffrances qui y changeaient quoique ce soit. Certains avaient trop péché, pour être même récupérables malgré tout : il y avait des exceptions dans la nature humaine. Mais pas pour cet homme, de ce que je ressentais pour l'instant, du moins. Enfin, celui qui avait fait ça à Rafael, pas Rafael lui-même.

Bref, il était aussi de mon devoir de tâcher de montrer à cet homme que, outre le fait de ne pas le discriminer, j'étais aussi là pour l'aider à accepter tout le reste, à en parler, et pas que ce qui concernait son membre fantôme, si telle était son envie. Je n'allais certes pas faire comme le personnel de l'hôpital, qui était à la limite de refuser certains traitements, parce qu'ils étaient mutantphobes en plus d'être homophobes. Il y avait encore des engeances pareilles de nos jours, malheureusement. Je n'allais pas faire une maladie qu'il soit gay, car ce n'était pas le premier que je rencontrais, puisque je connaissais Bobby, et j'en avais vu d'autres avant. Pour ma part, je n'avais jamais été tenté par l'autre côté, mais honnêtement, ça ne nous regardait pas vraiment à l'instant.

Bien sûr, il demeurait sceptique. Peut-être l'aurais-je été à sa place, et je ne pouvais lui en vouloir. Je le laissai donc répondre cela, non sans noter son caractère vraiment renfermé. Ça n'allait pas être une mince tâche, sans compter que Caïaphas essayait de plus en plus d'attirer mon attention, je ne savais pas trop pourquoi. J'étais loin de me douter que c'était justement le fait de ne pas l'écouter, qui allait me poser des sacrés problèmes, dans quelques minutes.

Je n'aurais certes pas dû avoir un sourire, même si ce n'était pas pour me moquer de son compagnon. C'était plutôt que j'imaginais certains idiots d'infirmiers se prendre une raclée qu'ils méritaient un peu, et ça pouvait presque me plaire. J'eus donc un geste apaisant de la main, pour Rafael, afin de lui signifier que je ne voulais pas critiquer son amant, ni son couple. Mais ce fut le regard suivant, qu'il me porta, qui m'inquiéta bien plus. C'était un air hanté comme on en voyait peu, un de ceux de quand la vie s'effondrait. Je ne l'avais probablement jamais eu moi-même – pas encore – mais je savais ce qu'il signifiait.

« Que craignez-vous donc à ce point ? » demandai-je, doucement, pour ne pas le brusquer, ou plutôt, ne pas lui mettre de pression.

Il avait trop vécu déjà, je pouvais le dire, et je ne me doutais certes pas de son passé plus long que je ne pouvais le calculer, au vu de son apparence. Il reprit ensuite, sur une défensive ironique – je commençais à voir le genre de bonhomme.

« Si vous le dites, » répondis-je tranquillement. « C'est juste que j'ai l'impression que vous-même ne savez pas comment l'appeler, au vu de votre réaction avec Miss Gomez. »

C'était aussi simple que cela, mais rester dans un vide, un entre-deux, n'aidait pas à se sentir mieux, ou savoir où on en était, et il fallait qu'il le comprenne. Sans ça, ce serait difficile d'avancer.

« Et admettons que tout se passe bien, qu'est-ce qu'il se passera ensuite ? »

Je fronçai les sourcils, un bref instant. Malgré moi, je me demandais s'il cherchait vraiment à imaginer le pire, ou non...

« S'il veut entendre qu'il aura une vie misérable, on peut s'en charger. »


Je faillis répliquer, presque avec virulence, mais je me retins à temps. Pas question que je passe pour fou devant mon patient, qui devait toutefois déjà se douter que j'étais...bizarre. Et je devais admettre que je commençais à me sentir vraiment étrange, pour une fois. Je passai brièvement la main sur ma tempe, comme pour essayer de m'éclaircir les idées. Par ailleurs, fait inquiétant, Little Hyde s'était carrément barré de la pièce, sans que je puisse expliquer pourquoi. Je me forçai à relever les yeux vers Rafael, et à me concentrer sur lui, lui uniquement.

« Vous allez avoir beaucoup de mal » dis-je sans mentir. Je n'étais pas payé pour lui raconter des salades, en effet. « Il y aura forcément des jours d'abattement ; où vous allez vous demander même si ça vaut encore la peine, de vous infliger ça, ou de l'infliger à vos proches. Se sentir diminué...on en vient à se détester soi-même, à se mépriser en tout cas. Mais vous ne devez pas tomber là-dedans. Oui, il vous manquera quelque chose, pour toujours. Mais vous ne vous réduisez pas à cette perte, aussi douloureuse soit-elle. Vous comprenez ce que je veux dire ? Que surtout, vous ne devez pas perdre courage. Il y aura des hauts, comme des bas. » Je me relevai lentement, marchant de quelques pas. « Il se peut aussi que vous demandiez à votre....fiancé, ou vos amis, pourquoi ils s'acharnent à rester alors que vous penserez leur pourrir la vie. Il faudra vous rappeler qu'ils tiennent à vous, simplement. »

Maintenant, c'était une forte migraine qui m'élançait. Je fermai les yeux un instant, tâchant de reprendre le fil de mon discours.

« Une prothèse ne remplacera jamais vraiment un membre. Mais jusqu'à ce qu'on soit dans quelque chose comme Star Wars, il faudra faire avec...l'habitude viendra. Le plus dur, c'est le temps à tenir, pour que ça devienne une habitude. »

Je me retournai vers lui, mais cette fois, sans que je m'en rende compte, l'expression de mon regard n'était pas vraiment la même. Il y avait quelque chose de plus dur et de plus froid à la fois, de plus méprisant et hautain, sans qu'on puisse déterminer exactement d'où ça venait. L'attitude même de mon corps avait changé, se redressant, optant pour des mouvements plus rigides, plus sûrs, qui puaient le contrôle de soi afin de dominer l'atmosphère. Le problème était, cela faisait déjà tant de temps, que je n'avais pas eu de nouveau mon Surmoi, en mon âme ou mon esprit, que je ne me souvenais tout simplement plus de ce que cela faisait, d'être presque normal. Sauf que là j'étais déséquilibré : pas de Ça pour recomposer, équilibrer le côté le plus paranoïaque, le plus contrôlant de ma personnalité, le plus rigide, aussi. Aussi les mots qui commencèrent à s'échapper de ma bouche, n'était pas du tout ceux que j'aurais prononcé en temps normal. D'ailleurs, même ceux articulés avant, étaient presque limite. J'imagine que c'est ce qui arrivait dans la tête de certains tueurs en série, quand ils devenaient dangereux et basculaient dans leurs crimes.

« Bien sûr, l'autre solution est simplement de se laisser aller et de croire qu'on ne revivra jamais vraiment, que c'est perdu d'avance. Plutôt votre caractère, je me trompe ? »
Même la façon de parler ne me ressemblait pas. C'était celle de Caïaphas. A croire qu'il murmurait bien trop fort dans ma tête, profitant du champ libre. « Alors oui, autant arrêter de vivre tout de suite, et de se dire que ça épargnera une souffrance continue et désespérante pour la famille, les proches, ou tous ces autres imbéciles. C'est aussi ce qui se passera ensuite. Le désespoir et la perte de contrôle, le fait d'être toujours dépendant, d'une façon ou d'une autre. Qui voudrait d'une vie pareille ? De n'être plus que l'ombre de soi-même ? C'est dans ces cas-là, qu'il vaut mieux être une machine. »

Comme le sourire ironique sur mes lèvres, n'était pas le mien.

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MessageSujet: Re: [CLOS] The Man in Number 9 | Roxas, Doctor Ven 13 Nov 2015, 00:40

J'avais du mal à croire que certaines personnes soient tolérantes et charitables, sans jamais émettre d'exceptions. Je manquais probablement de confiance en moi, à moins que j'étais incapable de me mettre à la place de gens si différents de moi... Je me disais quelquefois que je méritais bien tout ce qui m'arrivait, et que même, le bonheur d'avoir rencontré Davos était trop pour moi ; comme si le sort avait fait une erreur et finirait par récupérer ce bien mal distribué. Beaucoup de personnes, à commencer par Sveda et Davos, m'en voudraient sans doute d'être aussi pessimiste, mais on ne changeait pas d'état d'esprit du jour au lendemain, surtout après avoir souffert. J'étais certes idiot de m'encombrer l'esprit avec des problématiques métaphysiques, alors que je devrais me focaliser sur des problèmes plus concrets comme... le handicap.
Mon psychologue ne semblait pas être un mauvais bougre. Je sentais même qu'il essayait de détendre un tant soit peu l'atmosphère. Malheureusement pour lui, je n'étais pas très bon public. J'eus l'air certainement beaucoup accablé, car mon interlocuteur gagna un air soucieux avant de me demander ce que je redoutais le plus. Je marquai une pause, songeant que c'était idiot de rester focalisé sur une idée. Je n'avais pas envie de lui parler, mais j'avais intérêt à le faire, si je souhaitais avancer.


Je suis malade à la seule idée de perdre Davos, admis-je, le regard baissé. S'il n'y avait que ma blessure... Mais nous avons de nombreux détracteurs. Je peux pas le perdre, j'ai attendu quelqu'un comme lui toute ma vie.

Je n'aimais pas me montrer aussi vulnérable, mais j'avais besoin de parler de ce genre de choses à quelqu'un. Or, il n'y avait pas grand monde dans cet hôpital ; du moins y avait-il ce psy. Il marqua un point en me faisant remarquer que je n'étais décidément pas à l'aise, en parlant de Davos, en général. Je relevai les yeux vers lui, un peu plus ferme.

C'est mon compagnon, on vit ensemble, dis-je finalement, comme pour clore la question.

C'était moi où le docteur peinait à se concentrer ? Je le vis passer une main sur son visage, avant de daigner reprendre la parole. Il me décrit alors ce que l'avenir me réservait. Il n'occulta pas les difficultés ou les périodes de découragement que j'allais rencontrer. J'eus l'air un peu blessé quand il parla d'absence d'estime de soi ; comme si j'avais besoin que cela augmente. Il insista cependant sur le fait que je devais rester courageux. J'avais l'impression que mon entourage, à commencer par lui, me sur-estimait. Je ne cherchai même pas à le corriger lorsqu'il appela Davos mon « fiancé ». J'essayais d'assimiler ce qu'il me disait, tout simplement. J'eus l'air un peu plus surpris quand il fit une référence à Star Wars ; tout comme s'il me conseillait de me contenter de ce qu'on me proposait, et d'arrêter de faire la fine bouche.


Qu'est-ce que vous pouvez me dire sur la ré-éducation ? demandai-je simplement, évitant de rentrer dans ces débats presque philosophiques.

Je pensais que la discussion allait continuer tranquillement, mais il n'en fut rien. Sans savoir pourquoi, je sentis un frisson lorsqu'il me regarda... différemment. C'était le fruit de mon imagination ou il n'était plus chaleureux du tout ? Il me paraissait même méprisant. Avais-je dit ou fait quelque chose qu'il ne fallait pas ? Était-il schizophrène ? Avait-il simplement caché son jeu, jusqu'à présent ? Si tel était le cas, qui l'envoyait ? Arlathan ? Je me crispai tout à fait, alarmé par ma propre paranoïa. Mais l'air psychotique de Doctor était parfaitement réel. Honnêtement, je n'avais pas l'impression de faire face au même homme, mais à son sosie maléfique. Et s'il était possédé et avait besoin d'un exorcisme ? Ma respiration s'emballa. Il me fallait malgré tout rester maître de moi-même. Si je me transformais ici, j'étais fini.
J'eus l'air sans doute un peu choqué quand il déclara que j'étais plus le type de personnes qui se laissaient abattre par la fatalité, en parfaits Caliméro. Il essayait de me tourner vers le suicide, ou quoi ? Je sentis mon cœur se serrer alors qu'il me rappelait que je serai toujours dépendant de quelqu'un. Au final, il retournait contre moi le fait que j'avais osé me confesser auprès de lui.


Vous vous croyez malin ? répliquai-je. Je ne suis pas certain de vouloir poursuivre cette séance plus longtemps.

Mon ton était froid, si ce n'était glacial. Je ne détournai pas les yeux, le défiant du regard. D'un côté, s'il voulait me redonnait du poil de la bête, sans mauvais jeu de mots, il risquait d'y arriver. Malgré ce ton cassant, je peinais à cacher cette maudite vulnérabilité, laquelle était évidemment très affectée par des propos aussi durs, et vrais quelque part. D'ailleurs, plutôt que de véritablement me défendre, je cherchais à fuir, une fois de plus. J'avais même tendu le bras jusqu'au bouton qui permettait d'appeler une infirmière. Je n'étais pas encore décidé à appuyer dessus, mais il était tentant de voir Faces venir corriger – et expulser - cet énergumène. Bon sang, qu'est-ce qui lui prenait ?

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MessageSujet: Re: [CLOS] The Man in Number 9 | Roxas, Doctor Mar 01 Déc 2015, 12:37

Malheureusement c'était à force de croire que personne ne pouvait être bienveillant, qu'on en venait à braquer les gens directement contre soi. Trop de doutes tuait parfois toute avancée. Par ailleurs, je pensais qu'on avait plus ou moins le karma qu'on méritait, sans pour autant souffrir inutilement. Il fallait donc espérer que les ennuis de Rafael seraient tout de même bientôt terminés... Et encore j'étais loin de me douter de tout ce qu'il avait dans la tête. Ce serait dans ce genre de cas qu'il me faudrait peut-être un pouvoir télépathique, quoique à la réflexion... Non.
Je l'écoutai d'un air plus encourageant, cette fois, quand il choisit de véritablement se confier à moi. Et je percevais à quel point cela devait être difficile pour lui de devoir dire de telles choses, qui auraient pu aisément se retrouver contre lui. Surtout étant donné la gravité de la situation.

« Si les choses sont aussi difficiles, vous n'avez jamais songé à déménager, au moins pour esquiver vos ennemis ? » Je respectais également qu'il semble éprouver un amour aussi profond envers ce Davos. N'étais-je pas amoureux au même point, de ma femme ? Encore qu'elle me survivrait. « Ou une protection extérieure ? Prenez conscience qu'être là, l'un pour l'autre, fera que vous ne le perdez pas. De ce que j'ai eu comme témoignages, il tient suffisamment à vous pour faire scandale dans un hôpital : alors ne doutez pas de lui. Vos sentiments sont solides. »

J'appréciai davantage encore quand il dit que c'était son fiancé et qu'ils vivaient ensemble. Le dire à voix haute, surtout à un étranger, serait un effort considérable pour lui, plus qu'il ne le pensait. En formulant les choses, on les rendait plus concrètes, au moins pour soi-même. Je préférais ça, et cette fois, mon sourire était clairement plus amical, comme pour lui montrer qu'il était sur la bonne voie. Toutefois, cette progression ne durerait pas, puisque j'allais – bien involontairement – moi-même lui donner des raisons d'être méfiant, peu après. Il y avait de ces sales foutus tours joués par ce mutant qui duraient toujours, et je n'aurais jamais assez de mots pour le maudire. Au moins, jusque-là, j'avais tâché de lui redonner espoir et courage, de lui faire comprendre certaines choses, donc je pouvais espérer que ça au moins serait plus clair dans son esprit. Même si certaines choses le blessaient, c'était nécessaire que j'en parle, ne serait-ce parce que cela allait se passer ainsi, et ensuite parce que j'étais sûr que ça faisait partie des questions qui le rongeaient, sans oser me les poser. Je ne le surestimais pas, mais je partais du principe qu'il y avait des choses qu'il ne voulait pas perdre dans sa vie : cela seul, suffirait à le faire aller de l'avant et à avoir un but qui entraînerait une motivation pour sa rééducation. D'ailleurs, sa question suivante fut sur ce sujet. Mais avant que je puisse répondre, j'étais pris d'un vertige, d'une sorte d'absence. Je n'avais pas tout à fait confiance que c'était Caïaphas qui murmurait certaines pensées, et j'étais en déséquilibre psychique, d'avoir été en quelque sorte si longtemps livré à moi-même. Autrement dit, j'étais conscient, un peu comme dans un état second ; pas tout à fait absent mais pas tout à fait présent non plus. Comme dans un rêve éveillé qu'on guidait vaguement mais qui reprenait le dessus majoritairement, avec une logique propre qui ne m'étonnait pas. C'était un état délicat et très difficile à décrire exactement, et si je ne le réalisais pas tant que ça, c'était bel et bien parce qu'il faisait partie de moi, d'une certaine façon. Parce que c'était mon Surmoi, et qu'un Surmoi n'était pas non plus totalement étranger à nos âmes et nos esprits. Au contraire, on se rendait rarement compte de l'emprise qu'il avait.

Et ainsi, même si je fus conscient du frisson chez Rafael, de son air incompréhensif ou bien véhément, cela ne me choqua pas plus que cela : c'était la plus insidieuse et la plus naturelle des emprises, empreinte d'une logique propre. Moi-même, je ne me rendais pas totalement compte de ce que je disais, car ces mots faisaient partie (de façon très mauvaise) de moi, mais ils en faisaient partie. Le terme de possession était donc plutôt bien choisi.

Et les mots que je sortais étaient réels et vrais à la fois : c'était bien cela le plus troublant. La réplique de Rafael, bien insignifiante, me fit sourire très ironiquement, avec toujours une froideur méprisante dans les yeux. Car je voyais bien qu'en dépit de ses mots volontairement durs, ce n'était qu'un réflexe de défense ancré qui dissimulait soigneusement une faiblesse propre, déjà en temps normal, mais davantage encore dans la situation où il était. Qu'aurait-il pu faire en-dehors d'appeler une infirmière peu habituée à gérer des situations de crise (et vulgaire de surcroît, à n'en pas douter) ? Me balancer la télécommande à la figure ? Je le laissai donc parler dans le vent, d'autant que ses paroles ne demandaient aucune réponse, étant purement rhétoriques. Je n'étais pas malin, j'étais intelligent, et ça suffisait amplement. D'autre part, sa froideur était totalement feinte et inférieure à la mienne. Je fis donc le tour du lit pour lui mettre le bouton appelant les infirmières hors de portée pour l'instant, sans état d'âme. Je l'observai un instant, d'un regard pesant, avant de reprendre la parole.

« Je dois admettre que votre cas est des plus inintéressants et m'importe peu. Je suis toutefois disposé à vous accorder un service, si vous m'en rendez un. J'aimerais une liste des mutants dans votre entourage, et savoir exactement quelles sont leurs capacités. »Tout cela avait un but bien précis, mais je ne comptais pas lui révéler lequel. Bien entendu. La seule chose qui comptait, était qu'il était à ma portée. Je le vis se redresser et trembler quelque peu. Me souvenant de la méfiance de l'autre imbécile – alias Little Hyde – à son égard, je pris le temps de lui assurer un sourire légèrement plus aimable.

« Je vous préviens que si vous songez un seul instant à faire usage de vos propres capacités, je sectionne votre plaie encore fraîche et on sera sans doute obligé d'en recouper un bout. Je vous conseille donc d'obéir.» fis-je, en allant également fermer la porte (cela alerterait peut-être les infirmières, s'il ne parvenait pas à atteindre le bouton d'appel, mais c'était un risque à prendre) pour éviter qu'il appelle qui que ce soit. « Coopérer, collaborer, c'est très simple, et vous ne souhaitez pas passer un mauvais moment, n'est-ce pas? »

Il avait également, je crois, quelques tuyaux qui diffusaient en partie de la morphine. J'allais observer le matériel de ce côté-là, mais je n'y connaissais pas grand-chose. Au pire, en trifouillant... je me retournai vers lui, attendant sa réponse, d'un air implacable.

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MessageSujet: Re: [CLOS] The Man in Number 9 | Roxas, Doctor Sam 16 Jan 2016, 17:27

Le moins que l'on pouvait dire était que, lorsque la fatalité s'acharnait sur moi, elle ne faisait pas les choses à moitié. Elle devait d'ailleurs m'avoir à la bonne car j'étais rarement tranquille très longtemps. Certes, le sort avait voulu que j'accède à un bonheur aussi grand que ce que j'avais eu en malheur, ne serait ce qu'en rencontrant Davos ; l'empêche que tout le reste continuait à être pesant. Et si ça continuait ainsi, on finirait forcément par ne plus le supporter, ou pire... Le psy proposa justement la solution qui consistait à fuir la maison, pour vivre ailleurs. Je n'avais rien contre, mais c'était un peu compliqué, et Davos accepterait-il seulement ?

J'y ai songé, oui, répondis-je simplement.

J'écoutai ensuite les mots concernant la loyauté de Davos. Est-ce qu'il suffisait d'être là pour lui, pour ne jamais le perdre ? J'aimerais que ça soit une vérité immuable. J'eus sans doute l'air moins sombre tandis qu'il me rappelait que Seaworth avait abandonné sa patience légendaire, pour faire éclater un scandale dans l'hôpital. Malgré tous ses gestes tendres, je ne pouvais pas dire qu'il était démonstratif de ses sentiments, du moins les plus noirs. Paradoxalement, c'était parfois effrayant. Mais cette fois, il avait laissé sa raison de côté et laissé éclater sa colère. L'enjeu était trop important. Je n'étais pas certain d'aimer son aspect sombre, mais je l'admirais, en tout cas. J'aurais pu écouter Doctor me parler de Davos, pendant des heures, mais ce n'était pas très sérieux, aussi me contentai-je de hocher la tête, pour signaler mon réconfort.
Malheureusement, le psy m'avait fait avancer, pour mieux me forcer à reculer par la suite. Avait-il joué la comédie lorsqu'il était bienveillant, ou un démon venait-il de commencer à le posséder ? Tout dans ses regards, ses sourires et ses répliques, était malsain. Je tâchai difficilement de ne pas paniquer alors qu'il mettait le bouton, pour appeler les infirmiers, hors de ma portée. Évidemment, j'étais inquiet, mais quelque part, je me sentais également humilié. Je me sentais totalement impuissant et à sa merci, à cause de cette fichue jambe – si du moins on pouvait l'appeler comme telle – qui me clouait au lit. Le docteur ne souhaitait visiblement pas répondre à mes questions, mais plutôt m'en poser, insidieusement, à la manière d'un inquisiteur. Je ne masquai pas ma perplexité tandis que ce type me proposait un "service" mystérieux, à condition que je lui vende les mutants que je connaissais, sur un plateau d'argent. Il ne fallait pas être ingénieur pour comprendre qu'il ne leur voulait pas du bien.


Quel type de service pourriez-vous m'accorder ? demandai-je, aussi méprisant que lui. Qu'est-ce que vous feriez de ces noms ?

Je n'avais nullement l'intention de coopérer avec lui, au reste, il avait éveillé ma curiosité, et parler me faisait gagner du temps. Il était fou d'espérer que quelqu'un entre ici, au bon moment, mais il fallait bien s'accrocher à quelque chose. Malgré le calme que je m'efforçais d'afficher, j'étais bien blême et je peinais à rester parfaitement immobile. Les situations de stress me mettaient hors de moi, en général, au sens propre. Qu'est-ce que ça donnerait ? Un lion unijambiste ? Je me crispai davantage tandis qu'il me menaçait, pour me couper toute envie d'utiliser mes pouvoirs. Le... moignon était encore un sujet sensible pour moi, un traumatisme, un tabou, et je le haïssais de faire une telle menace. Il ne faisait que me stresser davantage, ce qui rendait toute obéissance difficile, néanmoins, je fis tout pour prendre sur moi. Ma respiration se fit sans doute plus difficile tandis qu'il fermait la porte, et attendait ma décision. Il était plus tentant de lui donner ce qu'il souhaitait maintenant, mais par loyauté ou par destruction, je préférai l'envoyer se faire voir.

Allez au diable, dis-je sèchement, tout en renversant le verre et la carafe posés sur le chevet.

Les deux objets tombèrent avec pertes et fracas, émettant un son qui arriverait peut-être aux oreilles du personnel le plus proche, si du moins, ils n'étaient pas trop occupés. J'espérai de tout cœur que ça allait marcher, et qu'ils viendraient vite, sinon, à cause de Doctor ou de moi, il allait forcément arriver un malheur.

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MessageSujet: Re: [CLOS] The Man in Number 9 | Roxas, Doctor Sam 30 Jan 2016, 16:24

Pour moi la fatalité n'existait pas. Il n'y avait que nos choix qui menaient à telle ou telle conséquence : en aucun cas ce n'était le dessein d'un dieu vengeur ou miséricordieux, de décider de notre vie en nous envoyant des épreuves ou des merveilles. Aussi, quand je lui proposais de déménager de chez eux, étant donné qu'on ne faisait que les attaquer dans leur propre maison, c'était la nécessité qui parlait, non la superstition. Que Rafael y ait déjà pensé était un bon point : il se rendait déjà compte de l'extrémité à laquelle il était arrivé, et des mesures qui s'imposaient, s'il voulait finir par être un peu tranquille. Et au vu de tout ce que je savais, je crois que c'était le mieux à faire. On ne pouvait vivre sans cesse en état de stress récurrent, sans finir par péter un plomb – la dernière chose dont il avait besoin. Et c'est ce qui arriverait et le ferait perdre Davos, s'il ne faisait pas quelque chose. Je savais trop bien comment certaines choses pouvaient corrompre et amenuiser la complicité d'un couple – j'en faisais moi-même l'expérience dans le mien. Il fallait au moins permettre aux autres d'éviter cette erreur, d'autant qu'ils me donnaient l'impression d'en avoir assez bavé pour l'instant. Et si l'explosion de Davos à l'hôpital n'était que le début, allez savoir ce qui pouvait arriver ensuite, spécialement quand on était mutant. Je n'avais pas été là quand c'est arrivé, mais je pouvais bien croire que c'était inhabituel et que cela commençait à montrer les ressorts du désespoir.

La suite, hélas, allait contribuer à faire échouer tout ce que j'avais réussi à bâtir en l'espace de cette conversation. Caïaphas me connaissait et savait après tout trop bien comment me faire reculer alors que j'avançais, ou semer le doute dans ce que je faisais. Je ne me rendais qu'à peine compte de mon changement d'attitude, comme s'il était, quelque part, naturel. Et les paroles sombres et manipulatrices qui sortaient de mes lèvres semblaient tout autant l'être. Je devais avouer que l'opportunité était trop belle, vu que cet homme était réduit à l'impuissance pour l'instant à cause de son opération, et donc soumis à ce que je pouvais dire ou faire. Je n'avais certes aucun pouvoir, mais on n'en avait pas toujours besoin pour faire le mal.

Inquisiteur était le mot qui convenait alors que je lui faisais un marché et lui posais certaines questions précises. J'avais mis son seul moyen direct d'appeler de l'aide, hors de portée, souhaitant profiter de tout le temps que je pouvais. Je ne savais néanmoins pas quand ce cher Bran allait se réveiller, et je ne pouvais pas non plus empêcher qu'un invité ou une infirmière ne rentre brusquement. Mon sujet était peut-être perplexe, mais j'en avais assez peu de choses à faire, de ses interrogations. D'autre part, on me prêtait sans doute de mauvaises intentions en disant que j'allais forcément leur faire du mal. Ce n'était pas tout à fait vrai.

"Tout ce qui est du ressort de Bran sera accordé,"
dis-je, certes trop heureux de marquer la différence entre lui et moi, pour me permettre de parler en son nom. Je ne préférais guère m'étendre davantage, d'autant que je n'étais pas assez idiot pour ne pas me douter qu'il me faisait perdre du temps à dessein. Il était curieux, je ne pouvais l'en blâmer au vu d'un changement d'attitude qu'il ne pouvait comprendre, mais j'avais plus urgent à faire qu'à répondre à ses questions, d'autant qu'il pourrait en reparler à cet idiot de Bran par la suite. Son air blême me montrait que je maîtrisais toujours la situation, ou que pour l'instant j'étais en position de force ; c'était tout ce dont j'avais besoin, l'air méprisant ne me quittant pas. Qu'importait qu'il en vienne à détester mon hôte, ça m'arrangeait, et je ne tenais pas à être à la merci de ses capacités, quelles qu'elles soient.

Sa réponse m'étonna un peu, et la façon dont je le regardais perdait de plus en plus le peu d'amabilité ou de fausse cordialité que j'avais pu avoir jusqu'à présent. J'aurais cru l'homme suffisamment lâche ou faible pour le convaincre. Il montrait une relative force de caractère à laquelle je ne m'attendais pas. Le fracas du verre brisé et de l'eau se répandant ne me fit pas sursauter, encore que mon air devînt probablement plus brûlant et plus glacial à la fois. Il allait passer un très mauvais quart d'heure. Mes pas me menèrent directement à la machine qui lui permettait d'obtenir la morphine ou le calmant – ce n'était pas moi le docteur après tout, peu importait ce qu'on lui avait fichu comme médecine – et je défis d'un geste ce qui lui permettait de ne pas trop sentir la douleur jusque-là. Inutile de dire qu'au vu de son état, il allait le sentir passer.

"Le diable, c'est un ami," fis-je sèchement, en pensant à Little Hyde, et je crois que ce dernier aurait été encore plus cruel que moi face à cet homme. Le liquide qui lui ôtait toute douleur était en train de s'épuiser très rapidement. "Je vous conseille de répondre tant que vous avez encore un tant soit peu de sens pour le faire."

Car je n'allais pas arrêter la torture, ou la menace, de sitôt. Cela faisait trop longtemps que j'attendais un tel instant. Mais avant que j'eusse davantage pu lui parler, l'interroger, en me penchant auprès de lui, la porte s'ouvrit brusquement pour laisser place à l'infirmière noire de tout à l'heure, qui avait accueilli Bran. Celle-ci n'eut pas l'air de saisir immédiatement ce qui se passait, son regard allant de Rafael qui devait probablement grimacer de douleur, à moi, aux verres brisés, et à la machine qui commençait à bipper de façon irrégulière. Elle remarqua alors ensuite à quel point je semblais être différent ; ma vue, elle, se troubla irrémédiablement alors qu'elle me regardait dans les yeux. L'illusion vacillait et se maintenait tour à tour, mais à cet instant, ce n'était plus cette femme que je voyais, mais Bran lui-même, et son expression étincelait d'une colère terrible. Je n'eus pas le temps de réellement comprendre ce qui se passait, qu'il me repoussa vivement sur le côté en me traitant de fou, se dépêchant de remettre la machine et la morphine en marche. Se penchant ensuite vers Rafael pour vérifier son état, lui assurer que tout allait bien. Il y avait une rage froide qui émanait de lui que je n'avais encore jamais aperçue, froide et en même temps aussi brûlante qu'un fer rouge ressorti des flammes. Mes pensées s'éclaircirent alors complètement, et l'image de Micaela réapparut ; en revanche, les souvenirs de ce qui venait de se passer étaient à la limite du trouble et du rêve. Hébété, je regardais Rafael, et la première chose qui voulut sortir de mes lèvres, c'était une excuse, encore que je ne savais pas encore trop pourquoi.

Micaela me foudroyait du regard, et c'était un peu du regard de ma femme ; quant à Rafael, il avait soudain une expression de haine qui différait totalement de son début de confiance de tout à l'heure. J'étais troublé et incapable d'expliquer ce qui venait de se passer. Passant mes mains sur mon visage et secouant la tête, je me tournai malgré tout vers eux :

"J'ignore...je ne sais pas ce qui est arrivé...Je suis désolé," parvins-je à articuler, mais les mots me paraissaient lointains. Je ne parvenais pas encore à faire face à la réalité, et peut-être n'en avais-je pas envie, car c'était la première fois que les choses dérapaient à ce point, alors que j'étais certain que jamais ces deux absurdités n'auraient pu contrôler. J'étais blême et presque tremblant ; décomposé.

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MessageSujet: Re: [CLOS] The Man in Number 9 | Roxas, Doctor Mar 09 Fév 2016, 16:56

L'homme voulait marchander. Soit. Je lui avais naturellement demandé pourquoi il voulait des noms, et ce qu'il me donnerait en échange. Mon but était ni plus ni moins de gagner du temps. Je fronçai les sourcils, tandis qu'il admettait qu'il n'était pas Bran. Soit le psy était schizophrène, et donc plus névrosé que ses patients, soit il était victime de quelque mutant, faute de pouvoir encore parler de démons, à l'époque actuelle. Je ne pouvais m'empêcher de penser qu'il avait besoin de quelque exorcisme, et je me crispai, peu rassuré.
Fixé par son regard dédaigneux, je notai qu'il ne répondait pas à toutes mes questions. Il refusait de s'expliquer. Peut-être voyait-il clair dans mon jeu ? Je choisis quoiqu'il en soit de ne pas me laisser faire. Les objets fracassés sur le sol étaient destinés à faire venir de l'aide. Hélas, il s'emporta et vint aussitôt couper la source de calmants. Je blêmis à vue d’œil, tant parce qu'il se présentait comme un proche du Malin, que parce que la douleur ne tardait pas à s'accroître. Il voulait des réponses, et s'il continuait à me torturer, parce que personne ne venait, j'étais perdu.
Mon cœur battait la chamade, et j'étais incapable de dire quoique ce soit. Je songeai que c'était hélas loin d'être le premier, ou le dernier diable, qui était venu me tourmenter, jusqu'à cette chambre d'hôpital.
Fort heureusement, Faces entra dans la pièce et alla vers lui, comme une furie. Je n'avais jamais été aussi heureux de la voir. Elle le bouscula avant de remettre la machine en place. Je lui confirmai que ça pouvait aller, tandis qu'elle plongeait sur moi un regard si semblable à celui de Davos, lorsqu'il était contrarié : de l'argent fondu et aussi périlleux que la lave. Je reportai mon attention sur Bran, qui ne faisait plus du tout le malin, désormais. Mon regard était sans nul doute intransigeant, car il n'y avait pas plus pathétique qu'un homme qui profitait de sa situation, et s'amusait avec un infirme. Il fournit des explications et des excuses douteuses. Je me demandai encore ce qui avait pu lui passer par la tête, que ce fut volontaire ou non.


Dégagez, lui ordonnai-je simplement, ne désirant pas le voir ou l'entendre, davantage.

Fort heureusement, il obéit. Sans cela, je ne doutai pas que l'infirmière à mes côtés se serait montrée plus menaçante. Je soupirai puis reportai mon attention vers Faces, avec gratitude.


Je pense qu'il faudra enquêter sur ce prétendu psy... En attendant, je n'oublierai pas ce que vous avez fait, merci...

Ce qui opposait les uns, pouvait quelquefois rapprocher les autres.


Fin du sujet

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