XMH : The After Years
 
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[CLOS] 'Till Him | Rafael

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Identité : Davos Tosca
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MessageSujet: [CLOS] 'Till Him | Rafael Ven 18 Avr 2014, 01:07

Il était difficile pour Davos, de dire ce qui avait été le plus déchirant et le plus douloureux. Prenez cette équation, deux êtres chers à votre cœur, une qui s'enfuit en courant dans un état de panique avancé et pâle comme la mort, et un autre laissé quasiment pour mort : que faire dans de telles conditions ? Bien entendu, le pire était que la première était sa fille, et le second, eh bien....il ne savait pas exactement quel mot mettre sur lui. Mais une chose était certaine ; son cœur le tirait dans deux sens opposés, et pendant un instant, il ne sut lequel suivre. On ne sortait pas indemne d'un amour paternel qui durait depuis cinq siècles, et d'un autre qui durait depuis moins de temps, mais qui avait réussi à s'enraciner tout aussi profondément, sans qu'il comprenne pourquoi ni comment. Davos n'était pas homme à se poser ce genre de questions. Il pesait le bien, le mal, voyait les parts du cœur et de la raison ; mais ils savait que les élans du cœur étaient plus purs que ceux mus par l'impulsion des pensées, qui pouvaient être manipulées et dirigées soit par soi-même, soit par un autre.

Ainsi, bien qu'il soit à la croisée des deux chemins, et qu'il savait que tourner le dos à l'un serait renier, étouffer l'autre, quel qu'il soit, il n'était pas sans ignorer qu'il était sans doute face à un des pires dilemmes de sa vie. Car Davos ne pouvait renoncer à aucun de ce que ces deux chemin signifiait, et pourtant, ne rien faire serait sans doute pire que tout. Il s'en voudrait pour toujours, dans cette longue éternité qui serait la sienne. Il ne savait pas s'il devait laisser Rafael pour garder sa fille et la protéger, ou bien perdre sa fille pour...il ne savait pas quoi exactement. Il n'avait que des sentiments qui naissaient, et les mots mystérieux d'un Ange pour le guider, après tout. Ce fut après plusieurs minutes d'un débat intérieur certain, qu'il finit par prendre sa décision, non sans avoir le cœur parcouru de doutes et de remords. Mais après tout, ne s'était-il suffisamment déjà pas assez enfoncé aux yeux de Floria, ces derniers temps, pour continuer ? Ou peut-être espérait-il malgré tout trouver une solution qui pourrait équilibrer tout le monde, à défaut, c'était certain, de les satisfaire.

Après tout, quand Floria lui avait dit qu'elle devait rejoindre son petit ami en urgence, il l'avait laissée partir, avant de la suivre. Et là, elle venait de ressortir de chez elle sans regarder personne en face, ni même prêter attention au monde autour d'elle. Avec un air de tourmente et de colère invincibles sur son visage, que personne ne pourrait lui arracher. Davos craignait le pire, à cet instant, car Rafael ne sortait pas, et il était pris d'un horrible pressentiment. Il finit par y céder, et s'aventura vers la maison de Tosca, y entrant. L'Ange qui surveillait la scène et dont il avait totalement ignoré la présence, lui, suivit Floria. Peut-être qu'un ange pour chacun des deux êtres qui s'étaient déchirés, était nécessaire.

Le cœur de Davos loupa un, voire deux battements quand il découvrit enfin la raison de la fuite de sa fille. Le sang répandu à terre lui paraissait immense, et pourtant il avait conscience que c'était simplement la panique qui lui faisait imaginer le pire. Il se précipita près de lui, et fut rassuré, une brève fraction de seconde, de voir qu'il respirait encore. Ce n'était cependant pas assez. Il ignora où était l'arme qui avait causé la plaie, mais son absence ne permettait qu'au sang de s'écouler davantage. Il alla fouiller dans une des armoires de Tosca qu'il savait être remplie de linge, en retira de quoi faire un bandage et un garrot. Il ne perdit pas une seconde pour cela, refroidissant et insensibilisant la plaie, même s'il avait conscience qu'à terme cela ferait plus de mal que de bien à Rafael. Mais pour l'instant, il fallait qu'il survive. Il n'avait pas parlé à l'homme, mais il se doutait qu'aller à l'hôpital sera la plus mauvaise des idées pour eux trois. Il lui fallait donc l'emmener chez lui, ce qui ne serait pas la tâche la plus aisée, blessé profondément comme il était...même si les bandages fermement serrés ralentissaient le flot de sang, ce n'était que pour un temps.

Fort heureusement, la maison de Davos n'était guère loin de celle de Floria. Il dut attendre qu'il n'y ait plus personne dans la rue, avant de le transporter aussi précautionneusement qu'il le pouvait, mais cela n'allait guère améliorer l'état de l'homme. Il le fit le plus vite possible, avant d'enfin arriver chez lui. Il s'efforça de penser que Rafael était vivant et que ce n'était pas un corps qu'il transportait jusqu'à la chambre d'amis, l'étendant sur le lit. Il vérifia encore une fois sa respiration, mais cela n'apaisa guère l'angoisse qui lui mordait le cœur.

Le reste dura plusieurs heures, à ses yeux, au milieu de la tourmente qui lui hantait le crâne et l'âme. Il n'avait pas de véritables affaires de médecin, aussi faisait-il avec la base, ce qu'il avait. Nettoyage profond de plaie après l'avoir réchauffée légèrement, suite à la glace dont il avait entouré la blessure ; des baumes, de l'alcool, des pansements, des bandages serrés, de plus en plus serrés, comme si cela pouvait endiguer le sang. Et ainsi de suite. La respiration de Rafael se faisait avec peine mais il ne cessait pas de lutter. Et au bout d'un moment, d'un long moment insupportable, le sang sembla enfin juste tacher le bandage sans déborder ; la respiration sembla un tout petit peu plus facile.

Il n'osa se fier à ces signes encourageants. Combien de fois un matelot semblant aller mieux décédait brutalement après une fièvre ravageuse, il s'en souvenait encore. Alors il surveilla la température de Rafael, pressant une serviette de toilette humide sur son front, et changea encore une fois le bandage, s'assurant que cette fois il resterait propre. Pouvait-il faire davantage ? A priori non. Il ne pouvait désormais qu'attendre que Rafael sorte de l'inconscience où il était, et cela n'arriverait peut-être pas avant plusieurs heures. Des heures insoutenables pendant lesquelles il devrait patienter. Si jamais, du moins, il devait se réveiller. Mais pour l'instant, il avait fait le maximum qu'il pouvait.

Il ne restait plus à Davos Tosca, qu'à veiller sur lui jusqu'au réveil, ou son inverse.

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MessageSujet: Re: [CLOS] 'Till Him | Rafael Sam 19 Avr 2014, 22:18


Ce meurtre – quoi d'autre ? – était loin d'être aussi intimiste que je ne l'avais cru. S'il n'y avait rien de glorieux à avoir été surpris en de telles postures, la présence insoupçonnée de deux entités distinctes était avantageuse. Effectivement, sans l'intervention de cette silhouette sombre, jamais je n'aurais pu espérer ouvrir les yeux. J'ignorai, sur le moment, s'il s'agissait de quelque être infernal, venu finalement récolter mon âme, ou si au contraire, il s'agissait d'un sauveur. Les ténèbres avaient cependant rapidement fini d'embrumer mon esprit, et je perdais connaissance, avec la conviction que j'allais me noyer dans mon propre sang.
Et pourtant, je finis par me réveiller, sauvé par quelque miracle sur lequel je ne pouvais poser un nom.
Aucune explication logique ne se présentait à moi, et la douleur m'empêchait de toute façon de raisonner. Comment la décrire ? Il me paraissait que le couteau était encore fortement ancré dans la chair, quand bien même il avait dû être retiré depuis des heures... Comment savoir combien de temps j'étais resté inconscient ? La blessure était si cuisante, qu'il me semblait qu'elle me tuerait, si je tentais de me redresser, ou de bouger un tant soit peu. La respiration n'était pas aisée. Cette souffrance, ajoutée aux sévices de l'homme de Fran, était plus que je ne pouvais supporter ; aussi, j'étais plus surpris qu'autre chose d'être vivant, conscient, et visiblement soigné par autrui.
A peine éveillé, quelque peu ébloui par la clarté, j'observai la pièce dans laquelle je me trouvais, sans la reconnaître. De toute évidence, l'endroit ressemblait d'avantage à une chambre familiale qu'à un hôpital. Je ne tardai guère à réaliser que ma chemise m'avait été retirée, et que quelqu'un – qui ? – avait fait les premiers soins nécessaires, pour stabiliser le mal. J'étais donc parcouru de bandages, ici et là, et l'idée de connaître l'identité de ce bon samaritain m'incita à m'éveiller tout à fait.
J'ouvrai donc pleinement les yeux, me redressant le moins possible, avant de me tourner vers une personne assise à mes côtés. Il avait l'air inquiet et fatigué, comme s'il avait veillé longtemps, et que les conséquences funestes d'une telle blessure pourraient lui être aussi fatales. Je l'observai, blême, sans croire à ce que je voyais...
Davos. Le père de Floria...
Pourquoi aurait-il pris cette peine, si ce n'était pour permettre à sa fille de frapper de nouveau, dans de meilleures conditions ? Je tentai de me crisper un peu moins, songeant, qu'après tout, ce n'était pas la première fois que cet homme qui me haïssait me sauver la mise... Souhaitait-il donc me rendre fou ? Il y avait sans doute une explication logique à cela... Après tout, l'existence de sa chère fille serait gâchée, si elle était accusée d'un homicide volontaire. Je pensai, non sans amertume, qu'elle n'avait fait que se défendre et que j'avais bien mérité ce qu'il m'arrivait, avant de tâcher de me focaliser de nouveau sur Davos. Cet homme était un mystère, et je ne pouvais m'empêcher de me remémorer ce que le prêtre m'avait dit, à l'opéra Salieri, avant de prendre la fuite comme un voleur. Si je n'avais pas réagi, j'avais nourri quelque soupçon et quelque inquiétude, avant de m'efforcer de passer outre, car les hypothèses qui m'étaient venues à l'esprit dépassaient l'entendement. Je chassai aussitôt ce souvenir de mon esprit, observant l'homme d'un air gêné :


Pourquoi ? demandai-je simplement.

C'était là tout ce que je voulais savoir. Pourquoi prenait-il la peine de me sauver, le risque de me soigner, alors que tout nous opposait ? Daemonicus m'avait révélé qu'il s'agissait du conseiller de Stannis Lannister, après tout. Cet homme m'avait toujours haï, et il m'avait menacé au cas où je traiterais mal sa fille. Pourquoi Diable répondit-il à mon affront par un acte aussi généreux ? Certains affirmaient qu'ils n'aspiraient qu'à faire le bien, autour d'eux, de façon totalement désintéressée et irréfléchie, mais je n'y croyais pas. D'aucuns étaient altruistes pour se donner bonne conscience, d'autres pour récolter la gratitude d'autrui, voire même quelque chose en échange. Certains agissaient de telle façon avec seulement une poignée de personnes, auxquelles ils n'osaient jamais dire jusqu'où allaient leurs pensées et leurs sentiments.

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MessageSujet: Re: [CLOS] 'Till Him | Rafael Mar 29 Avr 2014, 20:44



Les heures avaient été longues pour Seaworth, ces heures où il surveillait la respiration de Rafael, où il espérait plus que tout, qu'il survive. Certes, ses pensées avaient été tournée vers Floria également, et il avait hésité à l'appeler ; avant de renoncer. Peut-être savait-il au fond de lui-même qu'Ange surveillait sa fille, de bien plus près qu'elle ne le pensait. Peut-être était-ce un échange également inconscient ; en renonçant à être aussi possessif avec sa fille, pour laisser l'Ange approcher, les relations avec Rafael se faisaient alors plus complexes, inespérées ; proches de répondre en écho aux sentiments qui croissaient dans son cœur et son âme ; comme une réponse silencieuse à des désirs enfouis et refoulés, pour mieux veiller sur les autres, tout simplement. Il n'aurait su dire où était le bien et où était le mal là-dedans ; peut-être était-ce pour une fois l'enjeu d'une destinée qui les dépassait tous totalement.

Il avait nettoyé et soigné la blessure près du cœur, du mieux qu'il pouvait ; et, étant plus familier de ces blessures là, il avait également baigné et pansé la main mutilée de Rafael. Assez pour que la fièvre baisse, pour le battement incessant et frénétique du sang s'apaise. Pour qu'il puisse se réveiller. C'était ce qui déciderait de la vie et de la mort de cet homme : s'il était désormais assez fort, assez vivant encore, pour revenir à lui.

Mais cependant, il finit par ouvrir les yeux, puis se réveiller complètement ; Davos se redressa sur sa chaise, le considérant avec la plus grande attention. Et même si les traits de Rafael étaient trop tirés pour exprimer quelque chose, il ne pouvait douter des pensées qui s'élevaient alors en lui et qui remuaient sous son front. Il devait s'attendre à tout le monde, sauf à lui, bien qu'il lui ait déjà permis d'échapper à Ikon ; ce dont Davos gardait un souvenir cuisant. Non, il ne souhaitait pas le rendre fou, quant au destin de Floria, sa fille chérie, il était encore en suspens. Nous nous contenterons de dire pour l'instant, que Davos ne souhaitait à personne de mourir – à moins d'être totalement et irrémédiablement convaincu que l'autre en face était une enflure. Peut-être songeait-il aussi, confusément, que si Floria avait vraiment voulu tuer cet homme, de tout son cœur, alors il ne se serait pas réveillé. Il savait ce qui était arrivé au vrai Scarpia. Et Rafael n'avait pas eu droit à l'égorgement, pour sa part. Et après tout, il pensait aussi que si cet homme survivait, sa fille aurait un poids en moins sur la conscience, et un problème en moins avec la justice. L'intérêt des Initiés entrait aussi en jeu.

« Pourquoi ? »

La question était aussi simple qu'essentiel. Davos se releva, car en vérité, même si Rafael se souvenait davantage de lui en mal qu'en bien – même s'il avait essayé de se rattraper – il était difficile de dire que Davos voulait vraiment sa mort. Il n'était pas de ces hommes-là. Il faisait le bien parfois sans y réfléchir ; ce qui ne signifiait pas qu'il était dénué de cervelle ou de raison. Il ne se dupait pas lui-même ; il savait aussi que ses agissements avaient des racines bien plus profondes que la scène de folie et de sang chez Floria. Son regard d'argent indéchiffrable, mais nullement agressif, sur l'homme blessé, il se contenta donc de dire, doucement :

« J'ai nettoyé et pansé votre blessure à la poitrine. J'ai aussi fait de mon mieux pour que votre main soit en bonne voie de guérison. » Il montra machinalement la sienne, comme pour dire qu'il s'y connaissait, et qu'il pouvait lui faire confiance. « Il vous faudra cependant des soins plus approfondis..à l'hôpital peut-être, dès que vous serez plus stable. Vous êtes resté inconscient plusieurs heures....que vous vous réveillez, montre qu'il y a une chance. »

Il s'interrompit, son regard posé sur lui, tantôt songeur, tantôt tourmenté.

« Vous n'avez pas besoin de m'expliquer quoique ce soit pour l'instant. Il faut seulement que vous alliez mieux....vous avez quelqu'un que je dois prévenir ? Quelqu'un qui pourrait vous aider ? »

Il ne pouvait savoir à ce point que la vie de Rafael ressemblait à abîme sidéral au niveau des relations saines et affectueuses. Et enfin, peut-être prit-il le temps de répondre enfin à sa question, ses yeux fixés dans les siens, et il sentait cependant son cœur trembler légèrement en prononçant les mots, comme une vérité qui ne pouvait hélas être dire, mais seulement enterrée, encore et encore.

« Je ne veux plus voir de gens mourir. Et votre sacrifice, n'est pas nécessaire. »

Chaque être humain est obligé de porter la passion sur lui comme une croix.


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MessageSujet: Re: [CLOS] 'Till Him | Rafael Jeu 08 Mai 2014, 18:25


Je ne sais pas quelle fantaisie avait pu l'inciter à me préférer à sa fille. Peut-être n'était-il question que de l'empêcher de devenir une meurtrière, et de lui éviter tous les désagréments que cela aurait entraîné. Peut-être voulait-il tout simplement se racheter à mes yeux. Le pauvre fou ignorait donc bien ce que j'avais tenté de faire subir à Floria. Peut-être y avait-il encore une autre explication, dont j'étais incapable de me douter. Allez savoir... Les yeux d'argent de cet homme étaient toujours restés à la fois intenses et énigmatiques. J'ignorais de quelle flamme il brûlait ; aussi pouvait-elle être autant solaire qu'infernale.
Les douleurs étaient toujours là, il n'empêchait pas qu'elles me semblaient moins vives qu'avant. Il en avait pris soin, il avait placé des bandages ; sans quoi, elles auraient certainement eu raison de moi. J'ignorais si cela suffirait, j'en doutais même, mais il paraissait évident – pour l'heure – que je lui devais la vie.
Ma première question était à la fois simple et complexe ; j'attendais qu'il se justifiât réellement. Pourquoi sauver un homme que l'on méprisait, et que l'on avait par ailleurs menacé ? Davos Tosca n'était pas un idiot, il devait parfaitement se douter que sa fille ne m'avait pas poignardé, sans raison valable. Je n'étais pas seulement attisé par la curiosité mais par la méfiance. Que voulez-vous ? J'étais tant accoutumé à l'ironie et à la cruauté de la fatalité qu'il me paraissait étrange, que tout à coup, un étranger hostile se métamorphosât en sauveur. Comment ne pas douter de lui, alors que les dernières rencontres faites s'avéraient toutes catastrophiques ?
Je l'observai se relever, sans rompre le silence qui s'était abattu sur nous. Il ne répondit pas tout de suite à ma question, préférant m'expliquer les soins accomplis. Je regardai sa main mutilée avec plus d'attention que je ne l'avais fait auparavant. Le sort empruntait décidément des chemins bien ironiques. Je ne pouvais m'empêcher de me demander quelles allaient être les conséquences tant factuelles que physiques de tout ce cirque. L'amas de questions n'était pas mince, et pourtant, l'une d'entre elles – pourtant insignifiante – les surplombait toutes. Pourquoi s'était-il conduit de cette manière au bal ? Croyait-il vraiment avoir pris la fuite sans que je le reconnaisse ? Pourquoi ses attitudes paraissaient si contradictoires ?

« Il vous faudra cependant des soins plus approfondis..à l'hôpital peut-être, dès que vous serez plus stable. Vous êtes resté inconscient plusieurs heures....que vous vous réveillez, montre qu'il y a une chance. » reprit-il.


Je ne veux et je ne peux pas aller à l'hôpital, répliquai-je, catégorique.

Comme j'allais l'expliquer plus tard, j'avais plusieurs raisons pour vouloir me montrer discret. Par ailleurs, j'avais tellement atteint le fond du gouffre que je commençais à être las de lutter pour tenter de remonter à la surface. Non, le sol ne faisait que se résorber davantage, sous moi. Je l'observai malgré tout avec inquiétude, me demandant s'il me conserverait véritablement ici. Au nom de quoi ? Et que lui devrais-je en échange ? N'allait-il, de toute façon, pas me poser des questions dont les réponses le mettraient dans une colère froide, et l'inciteraient à m'abandonner ?

« Vous n'avez pas besoin de m'expliquer quoique ce soit pour l'instant. Il faut seulement que vous alliez mieux....vous avez quelqu'un que je dois prévenir ? Quelqu'un qui pourrait vous aider ? » se contenta-t-il seulement de demander.

Le mystère qu'il laissait planer, ainsi que sa bienveillance apparente me laissaient perplexe. Comment pouvait-il soigner, chez lui, un homme dont il ne savait rien, et qui s'avérait en réalité si opposé à lui ? Dangereux ? Je réfléchissais un instant aux personnes vers lesquelles j'aurais pu me tourner, mais aucune ne se présentait à mon esprit avec évidence. Ascheriit me considérait comme un insecte et il se ferait une joie de m'écraser, s'il savait que je devais la vie à un membre des Initiés. J'avais renoncé à une quelconque famille depuis des années, et sans doute en allait-il de même dans le domaine de l'amitié. J'avais fait le vide autour de moi... Quant aux habitants du Manoir Spencer, j'étais trop heureux de saisir une occasion de m'en débarrasser.


Il n'y a personne, répondis-je doucement, même si c'était là une triste confession.

Et finalement, il répondit. Il avait gardé cet aveu pour la fin, et je percevais qu'il lui était difficile de l'admettre. Pourtant la révélation n'avait rien de significative :

« Je ne veux plus voir de gens mourir. Et votre sacrifice, n'est pas nécessaire. » dit-il simplement.

Je le regardai un instant dans les yeux, comme si je m'attendais à ce qu'il en dise davantage, mais rien... Aucune parole ne franchit le seuil hermétique de ses lèvres.


Peut-être que je m'étais trompé à votre sujet, répondis-je.

J'aurais pu tellement dire, moi aussi. Lui révéler tout ce que j'avais fait, pis encore, tout ce que j'avais voulu faire. Peut-être serait-il revenu sur sa décision. Peut-être aurait-il jugé que certains méritent, malgré tout, de mourir. Je restai finalement aussi silencieux que lui.


Maintenant, que va-t-il se passer ? ajoutai-je, sans oser encore le remercier.

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MessageSujet: Re: [CLOS] 'Till Him | Rafael Mar 27 Mai 2014, 23:07


Quelle fantaisie, ou plutôt quelle folie ? Les deux pouvaient ne pas être si éloignées. D'ailleurs, Davos avait plusieurs raisons pour ce sauvetage, quoiqu'il puisse paraître aberrant à d'autres d'un point de vue extérieur. Il était certain que le plus puissant qui dominait en lui, était le fait qu'il ne pourrait supporter de voir Rafael mourir, pour les raisons que l'on sait. Ensuite, il y avait effectivement l'avenir de sa fille qui entrait en jeu. Il n'avait pas encore essayé de la contacter ; mais il savait que Tosca pouvait avoir le cœur de tout, sauf d'être une meurtrière. Elle s'en voudrait, dès qu'elle aurait recouvré ses esprits ; c'était certain. Il connaissait sa fille (la suite démontrerait qu'il ne la connaissait pas autant qu'il le souhaitait.) et il savait qu'elle ne serait que tourmentée par son acte. Tosca pouvait être violente et impulsive, elle n'avait pas l'âme noire pour autant. On pouvait également parler du fait qu'ils étaient tous deux liés aux Initiés, qu'elle était également mutante et qu'il valait mieux que la police ignore l'assassinat et le corps qui aurait pu en résulter. Voilà quelles étaient les explications principales aux gestes apparemment insensés de Davos. Fallait-il rajouter qu'il était aussi le genre d'homme à ne jamais aimer voir quelqu'un mourir ?

Alors certes, il se doutait qu'il ne s'était pas passé que de belles choses romantiques chez Tosca, avec cet homme. Il connaissait suffisamment l'obsession du poignard chez sa fille, pour savoir qu'elle avait dû se sentir menacée par lui, à moins qu'une légère crise hystérique n'eût été là....certes, il y avait une raison. Mais le plus urgent était avant tout de soigner cet homme ; il chercherait des explications après. Et d'ailleurs, très pragmatiquement, un mort ne donnait pas d'explication. La logique à suivre était donc plutôt simple. La question de Rafael était quant à elle plutôt attendue, ce qui n'en désarçonnait pas moins Davos. On pouvait savoir sa véritable réaction, parfois, qu'en étant confronté à quelque chose de précis, de façon réelle.

Et là, quel était ce drôle de silence, qui flottait entre la méfiance et l'observation, chez l'un comme chez l'autre ? Davos s'efforçait de demeurer neutre et de ne laisser aucune émotion paraître ; que Rafael devine, était ce dont il n'avait absolument pas besoin pour l'instant. Tout était déjà très compliqué à gérer ; il n'avait pas besoin de bâtons supplémentaires dans les roues. Et le blessé devait déjà se poser tellement de questions....il fallait avant tout qu'il le tranquillise, lui fasse comprendre qu'il était en sécurité. Et qu'il en soit convaincu ; qu'il lui fasse confiance ; alors seulement il pourrait commencer à se détendre un peu, et surtout, à être plus à l'aise.
Il n'osait penser à une véritable suite pour l'instant.

« Je ne veux et je ne peux pas aller à l'hôpital. »

Voilà qui commençait mal, il fallait le dire, et Davos ne put s'empêcher de faire une grimace, une légère moue. Il avait certes quelques moyens de soigner des blessés, mais aussi totalement ? Il ne possédait pas de tranquillisants puissants ; certes, il avait le sachet laissé par Sveda la semaine précédente, et qui était précieux, et dont il utiliserait sans doute un peu du contenu sur Rafael ; mais ce n'était pas assez.
Davos imaginait certes assez bien les raisons qui le poussaient à refuser l'aide d'un médecin. Lui-même, de par sa nature mutante, son identité changeante, et surtout, son statut d'Initié, n'aurait voulu y aller qu'en dernière extrémité. Ce fut pourquoi il ne posa pas de question sur les causes poussant Rafael à répondre ceci. Il pouvait assez les deviner. Mais cela devenait alors plus problématique. Mais il ne voulait pas lui mettre la pression pour autant. Il ne se doutait cependant pas d'à quel point Rafael pouvait psychoter juste pour le fait que Davos se présentait sous un jour bienveillant plutôt que menaçant. Quelle ironie !

« Il n'y a personne. »

Davos sentit son cœur se serrer, plutôt que d'y voir une occasion. Ainsi cet homme avait détruit le lien bénéfique avec Floria, d'une façon ou d'une autre, mais il n'avait personne. A moins qu'il ne mentît : mais ce n'était pas à son avantage, vu qu'il n'avait aucune confiance en l'ancien marin. Cela lui faisait simplement de la peine de voir quelqu'un d'aussi seul, plus que lui finalement, qui ne pouvait compter sur personne.

« Votre existence doit vous paraître longue et difficile... » fut le seul commentaire, compatissant, qu'il s'autorisa à formuler.

Mais Rafael reprenait ensuite, disant qu'il s'était peut-être trompé à son sujet. Le cœur de Davos, moins oppressé, sembla retrouver un peu de légèreté pendant un moment ; et d'ailleurs un rayon de lumière revint dans ses yeux. Mais cela n'encouragea pas Rafael à dire quoique ce soit sur ce qui s'était passé chez Tosca, ou avant ; certaines blessures étaient plus anciennes. Il ne pouvait s'empêcher d'avoir un regard de regret, quand il posait les yeux sur la main nouvellement mutilée. Il ne souhaitait ce sort à personne. Ainsi, Davos se contenta de relever les yeux, voyant qu'aucun des deux ne voulait dire quelque chose de personnel, et que chacun préférait, pour l'instant, rester sur ses gardes. C'était normal. Il fallait un temps d'adaptation.

« Eh bien.. » Il se redressa, quittant sa chaise et glissant sa main blessée dans sa poche, le fixant toujours avec le même regard d'argent soutenu.  « Je vous propose de rester ici, pour récupérer. Je vous soignerai autant que je peux, vous laisserai vous reposer. Mais je n'ai pas de morphine ou de remède assez puissant pour arrêter la douleur. Mes soins sont limités. Je peux demander à une de mes amies médecin de venir... »

Seaworth hésita un instant, faisant quelques pas dans la pièce. Il observa un instant l'extérieur, par la fenêtre dont les volets étaient entrouverts, avant de se retourner vers Rafael, au pied de son lit. Il essayait d'empêcher son cœur de se serrer, mais c'était plus difficile à faire, qu'à dire. Il y avait quelque chose en lui qui le poussait vers cet homme et lui faisait un étau presque insupportable. Il essayait de faire en sorte que cela ne se voie pas sur son visage.

« En tout cas, vous êtes en sécurité ici....alors restez tranquille, et prenez le temps de guérir, autant que faire se peut. Je ne vous ai pas sauvé pour vous laisser mourir ensuite. » Cela était dit plus fermement.

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MessageSujet: Re: [CLOS] 'Till Him | Rafael Dim 15 Juin 2014, 15:48


Le principal défaut de mon hôte consistait vraisemblablement à nier toute noirceur chez les gens qu'il connaissait, quand bien même cela sautait aux yeux. Comment pouvait-il m'accorder une chance, après tout ce que j'avais commis ? Comment pouvait-il encore croire en sa fille après ce qu'elle avait elle-même fait ? Ne comprenait-il pas que je le trahirai probablement, dès que la nécessité se présentera ; et que Tosca n'avait fait que descendre la première marche du long escalier de la décadence ? Quoiqu'il en soit, il n'était guère dans mon intérêt de lui ouvrir les yeux, puisque cette maison était le seul endroit sûr, à l'heure qu'il était... Même si cela paraissait encore très difficile à croire.
La cécité n'était assurément pas le seul moteur de cet homme. Après m'avoir méprisé, détesté et jalousé, voilà qu'il jouait les bons samaritains avec moi. J'étais parfois naïf, mais en l'occurrence, j'étais à peu près certain qu'il me cachait quelque chose. Restait à savoir quoi...
Un point pour lui, il ne chercha pas à me questionner, ni à me faire changer d'avis, lorsque je lui confiai ma réticence quant à l'idée de me rendre dans un hôpital. Nous allions donc devoir cohabiter. Je ne lui avais après tout jamais demandé de me sauver la vie. Comme je venais de l'avouer, je n'avais plus rien, ni personne. Si ce n'était la peur de la mort elle-même, je me demandais parfois ce qui m'incitait encore à continuer ce jeu infâme d'échec où je n'avais jamais eu ma place.

« Votre existence doit vous paraître longue et difficile... » commenta Davos Tosca, d'un air sombre.


Vous avez le don pour réconforter et rassurer les gens, répliquai-je, non sans ironie, étant donné qu'il n'avait pas tort.

Le moins que l'on puisse dire, était que l'ambiance n'était ni décontractée, ni joviale. Et cela n'était pas seulement dû à mes blessures, à ce qu'il s'était passé, ou même à la nature de notre relation. Disons qu'un tout nettement plus sombre – qui englobait toutes ces raisons, et bien d'autres, dont certaines m'échappaient vraisemblablement – rendait la cohabitation difficile...

« Je vous propose de rester ici, pour récupérer. Je vous soignerai autant que je peux, vous laisserai vous reposer. Mais je n'ai pas de morphine ou de remède assez puissant pour arrêter la douleur. Mes soins sont limités. Je peux demander à une de mes amies médecin de venir... » dit-il, après que je lui ai demandé la suite du programme.

Je l'observai toujours avec perplexité, hésitant entre la gratitude, l'incrédulité et la méfiance. Était-ce vraiment réel ? Ne mentait-il pas ? Mais pourquoi le ferait-il après avoir pris la peine de me déplacer jusqu'ici, et d'appliquer les premiers soins ?


Qui est-elle ? demandai-je simplement, sur mes gardes.

Je n'avais pas vraiment envie de faire de nouvelles rencontres, actuellement, surtout que la plupart des « amis » de ce type étaient des Initiés, ou autres fêlés de ce genre... Je savais malgré tout que la nécessité risquait de se présenter. La douleur était déjà cuisante, et je n'avais pas véritablement envie de remettre ma vie en danger, malgré l'absence d'avenir que je percevais à l'horizon.
Davos Tosca s'accorda un instant de silence, pour aller jeter un regard par la fenêtre, comme s'il essayait de puiser quelque courage, dans la nature. Mais du courage, pourquoi ? Quelle était la raison pour qu'il ait l'air si grave et attristé ? Je pouvais en imaginer beaucoup, dont certaines étaient évidentes, puisqu'il trahissait quelque peu les siens, mais j'avais toujours l'impression que quelque chose m'échappait chez cet homme. Pourquoi agissait-il contre sa propre fille et contre Stannis, pour moi ? Quelle serait la dette à payer ? Je respectai son silence et l'observai avec gravité, tandis qu'il daignait reporter son attention sur moi. J'avais constamment l'impression que des paroles flirtaient avec le seuil de ses lèvres, sans pour autant oser le franchir. Il était de ces gens qui contenaient les plus lourds fardeaux et secrets du monde, sans sortir de leur silence. C'était de mauvais augure.

« En tout cas, vous êtes en sécurité ici....alors restez tranquille, et prenez le temps de guérir, autant que faire se peut. Je ne vous ai pas sauvé pour vous laisser mourir ensuite. » reprit-il, avec davantage de fermeté.

Il paraissait crédible, pourtant, un je ne sais quoi continuait à sonner faux. Étais-je paranoïaque ou une impression étrange se dégageait-elle vraiment de cet homme ?


Mais vous m'avez sauvé, au risque de perdre votre fille, la confiance de Stannis, et j'en passe... Alors que vous ne savez même pas si vous pouvez vous fier à moi, insistai-je. Si vous pensez que je vais me contenter de « je ne veux pas voir les gens mourir », alors, vous me croyez bien idiot. Enfin, j'imagine que je ne suis pas en position de vous interroger. Je ne peux que vous remercier et vous faire confiance, aveuglément et docilement, conclus-je, avec rancœur.

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MessageSujet: Re: [CLOS] 'Till Him | Rafael Mer 09 Juil 2014, 00:20



Davos était un homme optimiste et personne ne pouvait lui enlever cela. C'était quelque chose qu'il ne pouvait expliquer et qui cependant existait. Pendant que d'autres broyaient du noir ou se résignaient à la fatalité, il luttait de tout son cœur pour faire avancer les choses et pour espérer que le lendemain serait toujours meilleur. On ne pouvait pas toujours vivre de ténèbres, à moins d'être dévoré par elles jusqu'à ne plus pouvoir s'en dissocier. Or Davos était trop un homme pour espérer au ciel, et cependant, sans s'en douter, un peu trop bénéfique pour ne pas avoir une pointe de sainteté en lui. Il y avait des mystères qu'on n'expliquait pas, et qui étaient faits pour rester incompris et insaisissables. Même s'il ignorait ce qui s'était réellement passé dans la maison de sa fille, et qu'il savait que ce n'était pas innocent, il ne croyait pas moins que Tosca ou Rafael avaient droit à une autre chance. A une possibilité d'être enfin ce qu'ils voulaient...

Alors certes, Davos se berçait d'illusions, mais on lui pardonnait peut-être parce qu'elles étaient liées à son futur, et à la seule fin qu'il osait espérer sans pour autant y croire, pour lui, lui qui ne s'était jamais vu de fin heureuse. Il n'était donc nullement dans son intérêt pour l'instant d'oppresser celui qu'il hébergeait – ne l'avait-il déjà pas assez stalké par le passé, de plus ?

« Désolé, » s'excusa-t-il, malgré l'ironie de Rafael. La franchise avait parfois ses tranchants que lui-même ne parvenait pas toujours à éviter.

Il gaffait, comme d'habitude...à croire que toutes les fois où il cherchait à se rapprocher de Rafael, que ce soit ici, au bal ou alors face à ce mutant au café, il arrivait à l'effet inverse. Davos baissa les yeux un instant, avant de les relever. Il devait que si jamais il y avait une telle opportunité, ce serait celle-là. Aucune ne pouvait être plus longue et à même de l'amener à se faire apprécier du blessé. Et si cela ne fonctionnait pas...c'est que tout n'aurait été qu'un rêve.

Puis il parla de Sveda. Non seulement elle était, avec l'Ange de la Musique, la seule personne au courant de quelques-unes de ses pensées envers Rafael, mais elle était tout à fait sûre. Il pouvait lui faire confiance les yeux fermés, jamais elle ne trahirait un secret ou n'irait en parler aux Initiés, pas plus qu'aux Ombres.

« Qui est-elle ?»

« Une vieille amie, mutante, » répondit-il avec fermeté. « On peut être sûrs d'elle. Je la connais depuis quelques siècles et elle ne parlera jamais de tout cela à qui que ce soit. Ni à a aucun camp en particulier, si c'est ce que vous allez l'air de tant craindre. »

Il ne se faisait pas d'illusions, après la rencontre avec Ikon : Rafael fuyait des mutants, que ce soit personnel ou parce qu'il ne souhaitait plus appartenir à un camp. De cela, Davos tenterait de le protéger, en attendant de savoir l'exacte vérité. Mais le blessé devait, pour guérir, être certain d'être en lieu sûr. C'était pourquoi il tenait tant à le rassurer, ainsi qu'à faire baisser les soupçons qui pesaient sur la personne même de Davos. Certes, il ignorait encore qu'ils étaient dans deux camps opposés. Mais Davos avait également toujours cru à la personne, avant l'idéal, encore que les deux liés ne soient pas sans importance. Ici, il n'avait cependant que faire des conflits politiques, mutants ou humains ; il voulait sauver Rafael. C'était tout.

Et même si ce dernier préférait rester dans la solitude, il n'avait pas le choix. Malgré tous ses efforts, le marin n'était pas sûr de pouvoir le guérir avec la quelque science qu'il avait. Ses capacités, bien qu'elles aient été éprouvées au cours des siècles, n'étaient pas aussi fortes que cela. Et il ne pouvait pas le perdre, pas maintenant.... Ces pensées mélancoliques se lisaient évidemment sur son visage et il dut se détourner un instant. Tosca laissée, les Initiés qu'il avait dû quitter, Stannis trahi, et tous ces instants dans l'Eglise du Crépuscule, toutes ces missions auxquelles il ne prendrait plus part, pour l'instant. Il pouvait certes surveiller tout cela de loin, garder contact avec Ligéia par exemple, mais c'était très différent maintenant. Il avait l'impression que la rencontre avec Rafael avait tout bouleversé dans sa vie et qu'elle prenait une tournure extrêment brusque et différente. Il n'était pas certain du futur qui venait à sa rencontre, cependant, il y ferait face avec honnêteté. Car même si cela devait se terminer mal, ou même sur rien, il n'y avait pas moyen qu'il regrette ce qu'il avait fait. Il ne s'était pas senti aussi vivant depuis longtemps, aussi enclin à avoir un but le guidant, quelque chose le poussant à aller de l'avant. C'était différent des décennies passées, même si les autres ne comptaient pas moins.

Comment tout cela remuait-il dans sa tête ? Les pensées tourbillonnaient et se heurtaient les unes contre les autres, créant une tempête sous un crâne. Parfois il avait l'impression qu'il explosait, parfois il s'y livrait. Tout dépendait de l'instant et de l'humeur : en tout cas, cette tempête le laissait rarement en paix. Y compris lorsque Rafael était là. Au contraire, les tornades se faisaient de plus en plus vives et menaçaient de s'échapper de sa tête. Autant dire qu'il cousait alors soigneusement ses lèvres. Il ne pouvait se risquer à tout révéler, si tôt, alors que lui-même hésitait encore. Il se retourna pourtant vers Rafael, le contemplant lentement, indéfinissable, comme l'homme gris qu'il était.

« Mais vous m'avez sauvé, au risque de perdre votre fille, la confiance de Stannis, et j'en passe... Alors que vous ne savez même pas si vous pouvez vous fier à moi. Si vous pensez que je vais me contenter de « je ne veux pas voir les gens mourir », alors, vous me croyez bien idiot. Enfin, j'imagine que je ne suis pas en position de vous interroger. Je ne peux que vous remercier et vous faire confiance, aveuglément et docilement. »

Davos eut un instant de silence, alors que ces paroles pesaient dans sa tête. Il ne savait pas quelle allure il donnait pour lui, ne voulait d'ailleurs peut-être pas le savoir tout de suite, par peur d'être découragé. Il l'écouta cependant tenir son discours, sans l'interrompre. Puis il releva les yeux, plongeant son regard d'argent dans le sien turquoise.

« Vous avez raison. Je commence à perdre beaucoup, par le fait de m'occuper de vous. Mais vous devez comprendre que certaines choses étaient inéluctables et devaient arriver. Et beaucoup se sont produites en même temps..vous vous croyez le plus grand responsable, mais les fautes du passé le sont davantage. Ne vous blâmez pas. Je sais que vous ne m'appréciez pas. Que vous ne me faites pas confiance. Mais...j'ai confiance en vous, quelque part ; un peu comme une certitude que vous valez davantage que ce que vous voulez faire croire. Que vous êtes aussi capable de bien. Personne n'est né mauvais...alors laissez-moi m'occuper de vous. » Et avant que Rafael ait pu protester, il ajouta, précipitamment. « Je vais téléphoner à Sveda. Je reviens. Nous serons vite fixés, elle sera ici dès que son emploi du temps le permet. »

Sur ce, il s'éclipsa de la pièce, allant téléphoner dans le salon.



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MessageSujet: Re: [CLOS] 'Till Him | Rafael Mar 15 Juil 2014, 17:07


Davos s'excusa, et tout en le regardant, je me demandais de quelle nature était l'homme à qui je faisais face. Il avait commis des erreurs, et pas des moindres, cependant, il s'évertuait à concilier honnêteté, optimisme, altruisme ainsi qu'une simplicité qui n'avait rien de dérangeante ou de péjorative. Je l'avais longtemps cru venu pour ma perdition, et aujourd'hui, je commençai à en douter. Mais pouvait-on vraiment agir de façon totalement désintéressée ? Même les cœurs les plus honnêtes devaient puiser quelque joie ou réconfort, dans quelque chose ou quelqu'un... Même si j'ignorai encore de quelle corde son âme vibrait. Par dessus tout, je le trouvai secret et mélancolique. Si j'avais conscience de certains de ses tourments, j'avais l'impression qu'il dissimulait le reste dans l'un des tréfonds de sa personnalité, soigneusement verrouillé à double-tour. J'étais loin de me douter qu'il désespérait de se faire bien voir, auprès de moi, qui n'étais pas le moins exigeant des hommes. Je n’imaginais pas qu'il croyait encore, malgré tout, que les choses pourraient changer pour nous deux.

« Une vieille amie, mutante. On peut être sûrs d'elle. Je la connais depuis quelques siècles et elle ne parlera jamais de tout cela à qui que ce soit. Ni à a aucun camp en particulier, si c'est ce que vous allez l'air de tant craindre. » répondit-il.


Une vieille amie, hein, remarquai-je, non sans sous-entendu. J'espère que vous avez raison, ajoutai-je, concernant la fiabilité et la discrétion de cette femme.

Je n'étais pas surpris que Davos se montrât aussi précautionneux, même si je demeurai reconnaissant. Il est vrai qu'il s'était lui-même déjà frotté à plusieurs de mes charmantes connaissances. La vie n'était pas un long fleuve tranquille : le mien était fréquenté par un nombre certain d'alligators. Davos semblait avoir un idéal, ou du moins un but précis, et il s'y tenait, tout en étant incertain des résultats. Quelque part, je l'enviais, car j'étais parfaitement incapable de me projeter dans l'avenir, à l'heure qu'il était, de même que j'ignorai de quoi j'avais besoin ou envie.

« Vous avez raison. Je commence à perdre beaucoup, par le fait de m'occuper de vous. Mais vous devez comprendre que certaines choses étaient inéluctables et devaient arriver. Et beaucoup se sont produites en même temps..vous vous croyez le plus grand responsable, mais les fautes du passé le sont davantage. Ne vous blâmez pas. Je sais que vous ne m'appréciez pas. Que vous ne me faites pas confiance. Mais...j'ai confiance en vous, quelque part ; un peu comme une certitude que vous valez davantage que ce que vous voulez faire croire. Que vous êtes aussi capable de bien. Personne n'est né mauvais...alors laissez-moi m'occuper de vous. » répondit-il.

Je fronçai légèrement les sourcils, car il me paraissait étonnant qu'un homme tel Davos, fût sensible aux notions de destinée ou de fatalité. Il me répétait de ne point me blâmer, mais il ignorait pour quelle raison il m'avait retrouvé, nageant dans mon propre sang. De même qu'il ne savait pas tout ce que j'avais pu accomplir, auparavant. J'aurais voulu lui dire qu'il se trompait, que je ne le détestais pas, et qu'il avait certainement une chance de remonter en flèche dans mon estime, ou dans ma confiance, mais les mots suivants me désarçonnèrent. Commet pouvait-il me trouver fiable, intéressant ou honnête ? Il fallait qu'il soit bien aveugle, car je savais moi-même que ces termes ne me correspondaient pas. Le malheureux tomberait de haut lorsqu'il apprendrait toute la vérité, mais pour l'instant, j'étais touché par ses mots et je ne voulais pas le décevoir. Du moins, pas encore.
J'aurais voulu dire quelque chose, n'importe quoi, mais il ne m'en laissa pas l'opportunité, comme s'il redoutait vraiment que je lui rendisse une gentillesse, ou que la discussion devînt plus profonde. Il prétexta qu'il devait appeler Sveda, pour sortir aussitôt de la pièce, alors que nous n'étions pourtant pas à une minute près. Je l'observai partir avec perplexité, songeant que malgré tout, quelque chose ne tournait pas rond chez cet homme. Je me contentai toutefois de m'installer plus confortablement, car la souffrance était éprouvante, en attendant son retour.

Il avait donc appelé son amie, et malgré mes réticences, il avait fini par me convaincre que tout se passerait pour le mieux. Peu de temps après, Sveda s'était présentée à nous, et la première rencontre d'un trio qui promettait un avenir ineffable, se déroula comme vous le savez. Elle s'était évertuée à me soigner, simplement par amitié envers Davos, envers moi-même qu'elle ne connaissait pas, et surtout grâce à son indéfectible foi en l'avenir. Plus important, elle avait essayé de me convaincre de plusieurs choses, que je n'avais été, sur le moment, pas capable de comprendre. Davos s'était fait plus discret, ce jour-là. Il avait appris des vérités terribles, et si ce fut un instant éprouvant, du moins était-il nécessaire.



Quelques semaines plus tard

Lorsque Sveda partit et que nous nous retrouvâmes seuls, l'existence reprit son cours. Si elle fut difficile au départ, elle devint de plus en plus naturelle, et, si j'ose dire, de moins en moins malheureuse. Je me demandais parfois si ce n'était pas là ce que j'avais attendu toute ma vie. Pour la première fois, je pouvais me fier à quelqu'un qui ne menaçait pas de me trahir ou de m'attaquer, à la première occasion. Je pouvais prendre la liberté de ne plus penser aux Ombres, ou à d'autres choses aussi peu réjouissantes, et les blessures guérissaient lentement mais sûrement. Tout ce qu'il me manquait, c'était peut-être le vide laissé par la désertion de Fran, puis de Tosca. Je doutai qu'une telle faille pût un jour guérir.
Avant que Floria ne vint voir son père, ici-même, et avant que le Chuchoteur ne prit la décision de nous enlever, nous vivions donc une existence simple, mais plus riche qu'elle ne l'avait été depuis longtemps.
Ce soir-là, le temps était à la pluie, mais la température demeurait clémente. Même si j'étais encore contraint de porter une attelle, des bandages, d'ingurgiter des anti-douleurs ou de faire attention, j'étais désormais capable de me mouvoir et de me déplacer aisément. Je n'allais certes pas loin, craignant de faire de mauvaises rencontres, et par manque d'envie. Pour l'instant, la compagnie de Davos, et celle de Sveda à l'occasion, me suffisaient. Lorsque je recevais des nouvelles de personnes indésirables, comme Clov, je prenais un malin plaisir à les ignorer. Davos travaillait encore pour les Initiés, mais je me rendais compte qu'il était de plus en plus présent, chez lui. J'imaginais que le secret de ma propre présence, lui pesait, et qu'il était en froid avec ses alliés d'hier. Je ne me doutais pas qu'il y avait une autre raison, à sa forte fréquentation des lieux.


Tu as l'air plus souriant qu'avant, dis-je, en l'observant avec attention, tentant maladroitement de lancer une conversation moins impersonnelle que d'habitude.

J'avais versé, de ma main libre, un alcool qui n'était pas très fort, dans nos verres respectifs. Après tout ce qu'on avait vécu, on avait droit à nos moments insignifiants, mais naturels et reposants, nous aussi. Il était un peu plus de neuf heures du soir, et nous avions fini de dîner. Pour la première fois, nous ne nous étions pas tournés vers nos activités ou tâches habituelles, avec précipitation. Je continuai à l'observer avec la même concentration soutenue, mais non hostile, et n'ajoutai rien.

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MessageSujet: Re: [CLOS] 'Till Him | Rafael Mer 06 Aoû 2014, 02:20



Davos ne se posait pas moins d'innombrables questions face à cet homme. Dire qu'il avait pris toutes ses décisions en pleine certitude et en totale connaissance de ce qui allait arriver, était faux. Il n'était sûr de rien, seulement de ses sentiments et des réactions possibles des autres ; quant à la suite, elle pouvait s'avérer désastreuse ou...heureuse. Et il ignorait encore de quel côté allait pencher la balance. Car honnêtement, ce n'était pas forcément son altruisme ou son optimisme qui allaient forcément arranger les choses. Certaines personnes, il les côtoyait depuis des années et pourtant il ne parvenait parfois pas à leur insuffler un brin de la bonne humeur qu'il avait. Un sourire n'était pas forcément contagieux, cependant il était souvent utile par sa simple présence. C'était ce qu'il devait tâcher de faire, pour l'instant. Il ne pouvait en demander plus. Il n'avait aucun droit de demander plus. Ce qu'il souhaitait dans son cœur était déjà assez inaccessible pour l'instant. Fallait-il entretenir un espoir dont on ne savait nullement si la flamme était possible ?...

Alors non, Davos, pour une fois, n'agissait pas de manière totalement désintéressée. Mais il aurait été pour autant faux de croire que s'il avait compris qu'il n'y aurait jamais rien avec Rafael, qu'il l'aurait laissé tomber pour autant. Non. Il n'était pas de ces hommes-là. Il ne pouvait s'empêcher de soutenir ceux qu'il appréciait quand bien même, comme Stannis, on lui renvoyait souvent cela dans la figure. Le reste, c'était ses sentiments à lui, lui seul en était maître, jusqu'à ce qu'il juge bon de les dévoiler. Si cela était utile, du moins.

« Une vieille amie, hein. J'espère que vous avez raison. »

Il haussa un sourcil en percevant, pour une fois, le sous-entendu. Il n'était pourtant guère adepte du sarcasme et de l'ironie, ça, c'était un fait...Mais imaginer cela entre lui et Sveda alors qu'ils étaient comme frère et sœur, deux meilleurs amis en dépit des siècles, c'était assez cocasse et terrible à la fois.

« Elle n'est rien d'autre, » rectifia-t-il doucement.

Mais comment Rafael aurait pu le savoir ? Aurait pu savoir que celui que Davos désirait, c'était justement lui, et non Sveda ? Tant de choses qui ne pouvaient se justifier à moins d'expliquer convenablement...et c'était hors de question pour l'instant. Son invité devait d'abord guérir de blessures graves. On verrait ensuite pour l'esprit, le cœur...et le passage de Sveda ferait indubitablement du bien.

Le discours suivant fut lus poussé, car Davos comprenait la nécessité d'être bavard, pour une fois, afin de convaincre Rafael de sa bonne foi, de sa volonté et surtout du fait qu'il ne devait pas chercher à s'éclipser. Qu'il parte avec de telles blessures, aurait était la pire chose à faire sur l'instant. Même si rien ne suivait, il devait rester le temps de guérir....Davos le savait humain et pourtant il ne voulait aucunement le voir mourir, plus tôt que prévu en tout cas. Les circonstances de l'accident attendraient plus tard...et tant pis si cela provoquerait un remue-ménage mental total chez Davos. Pour l'instant, il avait autre chose en tête. Ce fut pourquoi il alla ensuite appeler Sveda.

La venue de celle-ci fut salutaire bien qu'elle ne se passât pas tranquillement. Rafael profita du visage d'une étrangère pour révéler ce qui lui pesait sur le cœur, et Davos apprit donc par la même occasion, tout ce qui était arrivé. Dire que le choc ne fut pas douloureux était un mensonge. Pourtant il continua à espérer, ou à s'entêter, fou qu'il était. Allez savoir pourquoi. Il y avait peut-être des âmes qui naissaient avec en besoin naturel nécessaire, celui de l'espérance et de la foi en l'autre, quand bien même cela devait en blesser certains.
Parfois, cela pouvait aussi sauver des vies.



« La vérité que l’on trouve dans le vin redevient mensonge dans l’eau claire. »


Les jours s'écoulaient et Rafael guérissait peu à peu, grâce aux bons soins de Sveda et aux venues qu'elle effectuait chez eux. Cette femme faisait partie de ces rares anges qui pouvaient guérir à la fois le corps et l'âme, dirait-on. Davos ne regrettait jamais d'avoir connu cette femme, quel que soit le temps écoulé depuis le jour où il l'avait surprise sur son bateau, passagère clandestine. L'amitié qu'il voulait à Sveda ne s'était jamais révélée mauvaise. Ses passages desserraient un peu l'étau du huis-clos qui se formait entre Rafael et Davos. L'atmosphère de la maison Tosca n'était pas forcément oppressante, mais du moins il y avait parfois quelques malaises. Les deux hommes mirent un temps à s'habituer à vivre ensemble. Pourtant, Davos passait de plus en plus de temps chez lui. Ni son invité ni son amie n'avaient à le savoir, mais le couperet pour frapper sa tête chez les Initiés, descendait de plus en plus bas et la situation devenait parfois difficilement tenable là-bas, entre Stannis, Floria et Fran. A croire que toutes les personnes qu'il avait aimées finissaient par se retourner contre lui, peut-être avec raison.

Ce n'était toutefois pas la seule cause ; il voulait aussi prendre soin de Rafael et s'assurer de le laisser le moins seul possible. Les journées lui paraissaient longues et parfois interminables, de son côté, alors qu'il était entouré d'Initiés ; que dire de Rafael qui passait son temps dans une maison vide ? Peut-être craignait-il aussi, maintenant qu'il se déplaçait plutôt bien, qu'il disparaisse un jour sans mot dire. Il avait une certaine confiance en Rafael, mais il l'avait dit lorsque Sveda était venue : il voulait que l'humain reste au moins le temps de guérir. Maintenant que ce délai commençait à toucher à sa fin, il se sentait sur des brasiers ardents, car il avait toujours veillé à ne rien révéler, autant que c'était possible. Et Davos ne voyait simplement pas comment faire. Cet homme n'avait aimé que des femmes, après tout, et ne parlons pas de l'ancien contrebandier. Il voyait plus pourquoi la balance pencherait côté négatif, que positif, en toute objectivité. Il remuait ces pensées alors que même il parlait à Rafael ou était en face de lui. Il était arrivé à un point où, s'il n'avançait pas, il le perdrait, et s'il avançait, il pouvait aussi le perdre. Deux chances sur trois, que vouliez-vous y faire ?

« Tu as l'air plus souriant qu'avant, »

Davos releva les yeux vers lui, et l'observa verser le vin léger dans leur verre. Il ne se souvenait plus qu'il avait cette bouteille quelque part....

Cependant, en dépit des tracas qui le hantaient le plus souvent, il ne put s'empêcher de songer que Rafael avait raison. Il n'était pas forcément le plus heureux des hommes, mais il retrouvait une part de sincérité et d'apaisement, de légèreté, quand il rentrait chez lui et retrouvait son invité. Il s'était habitué à sa présence comme à un baume bienfaisant, et la place dans son cœur qui réclamait qu'on fasse quelque chose d'elle, était un peu apaisée, voire parfois même se moquer de Davos, assez idiot pour croire qu'il n'y aurait jamais eu besoin de combler ou accomplir certaines choses. En dépit de toute l'incertitude que cela traînait, oui, il se sentait heureux quand il revenait chez lui.

La conversation de ce soir s'annonçait plus personnelle, plus intime que d'habitude. En temps ordinaire, il n'osait pas trop traîner près de Rafael...par crainte de se trahir d'un geste ou d'un regard. Et l'homme en lui-même avait besoin de se remettre de ce qui lui était arrivé. L'ancien marin prit le verre de vin, avec un sourire reconnaissant envers lui.

« Merci... »

Il étudia le liquide un instant, avant de reporter ses yeux d'argent dans ceux turquoise de Rafael. Il n'avait jamais vu telle nuance et ne la reverrait jamais chez un autre. Cette pensée avait quelque chose de réconfortant, tout comme le fait de l'avoir là, devant lui, prêt à discuter. Oui, il en eut un sourire, peut-être un peu rêveur, mais en tout cas doux.

« Ça fait longtemps que je n'ai pas eu de compagnie permanente dans une maison. Vous savoir là...fait du bien, » définit-il, à défaut d'un meilleur terme et ne cherchant pas à se mouiller. « Je sais qu'on n'était pas partis sur les meilleures bases mais...rien dans votre présence ici ou les paroles que nous échangeants, ne me fait regretter de vous avoir porté secours. Vous voyez, Sveda a souvent raison. » ajouta-t-il, avec un regard amusé.

Il essayait de ne pas regarder Rafael trop longtemps, comme à son habitude, ce qui ne l'empêchait pas de l'observer quand ce dernier ne s'en apercevait pas. Mais ce jour-là, vu qu'ils parlaient face à face et pas que de choses utilitaires, ou de médecine, il était sans doute autorisé à le regarder plus directement.

« Et vous ? Comment vous sentez-vous désormais ? »

Il allait de soi que la question portait plus sur le mental que le corps. Pour ce dernier, Davos l'avait déjà aidé pour certains bandages, il savait ce qu'il en était.


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MessageSujet: Re: [CLOS] 'Till Him | Rafael Mer 06 Aoû 2014, 13:57


La visite de Sveda ne m'avait pas vraiment apporté de réponses claires, ni convaincu de prendre des résolutions renversantes, cependant, peut-être m'avait-elle quelque peu éclairé sur la psychologie de l'homme qui m'avait recueilli chez lui. Le fait était qu'avec le temps, il était difficile de ne pas admettre qu'il avait agi dans mon intérêt, quel que fussent les risques qu'il avait dû encourir. Il m'avait arraché de la maison de cette folle, de mon propre sang, pour me mener en lieu sûr, et me soigner. Il avait passé outre son devoir envers les Initiés, pour suivre ce que son cœur lui dictait, et d'ailleurs, je voyais bien qu'il allait de moins en moins chercher leur compagnie. J'ignorai ce qui était en train de se passer, mais quelque chose semblait se préparer. Peut-être ne voulait-il donc que me donner une seconde chance, comme Sveda semblait le vouloir. Il n'avait pas tenu rigueur de tout ce que j'avais fait, de tout ce que j'avais révélé, et il continuait à assurer la mission qu'il s'était donné, avec dévouement. Quel que fût le chemin vers lequel je me tournai, je n'arrivais plus à détester, ou même à me méfier de cet homme.
Il demeurait malgré tout un mystère. On aurait pu imaginer un envoyé du Ciel, un faiseur de miracles, souriant et énergique ; mais celui-ci était plutôt taciturne et mélancolique, comme s'il portait quelque fardeau ou mystère sur ses épaules, qu'il ne daignerait jamais partager. Peut-être avait-il raison de ne pas me faire confiance, après tout... Au demeurant, je me sentais de plus plus pesant et inutile. Je ne voyais aucun moyen de démontrer de la gratitude, de payer ma dette, et je ne savais de toute façon pas m'y prendre avec cet homme. Il m'arrivait, plus d'une fois dans la journée, de penser à m'en aller, sans rien dire. Son existence redeviendrait telle qu'elle était avant que je ne m'impose dans sa vie. Peut-être serait-il plus heureux... Malgré tout, je savais qu'il n'y tenait pas forcément, et d'ailleurs, je n'étais jamais prêt à mettre mon plan à exécution, trouvant toujours un prétexte pour me retenir ici. Je me figurais que l'endroit était le plus sûr et que partir comme un voleur n'était pas juste pour lui, alors qu'en vérité, il me semblait que partir définitivement, serait comme rêver de mourir.
Et pourtant, l'ambiance commençait malgré tout à devenir pesante, dans cette maison vide. Lorsque le propriétaire des lieux n'était pas là, et ce même s'il m'arrivait d'aller prendre l'air en ville ; je tuais le temps par quelque activité anodine, par des songes nébuleux, ou en tournant dans le vide. J'ignorai pourquoi ces lieux déserts me mettaient tellement mal à l'aise... J'ignorai pourquoi je vivais ses retours à la fois comme un soulagement et une pression supplémentaire. Je n'aspirais qu'à avoir une compagnie, le jour, et j'ignorais quoi lui dire, quand elle se présentait. Nous évitions tout sujet compromettant ou même de nous regarder dans les yeux, comme s'il y avait encore de nombreux non-dits, ou comme si... Nous ne supportions pas de nous retrouver seuls dans la même pièce. Peut-être étais-je incapable de l'apprécier à sa juste valeur, malgré tout ce qu'il avait fait ; parce qu'il était le père de Floria, et le bras-droit de Lannister, deux des personnes que je détestais le plus. Je m'en voulais, mais les faits étaient indéniables.

J'ignorai pourquoi, mais il me fallait autre chose ce soir-là. Peut-être mon humeur était-elle moins sombre qu'à l'accoutumée, voilà tout. Peut-être sentais-je qu'une page devait être tournée. Le vin avait été déversé dans nos verres, pareil à un sceau qui nous empêchait de nous disperser ou de prendre la poudre d'escampette, cette fois-ci.
J'avais effectivement constaté, depuis quelques jours, qu'il paraissait plus serein et léger, même s'il n'expliquait pas pourquoi ; et cet état de fait m'intriguait tout en me paraissant inexplicablement de bon augure. Cela aurait pu être anodin, si, auparavant, je ne m'étais pas à ce point moqué du bonheur du reste de l'humanité.
J'eus la crainte, durant un instant, qu'il trouverait une excuse pour se défiler une fois de plus, mais Davos se contenta de prendre le verre, en me remerciant. Je me contentai de hocher la tête, un rien soulagé. Il fallait croire que du moindre « oui » ou « non » de cet homme, dépendait toute mon humeur et mon bien-être, mais je mettais cela sur le compte de mon isolement ici, et de mon manque de contact avec les autres.
Je fus légèrement pris au dépourvu lorsqu'il me regarda directement, et se permit de sourire, lui qui se détournait toujours très vite, comme s'il craignait d'être pris en faute de je ne sais quel délit. Je m'attardai un instant sur son regard limpide comme l'argent pâle, attendant la réponse qu'il allait me fournir.

« Ça fait longtemps que je n'ai pas eu de compagnie permanente dans une maison. Vous savoir là...fait du bien, » expliqua-t-il.


La solitude... On ne s'y fait jamais vraiment, n'est-ce pas ?

Je ne voyais guère quoi d'autre ajouter, une fois encore inquiété par l'instant que j'avais pourtant attendu et provoqué. Je n'étais pas habitué à voir cet homme confier tout ce qu'il avait sur le cœur, et cela laissait une impression étrange, sans être désagréable.

« Je sais qu'on n'était pas partis sur les meilleures bases mais...rien dans votre présence ici ou les paroles que nous échangeants, ne me fait regretter de vous avoir porté secours. Vous voyez, Sveda a souvent raison. »


Sur quel point pensez-vous qu'elle ait eu raison ? demandai-je, avec prudence, tout en entamant le verre qui se trouvait en face de moi.

« Et vous ? Comment vous sentez-vous désormais ? » ajouta-t-il, ce qui signifiait que c'était à moi de me montrer franc.


Ça va mieux, répondis-je.

Je marquai une pause, les yeux baissés, songeant qu'il méritait certes mieux qu'une réponse aussi basique. Peut-être était-il temps de lui faire part de ma reconnaissance, d'admettre combien je m'étais trompé à son sujet. Je relevai les yeux, l'observant avec intensité.

Je suppose que je devrai quitter cette maison d'ici peu, et j'ignore ce que l'avenir réserve, aussi dois-je vous dire ce que j'ai sur le cœur.

Je me tus une nouvelle fois, simplement pour chercher et peser mes mots. Si Davos était alors en train de s'imaginer que j'allais lui faire une déclaration d'amour, c'était certes malheureux pour lui ; mais à son inverse, j'étais loin d'avoir ouvert les yeux.

Vous êtes l'une des rares personnes, si ce n'est la seule, à m'avoir fait comprendre que j'ai probablement fait fausse route, toutes ces années. Je vous ai longtemps tourmenté, et peut-être même détesté, parce que je vous enviais, sans parvenir à m'inspirer de vous. Je pense que je n'y arriverai jamais. Mais je ne regrette pas non plus ce qui est arrivé, et ce même si j'ai perdu beaucoup de sang dans cette affaire... Je suis content de vous avoir connu... de cette façon.

J'ignorai pourquoi un nuage de tristesse s'était imprimé sur mon front, mais il me fallait terminer ce que j'avais à lui dire.

Je vous dois la vie et probablement plus encore. L'égoïsme voudrait que je continue à m'accrocher à vous, pour couvrir mes arrières, mais vous valez mieux que cela. Vous passez avant tout cela. En somme, je pense que je vais bientôt m'en aller. C'est le mieux que je puisse faire pour vous, faute de pouvoir un jour payer ma dette.

Je l'observai avec détermination, ne voyant pas comment il pourrait me faire changer d'avis, et n'imaginant de toute façon pas qu'il tiendrait à me retenir ici. Je l'observai également comme si je voulais me souvenir de chaque trait, si c'était là la dernière fois que je les voyais.

Je pensais pas que quelqu'un pouvait devenir un symbole aussi fort, en si peu de temps, conclus-je, me sentant idiot, tout en terminant le verre de vin.

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MessageSujet: Re: [CLOS] 'Till Him | Rafael Sam 06 Sep 2014, 21:20



Une chose était sûre, alors que le temps s'écoulait : Rafael n'avait pas à savoir ce qui se passait au sein des Initiés ces dernières semaines. Non que Davos ne le soupçonnât forcément de trahison par la suite, mais simplement parce qu'il n'avait pas à porter ce fardeau en plus. D'ailleurs, le déchirement et les tensions qui s'agitaient dans le groupuscule n'avait rien à voir avec lui, ou du moins le croyait-il pour l'instant. Et puis Davos n'était pas homme à révéler des secrets juste pour faire la conversation. Pour cela, il pouvait trouver d'autres sujets ou bien simplement préférer le silence, ce dont Rafael ne lui donnait pas spécialement rigueur pour l'instant. Cela avait cependant contribué à la pesanteur qui envahissait parfois la maison. C'était que l'ancien marin pensait que le départ de Rafael se rapprochait de plus en plus, et il gardait cette déception pour lui, dans un cœur mêlé de regret et d'amertume, tout autant qu'il se réjouissait de le voir guérir. La vie était ainsi faite de paradoxes. Et le blessé n'avait pas à savoir tous les sacrifices faits – cela lui donnerait peut-être davantage l'idée de partir plus vite, ce qu'il refusait. Davos imaginait déjà bien Rafael assez mal à l'aise, d'avoir révélé ce qui s'était passé avec Floria. On ne rajoutait pas de malheur quand il y en avait déjà assez.

Aussi gardait-il ses sourires pour Rafael, quand bien même son front se plissait parfois de soucis et de tourments. Comment aurait-il réagi si son invité était parti sans prévenir ? Il serait sans doute parti à sa recherche, mais n'aurait en tout cas pas baissé les bras, ni retrouvé cette quiétude que Rafael imaginait à tort. Au contraire, ce ne serait qu'un tourment de plus...une inquiétude supplémentaire. Le silence était pire que toutes les mauvaises nouvelles du monde. Et être loin d'une personne à qui on tenait était....terrible. D'autant plus que Rafael n'avait pas vraiment d'endroit où aller, après tout. Alors, même les silences gênés, et les éclatements étranges du cœur en sa présence et son absence, valaient mieux que le départ de cet homme. De toute façon, Davos n'aurait accepté de le laisser partir que s'il avait été sûr qu'il serait plus en sécurité ailleurs qu'avec lui...pour l'instant on pouvait donc en douter.

Mais ce soir était destiné à changer les choses. Le rouge inéluctable du vin semblait le prédire. Davos n'en était pas fan autres que dans les occasions, mais après tout, pourquoi pas ? Et puis peut-être était-ce un des derniers moments avec Rafael. Davos ne se voyait pas lui avouer quoique ce soit, cependant, il aimait à savoir qu'ils auraient passé au moins une soirée ensemble à discuter, sans s'éviter, sans être trop lâches...c'était ce qui s'approchait le plus de ce qu'il aurait voulu avoir avec lui. Autant ne pas cracher sur l'occasion tant qu'elle lui était présentée.

Assis en face de lui, son verre tournant légèrement entre ses doigts, l'ancien marin se surprenait lui-même à être plus léger et à entamer la conversation, bien que ce soit loin de faire comme si rien n'était, comme si tout était naturel entre eux. Mais ils n'avaient rien à craindre l'un de l'autre, et s'étaient habitués à leur présence respective. Alors, pourquoi pas ?...Les regards se croisèrent et aucune apocalypse n'arrivait. En apparence du monde. Le cœur de Davos avait sans doute un rythme plus soutenu que d'habitude, alors qu'il se répétait que la situation n'avait rien d'extraordinaire. Il fallait croire qu'il n'était pas très doué pour se mentir à lui-même.

« Il faut aimer cela, » répondit-il lentement. « Et puis cela a juste quelque chose de triste, même quand on s'y habitue. »

Il craignait de n'avoir rien à dire, pas de quoi alimenter la conversation et de passer pour un boulet. C'était sans doute ce qu'il était après tout, vu la situation. Un boulet stalker. Mais quel crétin il faisait. Il but une gorgée pour se calmer, mais heureusement, il trouva quoi dire ensuite, et quoi répondre.

« Que vous deviez rester ici. Vous guérissez, vous arrivez à marcher...et puis je pense que vous avez repris un peu d'optimisme, ou retrouvé un peu un but. Vous n'avez plus tout à fait le même air, ni la même attitude, qu'en arrivant. »

Qu'il se taise. Tout cela ne démontrait que trop à quel point il l'observait alors qu'il l'évitait parfois presque. Il n'avait bu que deux gorgées et il faisait déjà des gaffes. Bravo, Davos. D'ailleurs Rafael parut s'en apercevoir, puisqu'il baissa les yeux, gêné, ne sachant plus quoi dire après avoir signalé qu'il allait bien. Davos venait déjà de rompre le charme ou simplement le fil de la conversation.

« Je suppose que je devrai quitter cette maison d'ici peu, et j'ignore ce que l'avenir réserve, aussi dois-je vous dire ce que j'ai sur le cœur. »

Celui de Davos se mit à battre d'un rythme fou alors qu'il relevait les yeux vers son hôte avec surprise. Avait-il été plus transparent qu'il ne le croyait ? Serait-il possible que... ? Non, c'était complètement absurde, complètement fou. Il ne fallait pas y croire, même vu la façon dont cela avait été dit. Il fallait qu'il se calme. Heureusement, le temps que cela lui prit, et qu'il utilisa pour recomposer un visage étonné mais intrigué, l'empêcha de répondre tout de suite.

« Vous êtes l'une des rares personnes, si ce n'est la seule, à m'avoir fait comprendre que j'ai probablement fait fausse route, toutes ces années. Je vous ai longtemps tourmenté, et peut-être même détesté, parce que je vous enviais, sans parvenir à m'inspirer de vous. Je pense que je n'y arriverai jamais. Mais je ne regrette pas non plus ce qui est arrivé, et ce même si j'ai perdu beaucoup de sang dans cette affaire... Je suis content de vous avoir connu... de cette façon. »

Le cœur de Davos n'était pas moins battant, mais il écoutait avec une attention soutenue les paroles de Rafael. Il avait posé son verre et s'était légèrement penché en avant, les mains quasi-jointes, le fixant. C'était peut-être un peu intimidant, cependant son regard n'avait rien d'inquisiteur : il était seulement alerte et sensible. Rafael daignait lui confesser un peu de ce qu'il avait sur le cœur : cela correspondait à d'autres choses que la haine et le mépris cachés qu'il avait imaginés, ou même l'exaspération. Il pouvait s'en songer heureux et pourtant il se retrouvait à ne pas trop quoi savoir faire de ces mots qui avaient quelque chose de troublant. Il en était cependant reconnaissant, et son regard le disait. Malgré l'ombre qui semblait passer sur le visage de son hôte.

« Je vous dois la vie et probablement plus encore. L'égoïsme voudrait que je continue à m'accrocher à vous, pour couvrir mes arrières, mais vous valez mieux que cela. Vous passez avant tout cela. En somme, je pense que je vais bientôt m'en aller. C'est le mieux que je puisse faire pour vous, faute de pouvoir un jour payer ma dette. »

Plus encore que les mots, ce fut le regard de Rafael qui le perturba. Il y avait un tel point de non-retour dans ses prunelles, comme un au revoir, qu'il se redressa, légèrement nerveux.

« Il n'y a pas de dette à payer, » s'entendit-il répondre, un peu précipitamment. « Et vous n'avez pas à vous en aller... »

Mais Rafael termina ensuite son discours, et son verre, par la même occasion, comme si cela reflétait le courage dont il avait eu besoin pour déballer un tel discours.

« Je pensais pas que quelqu'un pourrait devenir un symbole aussi fort, en peu de temps. »

Davos ne sut pas quoi répondre tout de suite, et un silence de quelques secondes passa. Maladroit, il prit puis relâcha son verre de vin, comme ne pouvant tenir en place. Puis il releva finalement la tête vers Rafael, le fixant intensément, un peu tristement, mais surtout, avec autant de détermination voire plus, que son interlocuteur n'en avait affiché auparavant. Il aurait pu penser à le remercier, cependant, il songeait que ce n'était pas vraiment ce que Rafael attendait de lui. Ce qu'il voulait demeurait cependant un mystère. Et puis, lui que pourrait-il dire sans éveiller les soupçons ? Il lui fallait du moins essayer...il n'allait pas lui re-casser une jambe « par hasard » tout de même...

« Nous...nous sommes tourmentés parce que nous refusions de voir ce qu'il y avait de bon en l'un et l'autre. Parce qu'on s'imaginait qu'on ne pouvait que coexister d'une certaine manière, en se détestant ou se méfiant l'un de l'autre...on a eu la possibilité de voir cela autrement. »

Mille sabords, que pouvait-il dire d'autre sans se trahir ? Au moins devait-il le convaincre de rester ici. En attendant le moment idéal...mais il lui semblait qu'il n'y aurait jamais de moment idéal.

« Et je suis heureux d'avoir eu cette chance...j'aime votre compagnie ici...et c'est pour ça que vous n'avez pas à partir. Je sais que vous n'avez nulle part où aller, alors ce n'est pas de l'égoïsme...et je sais me protéger seul. Le fait de vous voir vivre, en presque bonne santé, est suffisant pour payer une quelconque dette... »

Mais l'aveu final, c'était plus difficile d'y répondre. Sans se trahir en tout cas. Et puis qu'est-ce qu'il entendait vraiment par symbole ? Ce n'était certes pas une déclaration comme il en avait eu la puérile idée au début. Et puis si l'Ange avait dit vrai ? Comment mener les choses dans cette voie ?

« Si je vous parais ainsi...c'est peut-être qu'on fait pas que passer l'un dans la vie de l'autre. Qu'il ne faut pas mettre fin à cette situation. Vous n'êtes pas complètement remis. Et je dois parler à Floria, la convaincre de ne plus vous tourmenter, avant tout.... Vous êtes le bienvenu ici. Je suis sincère. »

Précision inutile. Un Davos était toujours sincère. Si on exceptait que Davos cachait les vraies raisons de son désir de le voir rester ici – encore que finalement, celles qu'il disait n'étaient pas fausses.

« Peu de gens comptent dans ma vie...je suis heureux que vous en fassiez partie. »



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MessageSujet: Re: [CLOS] 'Till Him | Rafael Jeu 11 Sep 2014, 21:11


J'ignorai la moitié de ce qui se passait en dehors de cette maison, depuis mon rétablissement, mais cela ne me gênait pas tant que cela. Au contraire, « décrocher » était ce dont j'avais besoin depuis longtemps. Qui plus est, ne pas détenir d'informations compromettantes allait empêcher toute tentation de trahir Davos, lorsque la nécessité se présenterait. Du moins la réduire. Vous aurez peut-être du mal à le croire, mais c'est par absence d'égoïsme, que je refusais de rester accroché à Davos. Il était l'une des rares personnes qui pouvait se flatter d'entraîner chez moi pareille abnégation. En restant, je savais que je finirais par abuser de sa confiance, et engendrer un malheur, comme partout où je mettais les pieds. Pourtant, au fond de moi, je n'aurais rien eu contre profiter encore un peu de son soutien, bien au contraire. Malgré toute la tension qui semblait habiter ces lieux, je me sentais plus tranquille ici que partout ailleurs. Il paraissait que la compagnie était plus importante que la localisation.
La tension dont je parlais était palpable en son absence, comme en sa présence. Lorsque nous étions seuls dans une pièce, je redoutai qu'il arrivât « quelque chose », et je trouvai souvent un prétexte pour m'en aller, ou pour nous occuper l'esprit avec des choses futiles. Et pourtant, lorsqu'il partait, et ce parfois des heures entières, je n'avais de cesse de regarder l'heure, de peur qu'il lui arrivât un malheur. Cette tension sans nom, il me fallait aussi la fuir. Les raisons étaient donc diverses pour avoir décidé de partir.
Le vin, je n'en étais pas fan non plus, mais d'un accord tacite, nous avions convenu que cette soirée devait être différente. Qu'allait-elle réserver ? Nous nous imaginions tous deux des conclusions bien diverses, et c'est pourquoi la soirée en question promettait d'être forte.

« Il faut aimer cela. Et puis cela a juste quelque chose de triste, même quand on s'y habitue. » répondit-il, en ce qui concernait la solitude.


Et vous, vous aimez cela ? demandai-je, me doutant pertinemment de la réponse.

Malgré les apparences, cet homme ne m'était pas si opposé. Il admettait lui-même que la solitude était intrinsèque à la tristesse et je ne pouvais guère le contredire. Comment aurait-il pu être si possessif envers Floria, et pourquoi prendrait-il tellement à cœur la mission qu'il s'était confié, envers ma personne, si la solitude le laissait indifférent ? Peut-être commençai-je enfin à percer une partie du mystère de cet homme, cependant, il restait encore relativement insondable. Son regard d'argent dissimulait assurément bien des secrets.

« Que vous deviez rester ici. Vous guérissez, vous arrivez à marcher...et puis je pense que vous avez repris un peu d'optimisme, ou retrouvé un peu un but. Vous n'avez plus tout à fait le même air, ni la même attitude, qu'en arrivant. » ajouta-t-il.

Je reposai un instant le verre que j'avais entamé, ne m'attendant pas à une réponse aussi précise, alors que je pensais effectivement que nous ne faisions que nous croiser, la moitié du temps. Cet homme était nettement plus perspicace que je me le figurais. J'étais effectivement loin de réaliser – aveugle que j'étais – qu'il passait simplement son temps à « m'étudier » en toute discrétion, faute d'un meilleur terme.
Pour autant, si j'avais l'air gêné, c'était davantage à cause de moi-même. Pensait-il réellement que j'avais regagné de l'optimisme, ou même un sens à la vie ? Si tel était le cas, je ne voyais guère à quoi il faisait référence. J'admettais enfin que l'humanité n'était pas constituée seulement de gens noirs, mais c'était tout. Une fois cette maison quittée, je serai de nouveau seul et perdu. Comment croire en l'avenir ? Je ne savais pas quelle était l'évolution de mon apparence, pour qu'il arrivât à de telles conclusions, mais j'étais loin d'être convaincu ; sans pour autant avoir la force de le contredire. Si cette idée le rassurait, autant la lui laisser...
Loin d'imaginer ce qu'il était en train de s'imaginer, je lui annonçai qu'il était temps que nous discutions sérieusement. La confession faite était une épreuve pour moi, qui n'avais guère l'habitude de m'épancher, autrement que pour rudoyer autrui, ou inciter les autres à culpabiliser. J'espérais ne pas être trop maladroit, mais après tout, je ne passais pas un examen. Je devais pourtant avoir l'air d'un étudiant un peu imbécile, à calculer ainsi mes mots, et – surtout – à ne jamais oser le regarder dans les yeux. Les yeux gris et perçants de cet homme n'avaient jamais cessé de me dérouter, peut-être parce que j'imaginais qu'ils avaient le pouvoir de lire en moi et de sonder mon âme, en moins de temps qu'il en fallait pour le dire. Me jugerait-il pour autant ? Je n'en étais pas certain. Même si j'avais l'air incertain, il ne fallait en tout cas pas douter que j'étais déterminé, lorsque je lui annonçai mon départ. Or, cette envie ne sembla guère le séduire.

« Il n'y a pas de dette à payer. Et vous n'avez pas à vous en aller... » glissa-t-il, en se redressant.

Si je l'avais entendu, je ne l'avais pas écouté, me contentant de terminer le premier – ou était-ce le second ? – verre que j'avais devant moi. Je restai assis, relevant enfin les yeux vers lui, et terminant mon discours un peu à la façon d'un automate. Je ne voyais pas vraiment comment il pouvait me retenir ici... Le silence qui suivit ma dernière phrase n'avait rien de foncièrement plaisant, cependant, je le laissai méditer, puisque le discours semblait avoir eu un effet certain sur lui. De quel genre était cet impact ? Je n'en avais aucune idée, mais peut-être allait-il finir par l'admettre. Je pris donc mon mal en patience, et lui laissai le temps de réfléchir. Il finit toutefois par réagir, une fois que j'eus machinalement rempli de nouveau nos verres.

« Nous...nous sommes tourmentés parce que nous refusions de voir ce qu'il y avait de bon en l'un et l'autre. Parce qu'on s'imaginait qu'on ne pouvait que coexister d'une certaine manière, en se détestant ou se méfiant l'un de l'autre...on a eu la possibilité de voir cela autrement. » dit-il d'abord.

Je l'observai, avec un peu de perplexité, n'ayant peut-être jamais considéré les choses sous cet angle. Il était vrai que reconsidérer quelqu'un était une épreuve, surtout lorsqu'on l'avait sous-estimé. D'autre part, cela permettait de mieux se connaître soi-même, ne serait-ce qu'en échangeant avec cet étranger.


Oui, peut-être, admis-je, même si toute cette aventure me donnait l'étrange impression d'être incomplète.

Quelle pièce manquait-il au puzzle ? Qu'est-ce que je regrettais tellement ? Je n'en savais rien, mais le moment était venu de partir, quoiqu'en disait Davos Tosca.

« Et je suis heureux d'avoir eu cette chance...j'aime votre compagnie ici...et c'est pour ça que vous n'avez pas à partir. Je sais que vous n'avez nulle part où aller, alors ce n'est pas de l'égoïsme...et je sais me protéger seul. Le fait de vous voir vivre, en presque bonne santé, est suffisant pour payer une quelconque dette... » insista-t-il alors.

Je restai silencieux, me demandant s'il fallait véritablement revenir sur ma décision, simplement à cause de ses mots. Pourquoi se croyait-il égoïste, simplement parce qu'il voulait me voir rester ? Je commençai à peiner à le suivre, mais après tout, nous avions des façons bien distinctes de fonctionner. Ainsi, il se moquait du danger, et la seule façon dont je pouvais le remercier, était en demeurant ici, malgré tout ? Mais jusqu'à quand ? Je ne pouvais tout de même pas vivre officiellement ici, devenir son colocataire ou je ne sais quoi ! Avait-il pensé à Floria, aux Ombres, aux Initiés ? Et puis, nous nous connaissions si peu ! J'avais déjà cent excuses pour le contredire, mais il reprit déjà la parole.

« Si je vous parais ainsi...c'est peut-être qu'on fait pas que passer l'un dans la vie de l'autre. Qu'il ne faut pas mettre fin à cette situation. Vous n'êtes pas complètement remis. Et je dois parler à Floria, la convaincre de ne plus vous tourmenter, avant tout.... Vous êtes le bienvenu ici. Je suis sincère. Peu de gens comptent dans ma vie...je suis heureux que vous en fassiez partie.  » conclut-il.

Je le regardai, un peu dérouté par un tel final. Je ne m'étais certes pas attendu à une semblable réaction de sa part. Il désirait véritablement voir mon séjour s'allonger. Mais jusqu'à quand ? Qu'attendait-il de moi ? Simplement ma présence ? J'avais du mal à le croire, d'autant que je n'étais pas quelqu'un de particulièrement facile à vivre. Me cachait-il quelque chose ? Certes, ma santé n'était pas encore parfaite et j'avais des ennemis, dehors, mais j'avais la conviction que Davos ne pouvait pas faire davantage pour moi. Ou du moins avait-il assez fait. Quant à la dernière phrase... Elle faisait indéniablement vibrer une corde sensible en moi, car j'avais décidément perdu l'habitude de compter pour quiconque. Mais la surprise dominait également. Comment aurais-je pu m'attendre à ce que cet homme en vînt à me considérer comme un ami ? Était-ce seulement réciproque ? Je n'en savais rien. Il me faisait perdre toute aptitude à raisonner convenablement. Ne sachant pas tout de suite quoi dire, je bus encore un verre, ce qui n'était certes pas l'idée du siècle.


Vous avez tort de vous attacher à moi, dis-je finalement, d'un ton plus abrupt que je ne l'aurais voulu.

Vous souhaitez que j'attende un rétablissement complet, ou que mes adversaires daignent m'oublier ? Quand bien même cela arriverait, que devrai-je attendre ensuite ? Vous avez assez fait. Vous avez tort de vouloir me retenir ici. Vous croyez que cela détruira cette solitude qui vous rend si mélancolique, mais ce n'est pas vrai ! Je ne suis qu'une personne de passage dans la vie des autres, et ce n'est pas plus mal ainsi ! Avec moi, vous ne vous sentirez que davantage seul. Comme je me sens seul ici. Vous ne faites que me rappeler tout ce qui m'a manqué chez les autres, or vous ne pouvez pas et vous ne pourrez jamais les remplacer, conclus-je, avec fermeté, non sans penser à cette famille dont j'étais devenu l'orphelin, ou à ces briseuses d'existence, telles Fran et Tosca.

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MessageSujet: Re: [CLOS] 'Till Him | Rafael Jeu 25 Sep 2014, 19:12



De même que Rafael ignorait beaucoup de choses sur ce que faisait Davos à l'extérieur – même s'il ne devait pas être dupe au point de ne pas savoir que cet homme faisait partie des Initiés – Davos n'amenait jamais de tels sujets mutants, politiques, sur le tapis. Il savait parfaitement qu'il accueillait ce que Stannis considérait comme un ennemi, et il s'arrangeait, à sa manière, pour ne pas envenimer les choses. De plus, revenir à de telles préoccupations, n'était pas ce dont Rafael avait besoin pour guérir, au contraire. Tant qu'il était ici, il devait être exempté de tout tracas, tout poids qui n'était pas directement relié à lui, et Davos comptait bien conserver sa neutralité, tant par devoir, que par sentiment. Il savait sans doute, l'ayant deviné, que Rafael n'était pas les Ombres par choix. Que diable celles-ci auraient-elles à faire avec un mortel ? Le marin était loin de comprendre à quel point le côté traître, de Rafael, était une partie de la réponse.

De plus, la tension qui régnait dans la maison, l'inquiétait mais le rassurait aussi, d'une certaine manière. Cela prouvait que ce qu'il ressentait n'était pas uniquement né du fruit de son imagination, et qu'il y avait quelque chose de réel, et d'important, par rapport au fait de conserver Rafael chez lui. Même s'il ne redoutait rien de plus parfois que de laisser entrevoir à son hôte ce qu'il pensait vraiment, au moins était-il sûr de l'endroit où l'humain était, de s'il était en sécurité. Il pouvait davantage l'aider qu'avant. Et tant pis si aucun de ses espoirs n'était rempli, ce en quoi il méprisait les conseils d'Algernon : que Rafael soit heureux et non persécuté, était déjà une maigre victoire. Qu'importe le reste, cela en valait la peine, et c'était pourquoi il était stupide de songer à le laisser repartir.

« Et vous, vous aimez cela ? »

Davos faisait tourner légèrement le verre dans son vin, par mécanisme plus que par habitude. Néanmoins, c'était vrai, la réponse était assez évidente. Et puis, qui pouvait prétendre véritablement aimer être seul ? Stannis peut-être. Mais même cela, Davos en doutait profondément. Comme quoi, il voyait toujours le meilleur en chaque personne, ou alors le plus essentiel.

« Oui et non. Il y a des moments où la solitude fait du bien, mais je doute que cela soit applicable à 100 % du temps. »

C'était vrai. Après tout, il avait toujours, de toute façon, vécu près ou entouré des Initiés. Avec sa fille, avec Erik, parfois avec Sveda. Il aurait été faux de dire que cet homme avait vécu un jour complètement seul. Même lorsqu'il allait en solitaire sur son île, après tout, il avait déjà en partie sa propre compagnie – et celle des lapins qui pullulaient dans l'île. Et puis il aimait trop, tout simplement, les personnes à qui il portait une durable et sincère affection, au-delà de tout optimisme légendaire. Pouvait-on appeler cela un secret ? En tout cas, il était sincère, autant qu'il le pouvait, en répondant à Rafael, avec des mots précis et clairs. Même s'il se rendait compte que cela montrait à quel point il le stalkait...enfin, s'il s'agissait de l'empêcher de partir, il n'avait plus rien à perdre, n'est-ce pas ? Peut-être était-il temps de faire un peu tomber le masque, en partie, de laisser Rafael comprendre un peu ses raisons – mais cela avait tout autant quelque chose d'effrayant. Il voulait à la fois lui faire comprendre, et en même temps, il le redoutait. Paradoxe inestimable, certes.

L'air qui s'inscrivait sur le visage de Rafael lui faisant comprendre ce que ce dernier saisissait de ses quelques paroles. Etait-il complètement dévoilé pour autant ? On pouvait en douter. Il l'étudiait, certes, mais seulement pour mieux prendre soin de lui....était-ce si peu louable ? D'agir sans le lui faire savoir, sans doute, mais quel autre choix avait-il ? C'était trop tôt pour avouer quoique ce soit... Davos savait parfaitement que le passé sombre de Rafael ne le lâchait pas vraiment, mais malgré tout, il sentait – ou croyait percevoir – une différence entre celui qu'il avait connu et celui qui vivait ici. Comme Rafael n'était pas menacé ici, par qui que ce soit, ni en train de courir après Tosca ou Fran, il pouvait se permettre d'être un plus lui-même. Un peu plus vulnérable. Un peu plus ouvert. Davantage lui, tout simplement, et c'était un pas essentiel. Il ne lui paraissait en tout cas nullement étourdi, maladroit ; il devait penser que comme cet homme avait peu eu l'occasion de se livrer véritablement auparavant, il choisissait de le faire avec autant de prudence que possible. Comment l'en blâmer, surtout après tout ce qui s'était passé ? Et puis il y avait des gens qui n'aimaient pas regarder les autres dans les yeux. Un contact trop intime, disaient certains. Peut-être. Davos aurait aimé, cependant ; cela lui aurait permis de savoir comment s'avancer, comment continuer la conversation. C'était pourquoi il prenait un temps pour répondre. Il avait peu à lui proposer, mais il voulait le faire tout de même. Il voyait difficilement comment il pourrait supporter de le voir parti de sa vie, après qu'il y ait été incrusté, après qu'il se soit rendu compte à quel point il avait besoin de lui.

L'ancien marin le remercia d'un signe de tête pour le nouveau verre de vin – il ne pouvait nier qu'il en avait besoin, bien qu'il ne manquât pas de courage, loin de là. Pourtant, il en faudrait une certaine quantité avant que cela ne lui en délie la langue, comme à certains. Cela lui donna toutefois un peu de force pour commencer à parler, à répondre aux mots de Rafael – tout dans un même but : le convaincre de rester, encore que c'était fait gentiment. Et le moins qu'on puisse dire, était que cela rendait Rafael aussi songeur que lui à l'instant précédent. Mais était-ce dans un bon, ou mauvais sens ? Cela restait à voir. Il savait, il imaginait toutes les difficultés, les trahisons et bien pire encore ; cependant il ne désespérait pas de trouver un moyen, quel qu'il soit. Il était certes pétri d'optimisme mais aussi d'espoir. C'était avec ce dernier que marchait le monde, dans le bon sens. Aussi était-il franc et droit dans ses mots, bien que cela semblât particulièrement déroutant pour Rafael. N'avait-il jamais été traité en ami, par certains, ou plus encore ? Davos n'en mettait pas sa main au feu, mais ce soupçon s'accentuait.

« Vous avez tort de vous attacher à moi » fit Rafael, avec une brusquerie cassante.

Il venait sans doute de planter une petite flèche dans le petit cœur de Davos. Bien sûr, qui n'aurait pas approuvé ce que Rafael venait de dire ? Tosca, Fran, Stannis, Gabrielle.....peut-être que seule Sveda aurait approuvé, parce qu'elle savait autant que l'ancien marin à quel point les capacités de l'homme étaient infinies et promptes à se renouveler.

« Vous souhaitez que j'attende un rétablissement complet, ou que mes adversaires daignent m'oublier ? Quand bien même cela arriverait, que devrai-je attendre ensuite ? Vous avez assez fait. Vous avez tort de vouloir me retenir ici. Vous croyez que cela détruira cette solitude qui vous rend si mélancolique, mais ce n'est pas vrai ! Je ne suis qu'une personne de passage dans la vie des autres, et ce n'est pas plus mal ainsi ! Avec moi, vous ne vous sentirez que davantage seul. Comme je me sens seul ici. Vous ne faites que me rappeler tout ce qui m'a manqué chez les autres, or vous ne pouvez pas et vous ne pourrez jamais les remplacer. »

La deuxième flèche avait été envoyée, probablement directement incrustée dans la première et la faisant rentrer plus profondément. Comme quoi, on pouvait toujours se surpasser. Davos lâcha son verre, les yeux baissées, et cette fois, ce n'était pas Rafael le plus mal à l'aise, mais lui. Avait-il donc échoué ? Totalement échoué à apporter quoique ce soit à cet homme, à le convaincre qu'il en valait la peine, qu'il n'était pas qu'un inconnu de passage, pas que tout le mal dont il se vantait à cet instant ? Comment pouvait-on avoir si peu d'estime de soi quand une autre personne, en face, à moins d'un mètre, montrait qu'elle tenait à vous et pas pour rien, pas pour remplir un vide ou faire un quelconque échange ? Le marin était bien blessé, oui, et d'ailleurs il se releva vivement, allant jeter un bref coup d'oeil à la fenêtre, comme pour se donner une posture maladroite, feinte, ou pour cacher l'humidité naissante de ses yeux. Comment faire comprendre à cet homme qu'il valait bien plus que ce qu'il pensait ? Qu'il comptait ? Et tout cela, sans se trahir lui-même ? Seaworth attendit quelques secondes, que le serrement dans sa gorge se dissipe et qu'il retrouvât une voix ferme et décidée.

« J'ai une dette aussi de mon côté. Je vous ai fait un mal que je n'ai pas encore rattrapé. Et au-delà des dettes, je ne vais vous laisser repartir dans la gueule du loup, vous comprenez ? » Il se retourna vivement vers lui, son regard d'argent se faisant perçant et insistant. « Je suis immortel. Je n'ai pas à craindre de beaucoup de monde, et même si c'était le cas, le danger a toujours fait partie de ma vie. Comme l'espoir et l'optimisme. Ne crois pas me les arracher en un tour de main, même si je sais que ce monde n'est pas utopique. Tu te crois une personne de passage alors que tu as déjà une place dans ma vie, et pas insignifiante ! Tu crois que tu n'apportes que la désolation, mais ai-je seulement l'air triste ? Ou seul ? Je ne demande qu'à te faire sentir moins seul, à te faire reprendre courage. Bien sûr que je ne peux remplacer personne. Je ne suis pas tous ces autres. Mais tu as tort de t'enliser, de ne penser qu'à des relations qui se sont avérées toxiques pour toi. Tu es tourné vers le passé et cela te tue plus sûrement que les blessures qu'on t'a faites. Il faudrait seulement que tu aies le courage de regarder ailleurs, plus en avant, vers ce qui est encore à faire – d'une meilleure façon qu'avant – et de ne pas refuser les mains tendues qu'on t'offre, toute les possibilités. Car on te les offre, de bon cœur, parce qu'il y a plus en toi que tu ne crois. »

Sauvait-il les meubles en parlant de Sveda et lui, avec ce « on » ? Rafael n'était pas forcément aussi stupide. Quant au tutoiement, il devait sortir tout seul, un jour ou l'autre, après tout. En tout cas, il n'y avait aucun doute que le discours du marin s'était fait passionné, et véhément. Si seulement cela pouvait l'aider, les aider. Au moins il essayait. On ne pouvait lui reprocher cela, et puis, pouvait-on le blâmer d'essayer d'avoir ce à quoi d'autres avaient droit quotidiennement ? Parce qu'ils étaient deux hommes, deux camps opposés, cela rendait-il les choses impossibles à jamais ? Rafael avait tort, le problème ne venait pas tant de lui, que des autres, tout simplement. Mais certains avaient raison. L'homme prenait souvent le mauvais choix, à chaque fois. C'était pourquoi il existait des gens comme Davos Tosca, pour montrer l'autre apparence des choses, pour montrer qu'il y avait de la beauté, et non uniquement de la noirceur.



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MessageSujet: Re: [CLOS] 'Till Him | Rafael Dim 30 Nov 2014, 18:59


Je n'étais pas tout à fait à mon aise, ici, car les choses étaient trop parfaites pour être honnêtes. On s'imaginait tous les deux que noyer le poisson, appliquer la politique de l'autruche, ou que sais-je encore concernant d'autres animaux, nous protégeaient mutuellement des Ombres ou des Initiés ; mais c'était faux. A mes yeux, tout ceci prenait davantage l'air d'une bombe à retardement. Tôt ou tard, les ennuis viendraient nous trouver. D'autre part, aussi fiable paraissait-il être, j'avais encore bien du mal à croire que Davos se fût montré aussi charitable envers moi, de façon entièrement désintéressée. Seaworth conservait un lourd secret, et me l'avouer enfin ne pouvait provoquer que deux possibilités : soit il me conservait bel et bien auprès de lui, soit il me perdait pour toujours. Et moi, aussi incroyable que cela pût paraître étant donné les signaux émis, je ne me doutai de rien. J'étais bien aveugle, en vérité.

« Oui et non. Il y a des moments où la solitude fait du bien, mais je doute que cela soit applicable à 100 % du temps. » répondit-il.


Cela dépend de la compagnie qu'on trouve, commentai-je simplement.

Je n'en étais pas à appliquer l'adage si simple « mieux vaut être seul que mal accompagné », mais j'avais l'impression qu'on éprouvait des besoins de compagnies différentes, au fil de notre existence, et que de toute façon, cela ne relevait pas de nos choix ou de nos compétences. Les rencontres, puis les relations durables n'étaient souvent que les fruits d'accidents et de choses imprévues. Le fait que je me trouvasse chez Davos, alors que j'avais jusqu'à présent tendance à rejeter le monde, en était un parfait exemple. Et là, je me demandai pourquoi je pensai à lui, après avoir songé aux relations durables ; mais après tout, j'avais rarement eu un ami tel que lui. Bien entendu, étant d'une nature susceptible, je n'avais pas pu m'empêcher de prendre sa réplique pour moi. Mais que voudrait-il que je fasse ? J'avais perdu ma famille depuis longtemps et le simple fait de sortir dehors risquait de me mettre en danger. Je n'en avais même pas la volonté. Et je ne comptais pas me connecter sur des réseaux sociaux stupides pour combler ce vide-là. Et puis, au fond, peut-être que la situation actuelle me suffisait amplement, pour l'instant. Le Manoir Spencer était beaucoup plus peuplé et animé que cette maison, mais je m'y sentais infiniment plus seul.
Une fois de plus, j'avais tendance à me sentir étudié par le regard ineffable de cet homme, mais je m'imaginais simplement qu'il était perspicace et prévoyant. Je m’efforçai de croire que c'était l'inquisition bienveillante que je lisais dans ses yeux d'argent, qui m'incitait à toujours éviter leur contact ; mais une fois de plus, j'étais assez loin de la vérité. Combien de verres de vin avions-nous bus ? Pas des masses, mais la bouteille était plus vide que pleine. Je commençai à me sentir un peu assommé, et je songeai que l'alcool ne faisait pas bon ménage avec les médicaments, d'autant que j'avais perdu l'habitude de boire.
J'avais toutefois suffisamment mes esprits pour le mettre en garde contre moi-même. Je n'étais que de passage dans l'existence d'autrui et cela ne changerait jamais ; d'une part pour les protéger, de l'autre, parce que j'étais incapable de m'engager auprès de quoi que ce soit, ou de qui que ce soit. Mes multiples trahisons antérieures en témoignaient. Tôt ou tard, le tour de Davos viendrait. Le fait qu'on appartenait à deux camps ennemis représentait déjà un obstacle de taille à une quelconque amitié.
Vu la réaction de Seaworth, je compris parfaitement combien mes mots avaient été douloureux, au reste, ils étaient plus sincères que ceux dont j'avais l'habitude. Il était temps que cette entracte, ce conte de fées cessassent, avant que la brutale réalité ne nous réveillât d'elle-même. Quand il se leva, je crus qu'il allait partir, car je l'avais blessé bien plus que je ne pouvais le soupçonner... Mais il préféra se concentrer sur la fenêtre un instant. J'avais l'air mal à l'aise à mon tour, mais je n'ai pas osé aller le déranger. Il ne daigna reprendre la parole, qu'au bout de quelques minutes. Moi qui voulais passer une soirée amicale... Même de cela, j'en étais incapable.

« J'ai une dette aussi de mon côté. Je vous ai fait un mal que je n'ai pas encore rattrapé. Et au-delà des dettes, je ne vais vous laisser repartir dans la gueule du loup, vous comprenez ? »

J'ignorai pourquoi, mais je n'étais qu'à moitié surpris qu'il souhaitât me retenir ici. J'ignorai si j'en étais soulagé ou particulièrement agacé.


Vous avez largement payé vos dettes. Moi j'ai agressé votre fille, on est quittes depuis longtemps, je vous rappelle, répliquai-je, plus sèchement que je ne l'aurais souhaité, ignorant volontairement sa dernière phrase.

« Je suis immortel. Je n'ai pas à craindre de beaucoup de monde, et même si c'était le cas, le danger a toujours fait partie de ma vie. Comme l'espoir et l'optimisme. Ne crois pas me les arracher en un tour de main, même si je sais que ce monde n'est pas utopique »

Je levai le regard vers lui ; sans doute était-il à la fois perplexe et particulièrement intense. Je n'arrivais toujours pas à comprendre pourquoi il voulait prendre tous ces risques pour moi, ni comment il pouvait ne jamais désespérer. Cela me dépassait totalement. Ce qui m'avait frappé le plus, c'était qu'il était passé au tutoiement en un clin d’œil, et de façon naturelle. Son discours ne pouvait être que plus percutant, de cette façon.

« Tu te crois une personne de passage alors que tu as déjà une place dans ma vie, et pas insignifiante ! Tu crois que tu n'apportes que la désolation, mais ai-je seulement l'air triste ? Ou seul ? Je ne demande qu'à te faire sentir moins seul, à te faire reprendre courage. Bien sûr que je ne peux remplacer personne. Je ne suis pas tous ces autres. Mais tu as tort de t'enliser, de ne penser qu'à des relations qui se sont avérées toxiques pour toi. Tu es tourné vers le passé et cela te tue plus sûrement que les blessures qu'on t'a faites. Il faudrait seulement que tu aies le courage de regarder ailleurs, plus en avant, vers ce qui est encore à faire – d'une meilleure façon qu'avant – et de ne pas refuser les mains tendues qu'on t'offre, toute les possibilités. Car on te les offre, de bon cœur, parce qu'il y a plus en toi que tu ne crois. »

C'était à mon tour d'être parfaitement déstabilisé par un discours surgi de nulle part ; qui se voulait protecteur, mais qui se révélait dur et amer. Je ne comprenais toujours pas comment j'avais pu prendre une telle place, dans sa vie. J'avais ni plus ni moins l'impression d'être un fardeau. Je l'avais toujours été. Il me connaissait en tout cas beaucoup plus que je ne le croyais. Comment était-ce possible ? C'était un mystère, mais après tout, il n'y avait que la vérité qui faisait souffrir. Je n'avais jamais su détourner mon regard de mes blessures antérieures, c'était un fait. Comment croire en l'avenir alors que jusqu'à présent, j'avais toujours été déçu ? Il s'imaginait pouvoir me sauver de moi-même. Il était donc plus fou que simplement optimiste... Je hochai négativement la tête, tandis qu'il parvenait à la fin de son discours humaniste.


Tu ne me connais pas, répliquai-je finalement. Pourquoi t'accorderais-je une chance, que j'ai refusée aux autres, ou qu'ils ont de toute façon gâchée ? Et je ne t'apporte rien du tout ! Je ne comprends pas pourquoi tu es allé te mettre toutes ces bonnes intentions dans la tête, et tous ces senti...

Je m'interrompis et le regardai très différemment, tout à coup. J'étais sur le point d'utiliser le mot « sentiments ». C'était sans nul doute le signe que nous avions trop bu et que nous commencions à dire n'importe quoi. Ou du moins, des choses qui pourraient être mal interprétées. Tout ce que je voyais, était qu'il commençait à trop vouloir se rapprocher de moi, et ma défense se ranimait.

Je refuse d'en entendre davantage, ajoutai-je finalement. Je pars demain matin, conclus-je, en me détournant de lui.

Je me dirigeai vers l'escalier, autant troublé par ses mots que par le vin que j'avais consommé. D'ailleurs, je perdis l'équilibre, et si je ne mordis pas la poussière, c'est uniquement parce que je me tenais agrippé à la rampe de l'escalier.

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MessageSujet: Re: [CLOS] 'Till Him | Rafael Dim 11 Jan 2015, 17:50



Bien entendu, toute cette histoire n'était pas sans rappeler une certaine légende de Shakespeare. Mais enfin, un homme qui en aimait un autre, était-ce sa faute ? Qu'importait les contextes politiques et mutants, il y avait des sentiments qui naissaient et contre lesquels on ne pouvait rien. Ce n'était pas faute d'avoir essayé, pour Davos, puisque sans Algernon, il n'aurait jamais compris que le revers de la haine et de la colère, qu'il croyait autrefois ressentir pour Rafael, étaient simplement des sentiments déguisés, refoulés, qu'il ne parvenait pas à voir sous un autre jour. Et Algernon avait vu plus de futurs que Davos ne pouvait en imaginer ; et il lui avait promis de l'écouter, de suivre ses conseils. Aussi le ferait-il. Il ne pouvait certes croire totalement que Tosca ou Stannis puissent le trahir pour de bon, mais il pouvait certes croire que cet homme en face de lui, avec qui il parlait avec moins de masque que d'ordinaire, grâce a vin, était peut-être la personne qui lui était destinée. Il était après tout de nature à croire, et non à voir tout en noir. Et puis, s'il se sentait aussi nerveux, c'était bel et bien pour une raison, non ? Il avait fait confiance à Algernon, en l'écoutant, et désormais, il ne s'agissait pas de reculer, mais d'avancer, comme l'Ange de la Musique avait enfin réussi à le lui faire comprendre.

« On a parfois de la compagnie là où on s'y attend le moins. Le hasard peut jouer beaucoup, et parfois révéler des chemins cachés. »

Voilà qui était certes une phrase qu'aurait plus dite Algernon que Davos, mais le marin n'en pensait pas moins. S'il avait détesté Rafael, pendant un temps, il ne savait qu'ô combien il se sentirait seul, si celui-ci avait le malheur de partir, en dépit de tous les dangers que cela comprenait, pour eux deux. Roméo et Roméo, si vous préférez, mais la situation était la même, seulement, la solution finale ne serait pas aussi tragique, il se le promettait. Il avait aidé et protégé Rafael jusque-là, et ne comptait pas s'arrêter en si bon chemin. D'autant que chaque jour supplémentaire apportait un peu plus de bonheur intérieur, et d'ouverture pour...pour peut-être ce qu'il désirait ces derniers temps, plus que tout autre chose. Bien sûr, il ignorait encore beaucoup de choses sur Rafael, et c'était pourquoi son regard d'argent était parfois si insistant.

Il aurait juste tant aimé en savoir plus sur lui, sans que cela prenne une allure d'interrogatoire. Il était curieux de tout ce qu'il pouvait y avoir à connaître sur cet homme, tout simplement, parce que les sentiments étaient plus profonds et plus vrais que les faits, parfois. C'était le cas aujourd'hui, ainsi, avec cet homme qu'il avait cru haïr. Les liens d'amitié, d'amour et de haine se tissaient avec la même passion et le même enracinement. Et puis, tant que l'homme ne serait pas en sécurité, Davos ne le laisserait pas partir. Il l'observait en faisant juste attention à ne pas révéler trop de tendresse dans ce regard-là, alors qu'il reprenait également un verre d'alcool. Il tenait normalement cela bien, mais il était indubitablement plus nerveux que d'habitude. Tout pouvait peut-être se jouer ce soir-là, après tout.

Le discours de Rafael, volontairement négatif et fait pour cesser toute discussion pouvant aller dans le bon sens, le refroidit cependant un instant, le temps de se détourner, pour se calmer et se concentrer. L'alcool n'aidait pas, puisqu'au contraire, tels mots de la part de cet homme qu'il appréciait tant, ne faisait qu'appuyer et renforcer sa volonté de se battre. Volonté qu'il ne devait pas qu'à Algernon, mais aussi à son propre cœur. Qu'importaient si leurs visions de vie étaient si différentes. Il démontrerait à Rafael qu'il n'était pas qu'une personne de passage, et pas plus tard que ce soir, il se le jurait. Peu importait les camps opposés, à cet instant. Et comment oser même dire dans cette situation, que c'était un conte de fées ? Davos savait parfaitement que cela n'en avait jamais été un. Etait-ce pour cela qu'il fallait pour autant renoncer ? Bien sûr que non. Il fallait bien croire et se battre, sinon, plus rien n'arriverait jamais. Il était peut-être le jour, et Rafael la nuit, il n'empêchait qu'ils étaient liés, contre leur gré, aux flux et reflux des mouvements du cœur, et que personne ne pouvait briser cela. La tournure légère de la soirée s'était dissipée, mais il ferait avec, puisqu'il devait désormais faire preuve d'encore plus de conviction.

« Vous avez largement payé vos dettes. Moi j'ai agressé votre fille, on est quittes depuis longtemps, je vous rappelle. »

Le tout dit d'un ton sec qui n'était encore destiné qu'à l'éloigner, qu'à prouver que Rafael n'en valait pas la peine. Le regard de Davos se durcit, non dans le mauvais sens, mais il avait pris une expression intense, proche de l'inquisition et en même temps de la plus ferme volonté et détermination qui soient, alors qu'il revenait vers lui.

« Nul homme n'est assez mauvais pour ne pas être sauvé. Sans quoi je ne serais pas devant vous, aujourd'hui même, » répliqua-t-il, non sans assurance, bel et bien déterminé à lui faire entendre ce qu'il voulait. Et son discours, directement sorti du cœur, ne s'arrêta pas là.

Ses mains étaient crispées, le verre vide, il se sentait indubitablement angoissé et anxieux, mais au moins disait-il ce qu'il avait sur le cœur, ce qui comptait plus que tout. Les expressions de Rafael changèrent, et il ne manqua pas de les noter, mais il essaya de ne pas être déstabilisé. Il ne devait pas le perdre. Quant au tutoiement...il fallait bien qu'il y passe à un moment ou à un autre. Et parfois les occasions se présentaient plus tôt qu'on ne le croyait, aussi en profitait-il. Il voyait bien que Rafael était de plus en plus remué par ses paroles, aussi dures que pourtant vraies, et sincères. Rafael n'était pas un fardeau. Il avait pris sa place naturellement, dans l'existence de Davos, au point qu'il ne ressentirait qu'un vide lancinant s'il partait. Algernon l'avait prévenu, de tout cela. Il avait exprimé tout cela, lui l'Ange de la Musique, bien mieux qu'un pauvre marin comme Davos ne savait dire les mots qu'il fallait. Quand deux personnes se croisaient et devenaient – allaient devenir – à ce point liées, on oubliait tout ce qu'il y avait de monstrueux, de chaque côté, sinon, cela ne valait pas la peine. C'était pourquoi, sans l'oublier, Davos mettait de côté l'agression de Tosca, les Ombres, et tout ce passé sombre et sinistre. Lui aussi devait mettre cela de côté, non sans culpabilité. Et s'il y avait un prix à payer, il y était prêt. Et il aiderait Rafael, autant que possible, jusqu'à ce qu'il croie à ce futur, lui aussi. Mais pour l'instant, l'homme dont il était amoureux, se bornait à secouer la tête, refusant tout l'espoir, tout l'avenir qui lui était proposé. Cela aurait fait enrager n'importe qui : Davos s'arma de patience.

« Tu ne me connais pas. Pourquoi t'accorderais-je une chance, que j'ai refusée aux autres, ou qu'ils ont de toute façon gâchée ? Et je ne t'apporte rien du tout ! Je ne comprends pas pourquoi tu es allé te mettre toutes ces bonnes intentions dans la tête, et tous ces senti... »

Davos devait le regarder également d'un air très différent, désormais. Il aurait tant voulu que ce dernier mot soit prononcé en entier, mais son interlocuteur s'était arrêté. Arrêté avant d'aller trop loin, d'ouvrir les yeux, de voir la vérité. Le regard qu'il lui lançait n'était pas moins équivoque. Il savait qu'une ligne dangereuse commençait à se rapprocher, et qu'ils étaient près de la franchir. Cela ne pouvait se dérouler ainsi ; ce serait comme éteindre la flamme d'une bougie plus prometteuse que tout.

« Je refuse d'en entendre davantage, » finit par terminer Rafael. « Je pars demain matin. »

Le cœur de Davos eut un bond, à ces dernières phrases, certes différent de celui d'avant. C'était davantage un bond de dépit, que d'espoir. Il suivit néanmoins Rafael, comme le stalker qu'il avait toujours été, alors qu'il se rapprochait de l'escalier.

« Sentiments. » lança Davos, fermement, et avec une intonation sensible dans la voix. L'alcool devait aider, sans nul doute. « Pourquoi buter ou se cacher sur ce qui vient du cœur ? »

Il le vit manquer de tomber en essayant de monter l'escalier, et bien que Rafael se soit accroché en partie à la rambarde, il le retint également, agrippant avec autant de douceur que de délicatesse, pour l'empêcher de complètement perdre l'équilibre. Sans doute n'avaient-ils jamais été aussi proches, corps quasiment l'un contre l'autre, et il appréciait ce contact, bien qu'il soit involontaire.

« Je ne te laisserai pas partir. Tu n'es pas en sécurité en-dehors d'ici. Et je ne demande qu'à te connaître ! » continua-t-il, à discourir, tournant Rafael vers lui, pour que leurs yeux se rencontrent enfin, bien que Rafael demeurât plus grand que lui.

« Si je souhaite tant que tu demeures ici, c'est que tu m'apportes plus que tu ne le crois. Que tu as le droit à une deuxième chance. Ai-je échoué à t'aider pour l'instant ? Je continuerai à être à tes côtés. »

C'était autant l'alcool, que la vérité, qui parlaient. Par ailleurs, c'était totalement involontaire de la part de Davos, mais vu qu'ils étaient si proches, et lui si près d'exprimer ce qu'il avait totalement sur le cœur – et que le vin n'aidait pas à contrôler tout – il devait y avoir une certaine partie de l’anatomie de Davos qui durcissait. Il ne s'en rendit pas compte tout de suite, sans quoi il se serait immédiatement écarté, de crainte de passer pour un pervers ou pire encore, rougissant.

« Si tu veux la vérité, » poursuivit-il, avec plus de douceur, « il y a des mutants qui voient le passé aussi bien que l'avenir. Et on m'a assuré, plus que tout, que nos destins étaient liés, plus encore que le mien ne l'était à celui de Floria, Stannis, ou qui sais-je d'autre. Et si tu as tant buté sur ce mot, c'est parce que tu comprends, au fond de toi, de quoi il s'agit. »

Le regard turquoise de Rafael était si proche de l'argent du sien. Il n'ignorait pas que s'il n'y faisait pas attention, il pourrait s'y perdre des heures, et révéler donc ce qu'il cachait tellement. Mais les dés étaient lancés, le discours était suffisamment explicite, et même son corps le trahissait, donc à quoi bon ? Il embrassa Rafael, l'enlaçant, avec toute la force, toute la chaleur et toute la tendresse qui étaient contenues en lui depuis des semaines, depuis qu'il avait totalement pris conscience de cette passion-là. Il n'échangerait cela pour rien au monde. Pour lui, à cet instant, il n'y avait pas d'autre endroit, d'autre moment, où être, et nulle autre personne avec qui être.


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MessageSujet: Re: [CLOS] 'Till Him | Rafael Lun 02 Fév 2015, 19:32


Davos me parlait de compagnie inattendue, de chemins improbables. Depuis quand parlait-il par énigme ? Et surtout, à quoi bon ? J'avais l'esprit embrumé par la fatigue, les médicaments et le vin. Je n'étais pas sou, mais j'étais las, et incapable de réfléchir. En un sens, cela me rendait aussi plus spontané. Et je n'avais pas envie de réfléchir à ce qu'il me disait. Je ne savais pas pourquoi je reculais, dès qu'il avait le malheur de faire un pas vers moi. J'aurais dû être plein de gratitude pour cet homme, qui m'avait sauvé la vie, et surtout, pardonné mes fautes. J'aurais dû avoir confiance en lui, depuis le temps que nous logions ensemble. Mais rien n'y faisait. Ses regards lourds d'un sens qui m'échappait et ses tentatives pour mieux me connaître ne faisaient que me crisper. Il était trop bon pour être honnête. Je savais qu'il cachait un lourd secret, même si je n'avais aucune idée duquel. Je me demandais quelques fois si je ne devenais pas paranoïaque, mais j'avais été trop marqué par la vie, après tout. Des marques au fer rouge, que même la plus merveilleuse des personnes ne saurait totalement guérir.
Pourquoi s'arrangeait-il toujours pour retarder mon départ, alors qu'au début, il me détestait ? Croyait-il que j'avais oublié la fois où il m'avait jeté dans l'escalier ? Avait-il fallu que Tosca me poignarde pour qu'il réalisât, qu'au fond, je n'étais pas un si mauvais bougre ? Toutes ces interrogations ne pouvaient que me rendre plus méfiant. J'avais beau tout faire pour lui faire regagner le sens des réalités – car il semblait m'idéaliser comme un martyr – rien n'y faisait. Il était aussi têtu qu'une bûche.

« Nul homme n'est assez mauvais pour ne pas être sauvé. Sans quoi je ne serais pas devant vous, aujourd'hui même. » répliqua-t-il.


On dirait un prêtre, commentai-je, avec un sourire sans joie.

Ce n'était pas si moqueur, puisqu'il se conduisait véritablement comme tel. Et pourtant, l'intérieur de sa maison comme sa conduite semblaient en faire le plus athée des hommes. Je n'étais pas touché par ses paroles. Je savais mieux ce que j'avais fait, et ce dont j'étais capable, que lui. Je savais quel sort m'attendait. Qui était-il pour prétendre pouvoir me sauver ? Et surtout, à quoi bon ? Je ne comprenais pas l'acharnement de cet homme ! Je lui avais dit que ne j'étais que de passage dans la vie des gens, et je le pensais toujours. Je ne cherchais pas même à me victimiser. Beaucoup m'avaient abandonné, c'était vrai. J'avais souffert mais j'étais aussi un grand fautif. Combien de gens avais-je négligés, délibérément repoussés ? Je n'avais rien d'une ancre, je me laissais beaucoup porter par le vent, un peu à la manière d'une girouette. Cette attitude m'avait fait survivre après tout, alors que beaucoup avaient tenté de me tuer, moi pauvre mortel qui ne croyait plus en rien. Peut-être croyais-je à la force de la vie, malgré tout, surtout parce que je percevais l'enfer qui m'attendait après. Peut-être n'avais-je pas totalement perdu espoir. Mais je réalisai de plus en plus que l'existence que je menais, depuis des années, n'avait rien d'une vie.
Je savais qu'il se rapprochait de moi, que je prenais une place importante dans sa vie, et que pire encore, je commençais à devenir dépendant de cet homme. J'étais trop aveugle pour voir la vérité telle qu'elle était, mais je sentais cela, et c'était de mauvais augure. Il ne pouvait pas compter sur moi, et je ne voulais plus m'attacher à qui que ce soit. Ces affections humaines m'avaient trop fait souffrir. Alors à quoi bon vendre de l'illusion et perdre notre temps ? Je pris enfin ma décision. Je ne lui laissai plus le choix. Je comptai partir le lendemain.
Pour mieux mettre fin à la discussion, je me dirigeai vers l'escalier, pour préparer le peu d'affaires que j'avais, et me reposer. Je ne voulais plus discuter avec lui. Je savais que ça allait dégénérer : soit nous nous disputerions violemment, soit il me ferait entendre raison. On avait l'air d'un vieux couple et je trouvais ça parfaitement ridicule. Il m'avait rendu service, je lui avais tenu compagnie. Pour autant, nous n'étions rien l'un pour l'autre. Et puis, quand on est malheureux, on l'est plus à deux.

« Sentiments. Pourquoi buter ou se cacher sur ce qui vient du cœur ? » demanda-t-il, peu décidé à se taire, pour sa part.

Je me tournai un instant vers lui, me demandant pourquoi il s'acharnait à ce point. N'avait-il jamais eu aucun ami, avant moi ? Se sentait-il seul à ce point ? Pour refuser tout amant à sa fille, il devait être assez névrosé. Je réalisai, tout à coup, que je m'étais peut-être trompé sur son compte. C'était comme cette femme, dans une œuvre de S. King. Elle était bienveillante et salvatrice, de prime abord, mais on se rendait soudain compte que c'était une psychopathe, qui ne laisserait jamais partir son « patient ». Je devais être dans un état lamentable pour m'imaginer de tels scénarios, certes.
Je ne répondis rien, mais il m'avait distrait. Pris d'un léger vertige, je manquai de chuter sur l'escalier, mais il me rattrapa. Je ne le repoussai pas, l'esprit trop désordonné.

« Je ne te laisserai pas partir. Tu n'es pas en sécurité en-dehors d'ici. Et je ne demande qu'à te connaître ! » reprit-il.

Je m'apprêtai à répliquer quelque chose de sec, car je n'appréciai pas l'interdiction qu'il venait de mettre en place, mais je n'en fis finalement rien. Maintenant que nous étions l'un en face de l'autre, et qu'il était assez proche pour me maintenir, je ne pouvais plus me détourner de l'argent limpide de ses yeux. Une détresse ineffable brûlait au fond de ses prunelles. Pourquoi voulais-je à ce point partir, maintenant que j'avais enfin quelqu'un qui tenait à moi, qui avait besoin de moi ? Peut-être était-ce parce que j'avais espéré autre chose. Quelqu'un comme Fran, comme Floria... J'étais un peu déstabilisé par ses gestes et ses mots, sans trop savoir pourquoi. Mais au moins étais-je plus enclin à l'écouter.

« Si je souhaite tant que tu demeures ici, c'est que tu m'apportes plus que tu ne le crois. Que tu as le droit à une deuxième chance. Ai-je échoué à t'aider pour l'instant ? Je continuerai à être à tes côtés. » reprit-il.

Mais que lui apportais-je ? J'étais blessé, fugitif, et donc un véritable fardeau ! En plus, je n'étais ni agréable, ni facile à vivre. J'étais empli de préjugés, de sarcasmes, de cynisme. Je n'approuvais pas ses choix de vie, surtout ceux concernant les Initiés. Je ne répondis toujours rien. Il est vrai qu'il m'avait beaucoup aidé, jusqu'à présent, mais justement, n'avait-il pas assez fait ? Quelque chose me dit qu'il n'avait pas besoin de mes réponses pour continuer dans son élan. Il était d'habitude si réservé. Ce n'était pas un mal de le voir se lâcher, bien au contraire. Peut-être allais-je enfin finir par savoir ce qu'il se passait, dans sa tête. Je réalisai que je ne l'avais jamais vu aussi enflammé par quoi que ce soit. Son ton devint plus doux, mais ses prunelles continuaient à éclater.

« Si tu veux la vérité, il y a des mutants qui voient le passé aussi bien que l'avenir. Et on m'a assuré, plus que tout, que nos destins étaient liés, plus encore que le mien ne l'était à celui de Floria, Stannis, ou qui sais-je d'autre. Et si tu as tant buté sur ce mot, c'est parce que tu comprends, au fond de toi, de quoi il s'agit. »

Je restai immobile et impassible, l'écoutant en essayant de déchiffrer le sens de ces mots, comme s'il s'était tout à coup mis à parler asiatique. Il me disait toujours qu'il n'y avait aucune fatalité, et voilà qu'il me parlait de destin. Était-ce pour que je l'écoute enfin ?
De quel mot parlait-il ? Du mot « sentiments » ? Mon cœur commença à heurter violemment ma poitrine. Qu'est-ce qu'il était en train de me chanter ? J'étais censé savoir de quoi il parlait ? J'avais l'impression de rêver. Ou alors, c'était une mauvais farce. Mais je persistai quoiqu'il en soit à ne pas comprendre un traître mot de ce qu'il disait. La vérité est que je me forçai à rester aveugle. C'était trop énorme pour que je puisse l'admettre, si subitement, si rapidement. Davos pensait à cette perspective depuis des mois. Garder cette tempête sous un crâne pour lui avait dû être difficile, de même qu'il venait de faire preuve de courage. Mais au moins était-il préparé. Moi, j'étais dans le même état que si un cyclone venait effectivement de passer, entraînant tout ce qu'il y avait de normal ou réconfortant dans la maison. Il ne m'aurait pas davantage surpris avec un coup de poing, au contraire. Je n'eus malheureusement pas l'occasion de me remettre du choc confus qu'il venait de produire en moi puisqu'il se positionna tout à fait contre moi, pour... Pour m'embrasser.

Je sentis un empressement et une passion en lui, comme s'il s'était contenu depuis trop longtemps. Comme si ma réaction n'avait aucune importance, et qu'il souhaitait voler ce fragment du présent, afin de le garder précieusement dans sa mémoire, quoiqu'il adviendrait ensuite. Il est clair que je ne rendis ni l'étreinte, ni le baiser. Mon cerveau peinait à comprendre qu'une personne venait de m'embrasser, sans crier gare, et que cette personne, c'était un homme. Un homosexuel. Cette idée commença à me crisper et lorsque je sentis qu'il commençait à bander, j'eus ni plus ni moins un sentiment de répulsion.
Je le repoussai brutalement, aidé par un coup de poing porté à son visage. Avais-je enfin calmé ses ardeurs ? Je reculai d'un pas, me retrouvant maladroitement adossé au mur de l'escalier. Je ne détournai pas mes yeux de Davos, l'air malgré tout plus stupéfait qu'autre chose. Je le regardai, stupidement. Je ne savais pas quoi penser de ce qu'il venait de se passer, mais j'étais loin de regretter mon geste défensif.


Et pendant tout ce temps... Je me demandais pourquoi tu m'aidais... Je me demandais qu'est-ce que tu avais derrière la tête, dis-je, reprenant peu à peu mes esprits.

Ce qu'il avait derrière la tête, c'était une idée de m'enc*ler... En disant ces mots, je réalisai combien j'étais blessé et déçu. Je n'aurais jamais pu prévoir une telle chose, mais c'était tellement absurde, grotesque. Ainsi, même les gens comme Davos Tosca étaient intéressés...
Je passai brièvement une main devant mon front. C'était lui qui avait été frappé, mais je n'étais pas moins retourné que lui. Et pourtant, beaucoup de choses s'expliquaient maintenant. Il ne suivait peut-être pas sa fille, mais moi. C'était à cause de moi qu'il était jaloux. Il n'avait pas voulu que Floria et moi nous entre-tuions, mais il fallait avouer que cette séparation lui avait été utile. Il avait notamment pu me garder chez lui, pour lui seul. Ce que j'avais été naïf... Je revis tous ses regards insistants, ses silences gênés, ces moments où je sentais qu'il voulait me parler, mais où il se rétractait toujours. Il n'était pas étonnant qu'il m'ait interdit de partir.
J'eus un léger rire, certes parfaitement dénué de joie. La fatalité s'était surpassée, cette fois-ci. Comme c'était ironique : elle me donnait le coup de grâce. J'avais enfin trouvé un ami, ou du moins, quelqu'un qui ne voulait pas ma peau, et il se trouvait que c'était le genre de névrosés que j'étais. Certes, ce n'était pas parce que j'avais été insistant, de cette façon, avec les femmes, que je souhaitais qu'on m'adressât les mêmes « faveurs ». Jamais je n'aurai cru être embrassé par un pd. En général, je me tenais éloigné de ce genre de déviances. Je regardai sa fin d'érection, avec sévérité. Et je me sentis coupable, malgré tout.
J'avais peut-être tort de le diaboliser à ce point, car je lui devais toujours la vie. Je n'aurais jamais cru vivre ce genre de situations, et je ne savais pas comment me conduire. Le silence s'éternisait entre nous deux, mais il n'était pas de trop. J'avais besoin de me calmer et de réfléchir. Envers et contre tout, il n'avait pas l'air dangereux. Son geste insensé n'en était pas moins resté « tendre » même si je trouvais ce mot ridicule, entre deux hommes. Et puis, s'il ne pensait qu'à cela, n'avait-il pas déjà eu cent occasions de m'approcher ? Avais-je envoyé des signaux, à mon insu ?


Je ne suis pas pédé, ou tout ce que tu veux, dis-je finalement.

Mon langage était abrupt, mais le ton était plus posé, pour lui faire comprendre que je regrettai un peu mon emportement. Il nous fallait de toute façon discuter, sans quoi, nul ne pourrait fermer l’œil de la nuit. Curieusement, j'étais moins pressé de partir. J'étais particulièrement intrigué par ce qu'il venait de se passer. Je n'étais pas si surpris que cela, au final. Je repensai à l'instant où nous avions été proches l'un de l'autre, et force était de constater que je ne m'étais pas senti en danger, bien au contraire. Comme à ma place... Je hochai brièvement la tête, songeant que je commençai à délirer.


Tu t'es fait des idées, repris-je, l'air plus désolé qu'en colère, cette fois-ci.

Et je massai tristement mon épaule, car donner un coup de poing violent, avec mon côté blessé, n'avait pas été l'idée du siècle. La douleur recommençait à me lancer, terriblement. Je regardai Davos qui se tenait à l'entrée de l'escalier, puis le haut du même escalier. Je n'étais pas sûr d'avoir le courage de gravir ces marches, seul. Mais comment le laisser approcher, désormais ?


Comment c'est possible, ajoutai-je, accusant encore le coup de ce que je venais d'apprendre.

Je passais d'une émotion à une autre, comme s'il s'était agi d'un processus de deuil hyper accéléré. Mais quoi de plus naturel ? J'étais frappé par la foudre, à cause d'une chose que je n'avais jamais tolérée, et malgré tout, je n'avais pas envie d'en vouloir à Davos. Devais-je me remettre en question ? Il allait de soi que même si je venais à l'accepter, je ne pourrais jamais lui « faire plaisir ». Je ne mangeais pas de ce pain-là. Il ne me manquerait plus que ce péché, tiens. Aveuglé par ce raisonnement, j'étais incapable de me demander si j'avais apprécié, ou non, son étreinte. Tout s'était passé si vite...
Mais j'étais si las de me battre. N'aurai-je donc jamais un seul instant de répit ? Une seule épaule fiable sur laquelle me reposer ? J'étais beaucoup plus blessé de le perdre que je me le figurais. Certes, il était toujours là, mais alors que je comprenais enfin quel ami précieux il était, je réalisai que pour lui, ce n'était justement pas de l'amitié. C'était parfaitement injuste. Je restai silencieux, l'air déçu et abattu. Certes pas par sa faute, en un sens...


Je sais que je suis mal placé pour dire ça, mais tu aurais dû m'en parler, plutôt que de te ruer sur moi, comme ça, dis-je.

J'hésitai, puis je lui tendis le paquet de mouchoirs que j'avais toujours sur moi, dernièrement. Il saignait un peu du nez, mais il semblait déjà guérir. Je n'étais pas particulièrement fier de ma réaction, finalement.


Je suis désolé...

Mais désolé pour quoi ? Pour le coup porté, ou parce que je ne correspondais pas à ce qu'il recherchait ? Certes, ça aurait été fabuleux de trouver le grand amour, de façon si inopinée. Ce serait si simple de se focaliser sur cela, sans prêter attention aux questions de moralité ou de principe. Ou même de désir. Même si je le voulais, je ne pourrais pas être avec lui. Et ce qui me rendait le plus malade, c'est que je me répétais tous ces arguments, comme pour me convaincre moi-même.

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MessageSujet: Re: [CLOS] 'Till Him | Rafael Mar 17 Fév 2015, 19:51



[Je n'ai pas donné mon accord pour terminer prématurément ce sujet, donc je réponds comme prévu initialement, en passant à après l'incendie du QG des Initiés.]


Certes, Davos utilisait beaucoup les mots d'Algernon, pour mieux convaincre Rafael. Il avait suffisamment passé de temps avec cet homme pour remarquer, par quelques signes ou paroles, sa foi. Il ne fallait pas oublier que Floria elle-même était pratiquante et qu'il avait souvent soupiré devant certaines de ses manies. Et puis, l'homme semblait sensible aux notions de destin, de fatalité, aussi, pourquoi ne pourrait-il pas en parler ? Algernon les avait prédits, ces futurs possibles. Et il y croyait dur comme fer, car jamais avenir n'avait éveillé autant d'espoir et de bonheur possible en lui. Aussi improbable que ce soit ce futur, il sentait au fond de son être, que c'était la meilleure possibilité qu'il ait pu avoir, et il n'y déroberait pas. Le chemin de la vie qu'on souhaitait n'était jamais facile à trouver, mais il n'y tournerait jamais le dos alors qu'il savait qu'il était à portée de pas.

S'il avait su que son attitude crispait autant Rafael, il aurait sans doute laissé voir plus d'indices, plus tôt. Mais c'était aussi la première fois qu'il se retrouvait dans ce genre de situation, et il préférait être aussi prudent que possible, amener les choses progressivement. La soirée s'était précipitée, et le vin amenait les choses plus rapidement et avec plus d'ardeur que prévu. Si cela devait, après tout, être ainsi ? Pourquoi pas ? L'alcool était parfois un conseiller bien étrange. Pour autant, Davos pensait chaque mot qu'il disait, et ressentait véritablement ce qui se tramait tant dans son cœur que dans son corps. Pourtant autant, il ne forcerait jamais Rafael à quoique ce soit. Il n'était pas ce genre d'homme. Et malgré les remarques sans joie de Rafael, il demeurait déterminé et inébranlable. Il n'était pas homme à fuir.

« Peut-être du cœur, si on veut, mais en tout cas je pense que peu mériteraient la peine de mort, si elle était autorisée. On n'a pas le droit de décider plus qu'un autre de la mort de quelqu'un. »

Mais il aurait dû comprendre que sous le sourire inerte il y avait aussi une certaine sincérité. Pour autant, Rafael n'était pas forcément touché par ce qu'il disait, comme il l'aurait vraiment voulu. C'était donc à lui de le convaincre. Il ne pourrait pas dire qu'il n'avait pas essayé. Aussi était-il acharné, mais pour une bonne cause, dans son esprit. Il ne croyait guère aux idées de Rafael – personne n'était de passage dans la vie des gens, puisque c'était toutes les rencontres qui forgeaient l'être. On n'avait pas besoin d'être une ancre, on pouvait ressembler au vent, et cela ne voulait pas dire qu'on avait moins d'importance, qu'on méritait d'être moins aimé. Les caractères étaient propres à chacun. Et ce n'était pas parce que d'autres avaient abandonné Rafael, que Davos ferait de même. Il n'avait aucune raison de le faire. Et il ne tenait qu'à cet homme, d'accepter une autre vie qui lui serait plus bénéfique. On ne pouvait aider ceux qui ne voulaient pas l'être, pour autant, cela ne voulait pas dire les laisser tomber sous prétexte que. On n'avait rien sans rien. Et il valait mieux encore souffrir, que de n'être rien, être dans le néant, et à ce point désespéré par le manque de but.

C'étaient toutes ces pensées qui allaient et venaient en arrière-plan dans l'esprit de Davos, sans qu'il en ait conscience, complètement. Pour l'heure, il se concentrait beaucoup plus sur le fait de retenir Rafael et de le convaincre qu'il en valait la peine. Il réussissait au moins à attirer son attention, et c'était déjà un début. Assez pour que Rafael, perturbé par le vent, et par la situation, se retrouvât dans ses bras. Il ne pouvait donc plus faire semblant de ne pas l'écouter. D'ailleurs, les paroles de Davos reflétaient sa force et sa détermination. S'il était ainsi tenace et empli de volonté, il n'était cependant pas dangereux. Les mots se déversaient de sa bouche et exprimaient enfin ce qu'il ressentait. Puis ce fut le baiser, un baiser qu'il avait réprimé depuis longtemps et qui trouvait enfin son envol. Au moins ne pouvait-il pas être plus clair, même s'il se serait bien passé de la trique qu'il éprouvait et qui n'était vraiment pas bien placée dans cette situation. Rafael allait le prendre pour un pervers ou pire...ce fut pourquoi il essaya d'imprégner son baiser d'autant de sentiments et de tendresse que possible. Bien entendu, Rafael ne répondit pas ; il aurait pu s'y attendre, et pour autant, peut-être espérait-il malgré tout un peu un retour...mais les choses avaient besoin de plus de temps.

Comme le prouva soudainement le coup de poing que Rafael lui porta dans la figure, faisant craquer le nez du marin et faire couler immédiatement le sang. Davos fut bien forcé de reculer, cette fois, se tenant le visage d'une main ; il revenait à la réalité tout en étant profondément peiné.

« Et pendant tout ce temps... Je me demandais pourquoi tu m'aidais... Je me demandais qu'est-ce que tu avais derrière la tête... »

Le cœur de Davos se serra profondément, cette fois, et s'il fit un pas en avant, il ne parla pas tout de suite, ne le regarda pas dans l'immédiat. Il avait trop peur de lire le dégoût dans le regard de Rafael. Pour autant, il ne comptait pas abandonner à la moindre difficulté. Il avait pris Rafael par surprise, c'était donc en partie sa faute. Mais cela faisait du bien, que cela soit enfin sorti. Cela aurait pu prendre l'éternité, sinon.

« Un homme qui en aime un autre, ce n'est ni sa faute, ni condamnable, » finit-il cependant par articuler, relevant les yeux vers lui.

Il l'observait, et il ne pouvait que noter que Rafael était cependant plus troublé, qu'en colère. Il devait le convaincre que ce n'était pas un simple péché de chair, mais un sentiment pur et réel. L'amour était l'amour, comme disait l'autre, peu importait le sexe de la personne en face. Certes, Rafael devait maintenant comprendre bien plus de choses, comme l'indiquait ce rire sinistre que Davos dépréciait tant. Un rire qu'il se jurait de changer en soleil. Il ne savait certes pas le raisonnement de Rafael, et s'il pouvait ne pas l'approuver, il n'avait pas à le juger pour autant. Et puis, le regard sévère qu'il portait sur lui finit par mettre fin à son état physique. Pour autant, Rafael ne partit pas immédiatement, ne tourna pas les talons, comme il aurait pu en avoir peur. Il semblait réfléchir, et non prendre une impulsion irréfléchie.

« Je ne suis pas pédé, ou tout ce que tu veux. » Davos aurait pu répondre qu'il ne l'était certes pas non plus, jusqu'à maintenant. « Tu t'es fait des idées. Comment c'est possible. »

Davos se contenta de hausser très légèrement les épaules, en le voyant se masser l'épaule, l'air plus triste que coléreux. Ce qui était toujours une meilleure chose que de le voir hurler ou se casser de la maison. Lui aussi avait mis du temps à accepter l'idée, à se rendre compte de tout cela. Il devait laisser la même chose à Rafael. S'il ne l'aimait vraiment pas, soit, mais c'était impossible, car Algernon ne mentait pas. Il ne mentait jamais, et les futurs qu'ils voyaient, étaient possibles. Et pour l'instant, Davos avait veillé à les faire se mettre en marche. L'homme en face de lui semblait plus abattu, plus las qu'autre chose. Il le respecta.

« Je sais que je suis mal placé pour dire ça, mais tu aurais dû m'en parler, plutôt que de te ruer sur moi. »

Ce fut au tour de Davos d'avoir l'air véritablement gêné. La conversation aurait certes permis de mettre aussi les choses à plat, mais lancer ce sujet avait toujours été impossible. Il avança de quelques pas, en partie pour prendre le mouchoir tendu par Rafael et essuyer le sang qui coulait de son nez, même s'il commençait déjà à guérir.

« Je suis désolé... »

Davos resta un autre instant silencieux, avant de le fixer clairement de son regard gris d'argent, de nouveau. Puis il finit par reprendre la parole, plus posément, plus lucide, mais encore avec toute la passion et la lucidité qu'il avait.

« Je suis désolé également. Je ne trouvais jamais de moyen de t'en parler. » Il prit une profonde inspiration, revenant près de Rafael, sans pour autant avoir de proximité agressive ou trop osée. Il avait dessoûlé en assez peu de temps. « Tu n'as pas à être désolé. Mais comme je te l'ai dit...cette possibilité fait partie d'un futur qu'on m'a décrit. Et même montré. Sinon, je n'y aurais jamais cru moi-même. Je ne te demande que de me laisser essayer de te prouver cela. Je ne suis pas un psychopathe. Mais ce sont des sentiments vrais. Et je ne peux pas les refréner ou faire comme s'ils n'existaient pas. »

La tension de la pièce semblait s'être un peu apaisée, au fur et à mesure que les mots coulaient et mettaient des images sur les choses tues depuis longtemps. Au moins tous deux étaient-ils délivrés d'un poids, enfin. Ce n'était pas négligeable. Et si Davos avait pu sembler pressant, il ne demeurait pas moins passionné, et attentif à Rafael.

« Je suis vraiment désolé. Mais au moins tu sais ce qu'il faut maintenant. Et...je crois vraiment qu'il y a un espoir, pour nous deux. Il fallait que tu le saches à un moment ou à un autre. Je n'insisterai pas plus ce soir. Mais je vais continuer à prendre soin de toi. Et ça commence par vérifier que tu ailles au lit, que je change ton bandage, et que je sache si tu as besoin d'anti-douleurs, ou non. »

Le regard de Davos s'était raffermi, et il était sincèrement désolé. Mais néanmoins, il joignit le geste à la parole, et aidant Rafael avec précaution, il l'emmena jusqu'à sa chambre, où il le laissa s'installer sur le lit. A partir de là, sans s'appesantir, ni le gêner, il fit ce qu'il avait dit, le soignant, et veillant à sa santé, comme avant. Si ce n'était que cette fois, il était bien perceptible de voir la tendresse qui imprégnait ses gestes, et que l'attention portée était à la fois profonde et empreinte de gentillesse. Il n'avait plus à le cacher, et cela le soulageait un peu. Lorsqu'il laissa Rafael pour la nuit, s'il ne retenta pas un baiser, il ne put s'empêcher de lui porter un long regard, témoignage de tout ce qu'il ressentait.

« Appelle-moi, si tu as besoin de quoique ce soit. Ça ne change pas. » Il quitta ensuite la pièce.




Cette scène n'eut guère le temps d'être élucidée, trop vite. Peu de jours après, les deux hommes se faisaient kidnapper par le Chuchoteur, pour mieux infliger des tourments à Rix. La suite, on la connaît : le feu d'une maison digne d'horreur, les blessures, les traumatismes, et la balle prise par Davos. L’événement eut au moins un avantage : le fait de révéler à Rafael, ses véritables sentiments pour Davos, de lui en faire prendre conscience. C'était ce qui pouvait résulter de bon, dans ce malheur et ce cauchemar.

Mais l'incendie avait eu son lot de traumatismes. Davos en était ressorti blessé tant physiquement que mentalement. Ce ne fut ensuite pas l'attaque du quartier général des Initiés qui améliora les choses pour les deux hommes. Rafael était parfaitement au courant de cela, et malgré ses tentatives pour empêcher Davos d'y aller, le marin y partit avec Sveda, dans l'espoir d'aider Zexion. En vain. Sveda fut arrêtée par Kobal, tandis que Davos se retrouvait blessé et suspendu comme un gigot par Benedict, après un bref combat. Et c'était à ce instant que l'histoire était reprise, ou presque. Rafael devait avoir essayé de prévenir Dantès, pendant que Davos échouait à aider qui que ce soit, et revenait chez lui, plus qu'inquiet des paroles de Benedict sur Rafael.

Disons qu'il n'avait jamais eu autant de stress à l'âme, de cœur aussi tourmenté. Si le pire était arrivé à Rafael parce qu'il avait voulu éliminer Benedict, il ne se le pardonnerait jamais. Aussi, malgré les Initiés décédés, malgré sa cheville blessée à un point qu'il se demandait si elle guérirait – maudit soit Benedict, et il le payerait – il rejoignit sa maison après un moment. Si Rafael n'y était pas, il ne savait pas ce qu'il ferait. Il continuerait à le chercher malgré tout. Il était encore souffrant de toutes les blessures sadiques infligées par le futur leader des Ombres ; il ne se souvenait pas avoir pris une pareille raclée depuis un moment. Il était extrêmement pâle et du sang maculait sa cheville, son pantalon ; il était parfois pris de tournis que ni la balle du Chuchoteur, ni les blessures n'aidaient. Il s'efforça de garder l'esprit lucide alors qu'il poussait la porte avec urgence, l'âme prise tant de tourments que d'anxiété.

« RAFAEL ! »

On ne pouvait pas dire qu'on ne pouvait pas l'entendre, surtout avec l'angoisse qui étreignait son timbre. Boitillant avec peine et s'appuyant au mur, il marcha vers le salon, le cœur battant, pressé par une inquiétude maladive. Il n'avait jamais cru en Dieu, pour autant, à cet instant, il devait prier certainement toutes les entités existantes, pour que Rafael soit en vie. Il ne faisait nullement attention à son portable, sur lequel Sveda essayait de le joindre. Il avait perdu Stannis, perdu les Initiés, il ne perdrait pas Rafael. Il s'en faisait la promesse et il tuerait Benedict un jour, il n'en doutait pas. Mais pour l'instant, ses pensées étaient uniquement focalisées sur l'homme qui signifiait le plus à ses yeux.




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MessageSujet: Re: [CLOS] 'Till Him | Rafael Ven 03 Avr 2015, 20:15

[Tournons tout de même cette page, avec le moins de tours possible.]


Tous les gens qui avaient la foi ne croyaient pas en la fatalité, et cela leur rendait la vie peut-être plus aisée. Malgré tout, le destin n'était pas toujours ironique et funeste. D'après Davos, il pouvait être heureux... étonnement heureux. Mais pouvais-je me fier aux dires d'un homme qui, jusqu'à présent, avait plutôt eu l'air railleur au sujet de la fatalité et de la religion ? D'ailleurs, quel respect pouvait avoir un... homosexuel pour ces choses-là ? Pourtant, à mes yeux, Davos n'avait jamais eu un visage de traître, ni une attitude fourbe. Il semblait avoir la conviction profonde d'être sur la bonne route, même si elle l'effrayait, peut-être lui aussi. Sa détermination était aussi encourageante qu'angoissante. Au reste, en agissant de la sorte, il avait bien manqué de me flanquer un infarctus. Lui avait-il été si impossible de me prévenir au préalable, ne serait-ce que par des signes avant-coureurs, si en parler directement le gênait trop ? Après tout, peut-être l'avait-il fait. Il n'était pas un homme très discret. C'était sans doute moi qui avais été très aveugle. Une telle cécité était difficilement croyable, mais lorsque l'esprit tenait à se voiler la face, il n'y avait rien qu'on pouvait faire contre cela. Pourquoi m'avait-il fait ça ; m'embrasser sans prévenir, et visiblement sujet à de grands émois de l'âme comme du corps ? N'avait-il obéi qu'à sa libido, avant de se précipiter vers moi ? Avait-il vraiment cru qu'il y avait une possibilité que j'accueille ce pénis au garde-à-vous, avec chaleur ? Ne s'en était-il pas même rendu compte ? Le vin et ce qu'il appelait amour l'avaient-ils rendu assez fou pour espérer qu'un simple baiser volé m'amènerait à virer ma cuti ? Je n'étais pas l'homme qu'il croyait, et je ne deviendrai jamais celui qu'il attendait. Il s'imaginait pouvoir sculpter un diamant brut mais il se trompait, car je n'avais rien de cette pierre-là.
Quant à mon statut de « passager » dans la vie d'autrui... Il ne me ferait pas changer d'avis à ce sujet. Il était dément de croire que quoi que ce soit puisse rester éternel. Les meilleures choses souvent, avaient la fin la plus brutale. Être trahi ou abandonné était peut-être l'une de mes hantises, à raison ou non, mais c'était de toute façon mon choix ; mon choix de garder mes distances et de m'en aller, dès que le vent tournait à l'est. Qui croyait-il être pour pouvoir me retenir ? J'avais longtemps attendu une personne capable de me sortir de ma solitude et de mon désespoir au sujet du genre humain. Une personne qui m'aurait fait renoncer à cette vie nomade et corrompue. J'avais imaginé cette silhouette élancée à la chevelure rousse, pendant des années, et jamais elle ne s'était présentée à moi de façon concrète. Elle était restée une chimère, de la fumée. Je ne pouvais pas croire qu'on me permettait enfin de toucher cette silhouette, porteuse de tous mes espoirs, et qu'elle s'avérait très différente de ce que j'avais imaginé. Un homme, je ne pouvais pas... Pas Davos Tosca.
J'avais du mal à réaliser que ses lèvres s'étaient imprimées sur les miennes. Je n'y avais pas répondu, je l'avais même repoussé, mais le péché était tout de même accompli, n'est-ce pas ? J'aurais certes pu être davantage écœuré, mais après coup, je trouvai tout de même ce geste bien grave. Jamais je ne pourrai raconter cet instant à qui que ce soit, sans en éprouver une grande honte. Parallèlement, je ne pouvais pas m'empêcher de me demander pourquoi ce qu'il venait de se passer me mettait dans un tel état. Je n'arrivais pas à regarder le sang sur le visage de Davos, sans éprouver une once de culpabilité.

« Un homme qui en aime un autre, ce n'est ni sa faute, ni condamnable. » me dit-il justement.

Il parlait avec une telle sincérité. A ses yeux, ces sentiments étaient profonds, vrais, logiques et pouvaient le rendre potentiellement heureux. Mais quelle mouche le piquait ? Son attitude ne manquait pas de me déstabiliser. Il ne me permettait pas de lui en vouloir ou de le condamner pour cela, et d'ailleurs, je n'en avais pas véritablement envie. J'avais souvent manqué de respect auprès des gens comme lui, au cours de ma vie, mais je n'en avais aujourd'hui aucune envie. Depuis quand éprouvait-il de tels sentiments ? Comment avaient-ils pu naître en lui ? C'était étourdissant. Je n'avais rien à répondre à cela. Au reste, je lui affirmai tout de même que je n'étais vraiment pas de ce penchant-là. Il continuait à me dévisager, et je me demandai s'il écoutait vraiment ce que je lui disais. Était-il homme à insister, jusqu'au point de me faire changer d'avis ? Il risquait d'être déçu, si tel était le cas. Je savais qu'il n'était pas quelqu'un de mauvais, bien au contraire, mais au vu de ce qu'il avait fait, pour garder Floria auprès de lui, je ne doutai pas qu'il était prêt à trahir certains de ses propres principes, par amour. Un je ne sais quoi me chuchotait qu'il gardait tous ses espoirs, malgré le coup de poing qu'il avait reçu, ainsi que les paroles peu sympathiques entendues. Il y avait des gens plus que tenaces, mais après tout, n'étais-je pas fait de la même étoffe ?
Il avait l'air gêné, au moins, de s'être conduit de façon aussi... spontanée. Il accepta le mouchoir que je lui tendis et il s'essuya le visage. Sa blessure avait déjà disparu : cela aussi nous séparait. Je restai sur l'escalier, contre le mur, tenté de fuir le regard d'argent qu'il braquait sur moi. Et pourtant, j'étais parfois comme fasciné par lui ; jamais je n'aurais cru qu'il dissimulait de tels mystères. Je me crispai quelque peu lorsqu'il monta une ou deux marches, pour revenir près de moi, mais il n'était certes pas du genre à insister davantage.

« Je suis désolé également. Je ne trouvais jamais de moyen de t'en parler. Tu n'as pas à être désolé. Mais comme je te l'ai dit...cette possibilité fait partie d'un futur qu'on m'a décrit. Et même montré. Sinon, je n'y aurais jamais cru moi-même. Je ne te demande que de me laisser essayer de te prouver cela. Je ne suis pas un psychopathe. Mais ce sont des sentiments vrais. Et je ne peux pas les refréner ou faire comme s'ils n'existaient pas. »

Je hochai la tête, appréciant ses excuses, même si je n'étais pas certain de pouvoir les accepter. Après, au vu de la réaction que je venais d'avoir, je ne pouvais pas lui en vouloir d'avoir eu peur de m'en parler. Il avait eu raison, en un sens, de s'attendre au pire. Et pourtant, il avait franchi le pas autrement, peut-être pour se montrer sincère, ou bien, comme je l'avais dit, par espoir de me voir changer. Je l'écoutai parler encore du futur qu'on lui avait dépeint. Même s'il me disait la vérité, comment pouvait-il croire de telles prédictions ? Même s'il avait rencontré un mutant capable de lire dans l'avenir, rien n'indiquait qu'il s'agissait d'une science exacte, ou qu'on ne s'était pas moqué de lui. Bien entendu, le fait qu'il ait « vu » certaines choses me laissait perplexe.


Et comment comptes-tu le prouver ? demandai-je, avec méfiance.

Le reste, j'avais préféré l'occulter. Il n'était pas un psychopathe, certes, mais ce qu'il faisait et disait démontrait qu'il n'était pas non plus le plus équilibré des hommes. Il fallait croire que l'amour rendait fou, or, il semblait bien passionné. Je ne savais simplement pas quoi en penser, ni comment réagir. Je le laissai donc déclarer tout ce qu'il attendait de me dire, depuis des semaines, peut-être même des mois. C'était sans doute mieux que ces silences que je ne comprenais pas.

« Je suis vraiment désolé. Mais au moins tu sais ce qu'il faut maintenant. Et...je crois vraiment qu'il y a un espoir, pour nous deux. Il fallait que tu le saches à un moment ou à un autre. Je n'insisterai pas plus ce soir. Mais je vais continuer à prendre soin de toi. Et ça commence par vérifier que tu ailles au lit, que je change ton bandage, et que je sache si tu as besoin d'anti-douleurs, ou non. » reprit-il.

Je ne pus retenir une expression peu convaincue et ironique lorsqu'il insista sur le fait qu'il y avait de l'espoir « pour nous deux ». Ne comprenait-il pas qu'il n'y avait aucun « nous deux » qui tenait ? J'étais soulagé d'apprendre qu'il comptait lâcher l'affaire, pour ce soir. La suite me dérouta davantage. Je n'avais pas dit que cette déclaration me faisait changer d'avis et m'incitait à rester, finalement, bien au contraire. Comment pourrais-je être à l'aise, dorénavant, à proximité de lui ? Je songeai qu'il avait dû bien se rincer l’œil, lorsqu'il changeait le bandage, pour ne citer que cela.


J'en ai besoin, dis-je finalement, tout simplement, faisant référence aux calmants.

J'étais las, tout à coup, comme si les contre-coups de la fatigue et du vin s'abattaient sur moi. Faire un tel mouvement n'avait pas contribué à soulager mes douleurs, par ailleurs. La nouvelle elle-même m'avait assommé, et je n'avais qu'un désir : laisser passer la nuit pour avoir l'esprit plus clair... J'avais envie d'être seul, mais j'étais bien incapable de résister à quoi que ce soit, désormais.
Nous nous dirigeâmes vers la chambre. Je ne fis aucun effort pour rompre le silence certes pesant qui s'était installé. J'étais toujours préoccupé par tout ce qu'il s'était passé, et ce qui risquait d'arriver à l'avenir. Peut-être lui en voulais-je un peu. Il me donna les mêmes soins qu'à l'accoutumée. J'eus probablement l'air plus froid que d'habitude, surtout lorsqu'il s'occupa des bandages, mais il faisait comme si de rien n'était, et c'était sans doute mieux ainsi. J'aurais probablement dû l'empêcher de continuer ces soins, ne serait-ce que pour empêcher tout faux espoir, mais un je ne sais quoi me retenait ici, ce soir. Peut-être avais-je besoin de le tester. Maintenant que le vin et la libido n'animaient plus ses gestes, il conservait malgré tout une grande tendresse, qu'il avait sans doute dû réprimer, jusqu'à présent. J'avais conscience, malgré mon esprit embrouillé par la fatigue et l'alcool, que ses gestes n'avaient rien d'hétérosexuel, même s'ils n'étaient pas lascifs non plus. J'avais l'impression d'assister à la scène en tant que simple spectateur, comme si je n'étais plus qu'un esprit qui observait ces deux individus, de loin. C'était la préoccupation qui m'entraînait dans un état aussi second. Il ne fallait pas douter que les pensées se bousculaient dans mon esprit. Au demeurant, je captai le regard empli d'affection de Davos.

« Appelle-moi, si tu as besoin de quoique ce soit. Ça ne change pas. » dit-il.


Il faudra bien que je parte, eus-je pour toute réponse, songeant que la cohabitation n'allait plus être possible, très longtemps.

Je n'étais pas fier de lui dire quelque chose d'aussi dur, avant qu'il aille se coucher, mais je lui devais bien la vérité. Je m'étendis sur le lit, pensant à cette soirée, aux précédentes, et aux futures, qui se révélaient impossibles. Je n'étais pas heureux de devoir partir, et je me demandai comment j'allais survivre, dehors. J'avais appris à aimer cet endroit... C'était peut-être cela qui me rendait le plus triste. Mais pouvait-on vraiment aimer un endroit ? Ne tombait-on pas plutôt amoureux des instants que l'on y avait vécus, et des personnes qui le fréquentaient ? Cette seule pensée était douloureuse, et je passai une nuit blanche, ne doutant pas que ce devait aussi être son cas.





Les jours suivants furent bien étranges. Mes blessures m'empêchaient de partir trop rapidement, et je voyais bien que Davos était réticent à l'idée que nous nous séparions, même si je répétai qu'il n'avait pas d'espoir à entretenir. Hélas, plus nous resterions encore ensemble, plus nous souffririons mutuellement. Il fallut qu'un drame se produise, pour qu'il advienne finalement quelque chose d'heureux.
Je préfère éviter de parler encore de ce qu'il s'est passé dans la maison du Chuchoteur. Mais lorsque je l'ai cru mort, il m'a semblé que mon cœur sombrait dans ma poitrine et que je perdais le peu de raison, d'espoir qu'il me restait. Il avait fallu cette catastrophe pour réaliser que je ne pouvais plus vivre seul, ni retourner en arrière. Rentrer, sans lui, aurait rendu l'univers fade, sans couleur. J'avais bien dû finir par accepter que ces idées n'avaient rien de très viril, non plus.
Le destin m'apportait qui plus est une chance de payer ma dette. C'était à mon tour de veiller sur lui et de l'aider à guérir. Ses pouvoirs n'avaient pas raison de certains traumatismes. Nous passâmes plus de temps ensemble, moins gênés qu’auparavant. Après tout, il n'avait plus de secret pour moi, et j'étais sans doute plus attentionné, moins farouche. Frôler la mort vous faisait relativiser beaucoup de choses.
Nous dépassâmes un soir le seuil de l'amitié, même si nous n'osâmes pas aller trop loin. Au reste, cela nous avait sans doute persuadé que ce seuil, nous ne voudrions plus jamais le franchir, dans le sens inverse. Voilà les raisons pour lesquelles j'étais resté chez Davos. Voilà ce qui nous rapprocha. Mais la paix ne durait jamais longtemps.


Après le dîner avec Sveda, qu'ils avaient quitté subitement, j'étais retourné dans le quartier où nous vivions, rongé par la culpabilité et l'angoisse. J'avais été confronté au choix de le perdre en lui apprenant que je l'avais trahi (puisque j'étais au courant pour l'attaque), ou à celui de le perdre en le laissant partir vers la mort. Et pourtant, j'espérais sincèrement qu'il en sortirait indemne. Il avait plus de ressources qu'on se le figurait. Et puis, Declan avait besoin de lui, d'après ce que j'avais compris.
Je tournai en rond, dans la rue devant chez nous, où Dantès m'avait rejoint. Je l'avais en effet prévenu que je n'étais pas parvenu à retenir Davos, auprès de moi. Talbot ne semblait pas particulièrement ravi mais il ne m'en tint pas rigueur. Nous discutâmes quelques temps, avant qu'il ne prenne la décision de s'en aller.
Je rentrai dans la maison, la mort dans l'âme. Il s'agissait sans doute des pires heures de mon existence. Je m'inquiétai pour lui. Et je me maudis d'avoir – encore une fois – tout gâché. Comment avais-je pu être idiot au point de pactiser de nouveau avec le diable ? Comment avais-je pu accepter de laisser Declan passer devant Davos ? Je n'avais pensé qu'à la rancune que j'éprouvais à l'égard de Floria, ou au désir inavoué de séparer Seaworth des Initiés, pour le préserver à mes côtés. Même si j'allais mieux physiquement, mon teint n'avait jamais été aussi pâle. J'eus un sursaut lorsque j'entendis Davos m'appeler. Il était donc rentré, et j'ignorais si je devais m'en réjouir, ou en être désespéré. En effet, je ne comptais plus lui mentir.
Étant à l'étage, je descendis les escaliers, avant de le rejoindre, dans le salon. Je découvris, l'air grave, l'état dans lequel ils l'avaient mis. Il était plus rouge que livide, à cause du sang dont il était couvert. La blessure que je vis à sa jambe m'indiquait qu'il s'agissait du sien. Mais pourquoi ne cicatrisait-il pas ? Je voyais bien qu'il peinait à avancer, ou même à conserver son équilibre. Aussi surprenant que cela puisse sembler, son air alarmé était plus perturbant encore. Pourquoi s'inquiétait-il pour moi, alors que je n'avais été mêlé à rien de tout cela ? J'étais loin de me douter que l'ennemi avait prétendu que ma vie était en danger. Ce décalage avec la réalité allait mettre la puce à l'oreille de Davos, et j'allais vraiment devoir lui dire la vérité.
Pour l'heure, je me contentai de venir l'enlacer, soulagé de le savoir en vie, mais aussi pour le rassurer. Il n'avait aucune raison de craindre pour ma vie. J'imaginais, avec tristesse, que c'était peut-être la dernière fois où nous serions affectueux, l'un envers l'autre.


Tu as besoin de soins, dis-je, l'observant des pieds à la tête, inquiet.

Inquiet, mais non pas surpris. Davos m'avait quitté pour simplement aller parler avec Stannis, et pourtant, je n'étais pas étonné de le voir rentrer dans cet état. A l'idée de ce qu'il devait ressentir, j'avais le cœur qui saignait.


Où est Sveda ? Je suis désolé, conclus-je, le cœur au bord des yeux.

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MessageSujet: Re: [CLOS] 'Till Him | Rafael Mar 07 Avr 2015, 00:17


Pouvait-on parler de foi pour Davos ? Peut-être une certaine foi en l'humanité, à la rigueur. Mais il ne fallait pas aller lui parler de dieux, sans aucun doute. Il en avait assez soupé avec Fran. Et les mots qu'il avait entendus d'Algernon, il ne les prenait nullement comme une sorte de fatalité divine, plutôt comme un chemin possible du futur, parmi d'autres futurs, d'autres voies parallèles...la différence était qu'il souhaitait plus que tout emprunter cette route, parmi toutes les autres. Cela dût-il lui en coûter la vie ou bien d'autres choses, il y était déterminé. On ne luttait pas contre ses propres émotions, au risque de se rendre fou. Et puis envisager des futurs, c'était très différent de croire à des prophéties. Et l'orientation sexuelle n'avait rien à voir avec les croyances.
Peut-être aurait-il pu amener les choses avec plus de douceur, mais enfin, c'était de Davos qu'on parlait. Sans parler pour autant de manque de finesse, il lui arrivait de faire des choses simplement impulsives, comme cela lui était arrivé ce soir-là. Il ne fallait guère chercher plus loin. Il avait peut-être émis quelques signes avant-coureurs, mais la cécité de Rafael et la maladresse gênée de Seaworth n'avaient sans doute rien arrangé à l'affaire.

Et puis, c'était arrivé...par un soir de vin. Il aurait bien fallu que cela arrive un soir ou l'autre, de toute façon. C'était fait, pas de la meilleure des manières, puisqu'il s'était pris un coup destiné à le refroidir dans l'instant. Une ironie certaine pour un mutant maîtrisant la glace. Il avait au moins tenté sa chance. Il ne désirait sans doute rien de plus que de donner malgré tout quelque espoir à Roxas. Trop longtemps, tous deux, et d'autres hommes, s'étaient brûlés en voulant approcher Fran, et ne s'étaient que laissés consumer ou tromper par quelque manigance. Davos s'était détourné plus vite, pour autant, il était certain qu'il n'oublierait pas la fatale enchanteresse. Et pour Rafael...il ne l'avait jamais oubliée, et pire encore il espérait sans doute qu'elle revienne, malgré tout. Cependant, les routes avaient choisi un autre chemin, qui faisaient se frôler celles de Davos et Rafael. Restait à savoir si les deux auraient assez de courage pour en prendre une totalement commune. La surprise était donc totale pour son hôte.

Et maintenant, qu'advenait-il ?...La question était délicate. Si Rafael lui avait balancé un coup pour toute réponse, il lui avait aussi donné un mouchoir. Et au lieu de fuir, ou de l'accabler de reproches brûlants, il le regardait avec au moins une certaine attention, ou ne se moquait pas, ne faisait pas de remarques désobligeantes. Il n'était pas certain que ce soit un bon signe pour autant. Car après tout, il l'avait repoussé...Pour autant, Davos ne comptait rien forcer, et il écoutait plus qu'attentivement les paroles de Rafael. Seulement, il ne se détournerait pas aussi vite, voilà tout. Rafael et lui se ressemblaient plus qu'il n'y paraissait.

La blessure avait déjà disparu, pour autant, il était plus gêné qu'en colère. Il ne se mettrait pas en colère contre cet homme, de sitôt. Le marin s'approcha, crispant Rafael, mais il gardait une attitude tranquille. On pouvait dire ce qu'on voulait, il n'était pas un agresseur, et cela jouait en sa faveur, même s'il avait eu une conduite impulsive. Et il s'en expliqua. Au moins l'homme en face de lui, aux yeux turquoise, sembla comprendre, à défaut d'accepter. C'était déjà ça. D'ailleurs, le récit qu'il faisait ne convainquait pas vraiment Rafael.

« Et comment comptes-tu le prouver ? »

Cela était plus difficile. Davos hésita, de l'inquiétude dans ses yeux argentés, mais encore une fois, il ne pouvait que se montrer le plus sincère possible. Rafael ne s'enfuyait pas en courant à l'instant même, après tout.

« Il faudrait que tu fouilles dans ma tête, pour voir ces images. Cela est impossible pour l'instant...les seules preuves que je peux t'apporter, c'est ma conduite envers toi. Tu verras bien qu'elle n'est dirigée que pour faire ton bonheur, et non ton malheur. Ce n'est pas le plus important ? »

On ne faisait pas de mal à ceux qu'on aimait. C'était ça qui lui semblait le plus logique. Encore fallait-il que cet homme en face, le lui laisse la possibilité de le faire. Et ça, il y avait bien moins de probabilités. Rafael devait déjà regretter toutes les occasions où Davos s'était par trop approché de lui. Il veillerait à ne point sembler trop intrusif, désormais. Et si Rafael était ironique, visiblement peu convaincu...il ne le chassait pas. Il y avait peut-être un espoir, ou du moins il accordait le bénéfice du doute à Seaworth. Ce dernier ne l'aurait d'ailleurs tout simplement pas laissé ressortir dans cet état. S'il devait le laisser partir, ce ne serait certainement pas en le jetant dehors, faible et blessé. Et Roxas semblait du même avis.

« J'en ai besoin. »

Seaworth hocha lentement la tête, totalement calmé à présent, bien qu'une douleur sourde étreignait sa poitrine. Simple mal de cœur ou anxiété, nul ne pouvait le dire. Au moins ses mains ne tremblaient-elles pas, ce qui était déjà un bon miracle. Aussi s'avancèrent-ils vers la chambre de Rafael, en silence, et Davos lui fit les mêmes soins que d'ordinaire. Certes, il était difficile de cacher la tendresse qu'il y mettait, aussi n'essaya-t-il même pas, bien que l'air froid de Rafael en eût découragé plus d'un. Mais le marin était quelqu'un de patient, et il ne négligerait jamais quelqu'un de blessé, qui comptât pour lui, quels que soient les différents en cours. Tendre, mais neutre. Il ne s'aventurerait pas à oser quoique ce soit, il était peut-être gay mais pas con. Il ne tenait pas à perturber davantage Rafael, ou lui donner envie de fuir loin d'ici. Ce n'était simplement ni le moment, ni l'état, et ils avaient tous deux besoin d'une nuit de repos, de recul. Cela ne pouvait que les aider, chacun à leur manière. Il essayait de ne pas songer à ce que pensait son hôte ; cela l'aurait rendu encore plus mal à l'aise.

« Il faudra bien que je parte. »

Davos ne répondit rien, bien que ce fut de nouveau une flèche dans son petit cœur. C'était dur, pour réponse à tout ce qu'il avait fait et dit ce soir-là. Pour cette nuit, alors qu'il rentrait dans sa chambre, il s'efforça de ne pas penser à l'avenir, de juste dormir. Le peu de jours passés ensemble comme des amis était-il le seul bonheur dont ils pouvaient disposer, et qui était désormais fini ? Il ne voulait pas l'accepter. Il y aurait forcément autre chose, un autre moyen, un autre chemin. Il se refusait d'aller au désespoir. Il ne parvint ni à dormir ni à se reposer, peut-être trop occupé à écouter les bruits de la nuit pour prévenir une éventuelle fugue, peut-être occupé à rêver avec tant de mélancolie que de sourire amer... se demandant juste ce que serait le futur.

* * *

Le Chuchoteur fut bien entendu une étape déterminante, et pas uniquement parce que ce fut la première balle que Davos se prit dans la tête, de toute sa vie. Il avait réalisé à quel point il voulait protéger Rafael ; réalisé, en se réveillant chez lui et avec cet homme à côté de lui, que cet enfer avait finalement servi à quelque chose. Rafael avait pris conscience de certains sentiments dormants, de certaines pensées qui désormais ne sommeillaient plus closes dans l'inconscient. Il tenait à lui, simplement, quoiqu'il advienne de trop profond par la suite. Le point de non-retour était dépassé. S'ils se séparaient maintenant, il y aurait un sentiment de vide lancinant, comme une blessure fantôme, qui les hanterait à jamais ; le monde entier aurait perdu des couleurs et des tonalités, perdu tout ce qui en faisait le prix, la vitalité, le plaisir. Cela ne signifierait lus grand chose, juste des actions vaines faites ici et là, dans un but indéterminé, parce qu'il fallait bien un but qui donnât un pâle sens, pour ne pas finir dans l'obscurité totale. Voilà à quoi avait servi le Chuchoteur, ironiquement : il faut que quelqu'un meure pour que les autres réalisent l'importance de la vie, par contraste. C'était arrivé.

Rafael prenait soin de Davos, cette fois, les missions s'étaient inversées. Cela les rapprocha, plus que le marin n'aurait jamais pu le croire. Son don de régénération avait eu du mal à vaincre cette balle, malgré tout. Et puis il arriva où une nuit où les frontières de l'amitié et de l'amour se mêlèrent et se troublèrent, bien que cela ne soit pas non plus très éloigné. Mais cela suffisait également pour qu'ils comprennent qu'ils ne souhaitaient plus jamais une autre situation. Qu'on le veuille ou non, ils étaient amoureux l'un de l'autre. Il était seulement terrible de savoir que la paix doit toujours laisser place à la guerre, même lorsqu'on vivait reclus comme eux.


Le marin ignorait tout des décisions, des causes, qui avaient motivé Rafael à laisser Declan avoir le champ libre ; sans doute était-il bien naïf, mais il le croyait incapable d'un tel mal, désormais, en dépit de ce que Roxas avait pu faire à Floria, ou à d'autres... Le marin avait quitté l'Église du Crépuscule aussi discrètement que possible, boitillant et en sale état, et il ne pouvait s'empêcher de culpabiliser, de se lancer les pires accusations à lui-même. Après tout, il avait abandonné Sveda, Stannis, au profit de Rafael..cela montrait assez bien jusqu'où il était capable d'aller, non ? Il doutait d'être de nouveau le bienvenu chez les Initiés, encore qu'il n'imaginait même pas pourquoi c'était doublement vrai, à cause d'un certain Declan. Il ne tarderait pas à le découvrir. En attendant, essayant de ne pas vaciller ou tomber, il serrait contre lui, avec force, Rafael, soulagé de voir qu'il allait bien, qu'il était en vie...la sonnette d'alarme dans sa tête ne disait pas encore il va trop bien, tu ne trouves pas? Il était tout à son soulagement, profond et libérateur, de retrouver Rafael sain et sauf, après les menaces de Benedict. Il était loin de se douter du gouffre qui allait s'ouvrir sous ses pieds.

« Tu as besoin de soin », assura Roxas, en l'observant avec inquiétude.

Ce fut là, que quelque chose commença sans doute à clocher dans la tête de Davos. Un léger avertissement de son instinct, presque cristallin. Quelque chose qui n'allait pas, qui ne collait pas. Il ne se doutait pas que Rafael avait eu l'esprit relativement tranquille au sujet d'une menace à son encontre, ou encore qu'il avait le cœur blessé à ce point.

« Où est Sveda ? Je suis désolé. »

Les prunelles si intenses, turquoises, de Rafael, semblaient briller avec une lueur inhabituelle ; comme si son âme débordait par son regard, comme un trop-plein emmagasiné, comme une certaine culpabilité, quelque chose qui demandait à sortir. Davos recula d'un pas, ses bras cessant d'étreindre Rafael avec chaleur, sans pour autant les lâcher tout à fait. Les yeux gris du marin avaient cette fois viré à une méfiance étrange, à la fois inquisitrice et dubitative. Il faillait sortir quelque chose, mais cela aurait été cruel de sa part. Et puis, il n'était sûr de rien...alors pourquoi cet étrange tiraillement dans le ventre ? Cet instinct qui lui disait maintenant très clairement que l'attitude de Rafael était tout, sauf normale ?

« Je ne sais pas, » articula Davos, avec difficulté mais fermeté, ses yeux d'argent acier ne quittant pas ceux de Rafael. « Je l'ai perdue en route...pourquoi …. pourquoi es-tu désolé ? »

Il l'observait avec plus de froideur, cette fois, et peut-être qu'un degré chuta, dans la température. On ne jouait pas de tour aux vieux pirates, et il comprenait cette fois, peut-être à moitié, l'expression qui débordait des yeux de Rafael. Il recula d'un nouveau pas, ignorant ce que son amant avait dit à propos des soins.

« Pourquoi tu n'as même pas l'air surpris ? »

Il songea comme Rafael avait essayé de l'empêcher de partir, en début de soirée, et il sentit son cœur sombrer, très lentement, dans une chute qu'il ne pouvait retenir. En même temps, cet organe de chair lui semblait se comprimer de plus en plus, et une douleur supplémentaire s'inscrivit sur ses traits. Les mots tombèrent comme une massue, avec une résonance sinistre. Le décalage entre le calme inquiet de Rafael, et le supposé était dans lequel il était censé le trouver, rendait tout pire, et plus suspect aux yeux de Seaworth.

« Tu savais ce qui allait se passer ? »

Il n'y avait aucune douceur dans cette question, seulement l'acier tranchant du gris habituellement tranquille de Davos.


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MessageSujet: Re: [CLOS] 'Till Him | Rafael Mar 21 Avr 2015, 19:23


Il était stupide de ma part d'envoyer des signaux contraires, alors que je savais clairement ce que je voulais, ou pas. Du moins, en apparence. Je réalisai que j'avais bien souvent laissé la fatalité décider pour moi, ou emprunter la voie de la facilité. La voie de la trahison. C'était en retournant ma veste, que j'étais resté vivant et en un seul morceau (ou presque), pourquoi aurais-je changé d'attitude ? Elle me rendait malheureux, mais elle me faisait survivre, et sans attache. Davos me suggérait un nouveau chemin. Mais renoncer aux femmes, n'était-ce pas retourner ma veste de nouveau ? Si tant est que j'en sois capable, était-ce vraiment ce qu'il y avait de plus juste à faire ? Je n'arrivais pas à considérer le « problème » sous un angle différent. J'avais des préjugés trop profondément ancrés pour cela. Et puis, peut-être n'avais-je pas véritablement envie de tenter la loyauté et le bonheur qu'elle pouvait entraîner. La liberté restait la liberté, aussi amère et triste pouvait-elle être. Envers et contre tout, j'avais bien conscience que je n'avais pas envie de quitter cet endroit. Oui, j'avais conscience que Seaworth était plus souvent dans mes pensées, qu'il ne devrait l'être. Qu'est-ce qu'il avait de plus qu'un autre, cet homme-là ? Il avait un physique somme toute banal, même si je pouvais convenir qu'il avait un regard à se damner... Enfin, si on était une femme ou porté sur la chose, bien sûr... Ce qui n'était pas mon cas. Du moins, le croyais-je. Spirituellement, nombre de ses principes et de ses habitudes, à commencer par les personnes qu'il servait, m'irritaient grandement. A priori, tout nous opposait. Mais peut-être que les contraires s'attiraient. Peut-être qu'on n'était pas si différents. Et d'ailleurs, peut-être l'avais-je longtemps haï parce que je l'admirais. Il est certes plus facile de détester ce que l'on voudrait atteindre, plutôt que de chercher à progresser ; c'est comme abaisser les autres à son niveau, plutôt que de chercher à grimper. Au reste, je ne savais pas si j'avais vraiment ce raisonnement, même inconsciemment. Je crois que j'étais paumé, tout simplement.

« Il faudrait que tu fouilles dans ma tête, pour voir ces images. Cela est impossible pour l'instant...les seules preuves que je peux t'apporter, c'est ma conduite envers toi. Tu verras bien qu'elle n'est dirigée que pour faire ton bonheur, et non ton malheur. Ce n'est pas le plus important ? » avait-il dit, le jour où il était entré dans de grandes confidences.

Je l'avais regardé, sans rien répondre. J'avais simplement ignoré si je pouvais me fier à ses dires. Les hommes si doux dissimulaient quelque chose, à mon sens. L'idéal n'existait pas. En revanche, après tout ce qu'il avait fait pour moi, je pouvais bien lui accorder le bénéfice du doute, non ? Force était de constater que son discours avait quelque chose d'émouvant. Je ne devais pour autant pas baisser ma garde. J'avais trop souvent été déçu. Et même si il avait les meilleures intentions du monde, il ne comprenait peut-être pas qu'on était de toute façon condamné à blesser ceux qui nous aimaient. Attendre trop de l'autre, vouloir trop faire pour l'autre ; ces intentions apparemment louables pouvaient parfois engendrer des drames. J'étais bien placé pour le savoir. Je m'y connaissais en « trop ». Et là, il me faisait presque la promesse qu'il ne me blesserait jamais, qu'il résoudrait tous mes problèmes. Ne voyait-il pas que faire des promesses impossibles à tenir, était la pire blessure qu'on pouvait infliger à son prochain ?
Encore est-il que ça m'a fait un drôle d'effet lorsqu'on s'est retrouvés dans la chambre. J'étais bien forcé de voir ces soins, sous un œil neuf. Il y mettait une tendresse infinie. En temps normal, j'aurais trouvé cela risible ou je l'aurais envoyé paître (si du moins je m'en étais aperçu), mais cette fois, je me contentai de rester silencieux et songeur. C'était triste de ne pas pouvoir exaucer les souhaits de quelqu'un que l'on appréciait, mais c'était comme ça. Je ne pouvais dissimuler ma gêne, ou ma froideur, mais j'ai tout de même pris sur moi. J'avais beau nous imaginer aller plus loin, je n'arrivais pas à accepter cette idée. Au contraire, ces images me dégoûtaient ou m'effrayaient. J'avais tort de brûler les étapes, tout simplement. Mais je lui ai malgré tout fait part de mes intentions de partir, ce soir-là. Il parvint à rester neutre, même si je sentis que quelque chose s'était éteint dans son regard. Il est parti, presque silencieux. On s'est retrouvés seuls, pour la nuit. Mais pour l'une des dernières fois.

C'est du moins ce que j'ai cru, pendant un moment, suite à l'épisode du Chuchoteur. Il m'avait fait côtoyer des instants de bonheur que j'aurais jamais pu imaginer (Davos, pas le Chuchoteur). Je savais qu'un je ne sais quoi m'avait rendu dépendant de lui, et que c'était dangereux, puisque je détruisais tout ce que je touchais, mais je ne voulais plus le perdre. Plus jamais. Mes craintes s'avérèrent exactes, puisqu’entre Davos et Declan, j'avais choisi de servir le second.
Pour être tout à fait franc, j'ignorai moi-même ce qui me poussait à agir de façon aussi auto-destructrice. Je prenais toujours la pire décision, même si je devais finir par le regretter amèrement. Et maintenant que j'avais trouvé une personne clémente, je semblais vouloir me surpasser. Comme si je le mettais à l'épreuve, inconsciemment. Ou alors, je voulais vraiment juste me venger des Initiés, quel qu'en soit le prix à payer. J'étais un beau crétin, en réalité. Le pire était que Sveda et Davos me croyaient profondément bon, malgré quelques écarts de conduite. Ils croyaient m'avoir déjà changé. Et pourtant, ils se trompaient lourdement. Je les avais pourtant prévenus ! Il n'y avait rien de pire que de décevoir ceux qu'on ne voulait pas perdre.

Je profitai de l'étreinte un long moment, me demandant quand serait la prochaine, si du moins, il y en aurait une prochaine. Jamais je ne m'en étais autant voulu. Malgré mes angoisses, pour lui, pour moi, pour nous, je trouvai cette étreinte apaisante. Il était là, vivant, c'était tout ce qui comptait. Mais il avait bien fallu parler, par la suite. Je compris rapidement qu'il avait senti que quelque chose clochait. Le voir tout à coup si méfiant, c'était une véritable plaie au cœur, mais après tout, c'était mérité. Davos finit par prendre quelque distance, même s'il n'avait pour autant pas voulu rompre le contact physique. J'avais vraiment du mal à soutenir son regard. Je me disais parfois qu'il était capable de lire en moi, comme dans un livre ouvert, et qu'il lui suffirait d'un seul regard, pour me changer en glace. Ce n'était pas faux, d'ailleurs, non pas à cause de son pouvoir, mais parce qu'il suffirait d'un seul mot de lui, pour faire de ma vie un chaos. Il suffirait qu'il prenne la décision de me quitter. Je fus pris d'un nouveau malaise, lorsqu'il affirma qu'il ignorait ce qui était arrivé à Sveda. Si il lui était arrivé quoi que ce soit, je ne me le pardonnerais pas...

« Pourquoi …. pourquoi es-tu désolé ?  Pourquoi tu n'as même pas l'air surpris ? » demanda-t-il enfin.

Son ton était blessant, même si je ne doutai pas que sa souffrance devait être plus grande. Je sentis que la température venait de baisser, et d'ailleurs, il avait fini par s'écarter tout à fait. Je me contentai de baisser les yeux, songeant que s'il s'agissait d'un cauchemar, il devait finir vite. Je ne répondis pas tout de suite, incapable de trouver le moindre mot qui ne paraîtrait pas stupide, ni prompt à l'énerver davantage. Je finis par le regarder de nouveau, avec inquiétude. Dans son état, il ne devrait pas s'agiter. Et finalement, il comprit par lui-même...

« Tu savais ce qui allait se passer ? » ajouta-t-il.

J'étais un peu paralysé. C'était probablement la première fois qu'il s'adressait à moi de cette façon. Jamais il n'avait été aussi froid, aussi soupçonneux, aussi... déçu, même lorsque nous étions des rivaux. Je n'avais pas l'air fier, j'avais plutôt l'air désespéré, et pourtant, il allait bien falloir lui expliquer...


Je savais, oui, j'étais censé te tenir à l'écart, dis-je finalement.

J'avais la gorge nouée. Je me demandai à quel moment il allait me frapper, me geler sur place, ou tout simplement me demander de quitter les lieux. J'avais juste l'air triste, accablé, conscient que j'avais tout gâché...


Je me suis laissé charmer par l'éloquence d'un homme qui voulait du mal à Stannis, Floria, Fran,... Tous ces gens qui m'ont blessé autrefois, et auprès desquels tu n'as pas ta place. Il m'a demandé de te maintenir à l'écart des Initiés, ce soir surtout... Mais il ne m'a jamais mis dans la confidence de ses réelles intentions...

Je me tus un instant, songeant que j'avais tout dit, et que je ne pouvais malheureusement pas apporté de détails, ou de meilleure explication. Mon geste avait été irrationnel, après tout. Je pourrais éventuellement lui parler de Declan, mais ce serait risqué...

Je suis désolé, dis-je finalement, maladroit mais sincère. Je...

Je retrouvai le silence, un instant, m'efforçant de ne pas pleurer comme un enfant pris en faute, ou une pauvre femme qui craignait de perdre son mari. J'étais assez pathétique en vérité. Je parvins toutefois à conserver un minimum de neutralité et de calme. Jamais je ne m'étais senti aussi coupable, mais je savais que cela ne me servirait pas de leçon.

Je suis juste un danger pour toi, dis-je finalement, avec plus d'assurance et de fermeté. Et je ne peux même pas te promettre que je changerai ! Il te suffit d'un mot et je disparais de ta vie, conclus-je, un peu bouleversé.

J'esquissai un geste, pour aller vers l'escalier, comme pour déjà aller préparer un sac de voyage. Mais mes pas me guidèrent plutôt vers Davos, que j'embrassai, avec ardeur, avec passion, son visage entre mes mains. J'ignorai si je faisais cela pour lui dire « adieu », ou pour espérer son pardon, mais, même si ce geste était périlleux, j'en avais besoin, simplement.

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MessageSujet: Re: [CLOS] 'Till Him | Rafael Sam 25 Avr 2015, 17:46


Dans cette manière de raisonner, Davos était bel et bien différent de Rafael, même s'il suivait les conseils de l'Ange de la Musique. C'était peut-être la seule fatalité à laquelle il acceptait de croire. Pour le reste, il songeait pertinemment que seules ses décisions comptaient, et les efforts qu'il ferait pour choisir un chemin, plus qu'un autre. Il ne voyait pas la possibilité de cette histoire, de cette relation, comme quelque chose de maudit ou de voué à l'échec. En ce qui concernait l'homosexualité en elle-même, finalement, même au temps de sa vie prétendument humaine, il était fort probable que Davos n'en avait juste rien à faire, tant que ça n'affectait pas son travail ou ses relations. Peu importaient alors les relations entre les hommes de son équipage ou des gens de qui il choisissait de s'entourer. La nature était la nature, et en bon marin, il savait qu'elle était parfois plus puissante et plus terrifiante que bon nombre de mutants soi-disant invincible. Alors, même s'il lui avait fallu du temps, de la lutte et de la réflexion pour qu'il se fasse à cette idée pour lui, il n'y avait pas été aussi opposé que Rafael, dès le début. Cela demandait de reconsidérer beaucoup de choses, mais ce n'était pas une infamie. Juste...de revoir ses visions et parfois ses acquis. Ce qui n'était pas non plus chose aisée. Pour le reste, du moment que cela rendait les gens heureux....du moins l'opinion de Stannis là-dessus ne déteignait pas sur la sienne.

Et il sentait, pertinemment, que Rafael et lui se ressemblaient plus qu'ils ne le croyaient, pas forcément par leur caractère, mais certaines tendances dans leur personnalité, certaines manières de réagir. Et puis, il y avait des attractions qu'on n'expliquait pas forcément non plus. Et il admirait certainement Rafael, tout en sachant que comme tout être sur terre, il était composé de cette infinité de nuances de gris qui définissent l'humanité. On ne choisit pas sa nature, mais on choisit ce qu'on fait. Et Seaworth était un des meilleurs exemples de ces hommes gris, ni entièrement bon, ni entièrement mauvais. Ce que représentait Rafael pour lui, ce n'était pas que la possibilité du bonheur, c'était avant tout un sentiment ardent et exaltent dans sa poitrine, au fond de son cœur, quelque chose contre lequel il savait qu'il ne servait à rien de lutter, qui était vrai, et particulièrement puissant. Du reste, il était ainsi peut-être moins perdu parce qu'il savait ce qu'il voulait, mais cela ne signifiait pas pour autant que tout était facile.

L'idéal n'existait pas, sûrement, mais il ne cherchait pas non plus l'idéal, juste Rafael tel qu'il était, cela lui suffisait. Il n'était pas amoureux d'une image mais d'un être de chair et de sang, constitué de défauts et de qualités, de présent et de futur, quelqu'un de palpable, de réel. Il ne se posait juste pas autant de questions que l'homme en face de lui, sans doute, ou alors elles étaient différentes. Alors, même s'il devait y avoir des blessures dans l'avenir, il y aurait d'autres moments qui vaudraient un temps passé à souffrir, s'il y en avait. Mais pour l'instant, en ce soir de confidences confessées et maladroites, il n'y avait pas eu un mot échangé de plus, seulement des regards plus attentifs et plus significatifs que d'autres. Bien que Davos restât bien plus calme, peut-être moins naturel qu'il ne l'aurait été dans le savoir que Rafael était inconscient de ce qu'il ressentait, il n'en demeurait pas moins attentif et précautionneux, tendre, dans les soins qu'il lui prodiguait. Mais il ne demandait pas plus et il se refusait à penser à demain. Ce soit-là était déjà assez compliqué et riche en événements.

Et après le Chuchoteur, après l'attaque de l'Église des Initiés...ce n'était au final pas moins pire, bien au contraire. Car ces quelques temps passés leur avaient permis de se rendre compte à quel point ils tenaient l'un à l'autre et comment les sentiments étaient ancrés. Et Davos ne se serait jamais douté que Rafael aurait accepté de suivre les demandes d'un homme comme Declan. Ce n'était pas par mauvaise foi, ou parce qu'il était aveugle, ou se faisait trop d'idées sur Rafael, juste, ça ne lui était pas venu à l'esprit. La relation qu'ils avaient lui plaisait et le rendait bien plus heureux, après tout, et il n'y avait eu aucun signe avant-coureur de l'attaque lancée envers les Initiés. Sans quoi, ils auraient davantage pu répliquer, sans aucun doute. Quant à prendre la pire décision...à force, c'était jouer avec le feu, et prendre le risque de se brûler, ou de voir ce qu'on teste, finir en cendres, en négligeant de voir où était la limite. Cela fonctionnait dans les deux sens, la déception.

L'étreinte avait quelque chose d'infiniment doux et de précieux à la fois – le marin respirait un peu mieux, avait un étau en moins sur le cœur, de savoir Rafael en sécurité et en bonne santé. Même si ça ne l'empêchait pas, par ailleurs, de se faire du mouron pour Stannis, Sveda, Ligéia...tous les autres Initiés qu'il connaissait, à qui il avait parlé, qui comptaient. Il n'était pas de ces Externels qui méprisaient la vie des humains, bien au contraire. Mais voilà, Rafael en vie, l'un des plus essentiels à ses yeux ; l'un des instables avait cessé, et son cœur vacillait un peu moins au bord d'un gouffre dangereux où, si l'on tombait, l'on chutait indéfiniment, et où votre fantôme même continuait à chuter, sans fin.

Mais ce qui aurait dû être un réconfort cessa bien vite, quand l'ancien contrebandier s'aperçut que l'attitude de Rafael était loin d'être normale, et que des soupçons grandissaient dans son esprit, comme le prouvait la température qui baissait légèrement dans la maison. L'attitude calme, soulagée de Davos, vira alors à la méfiance et au scepticisme, à la déception peut-être, et son regard d'argent n'était plus aussi aisé à confronter en face. Après tout, si l'homme était un papa poule, un ours gentil parfois, on ne pouvait non plus douter qu'il était un homme qui avait aussi su mener de nombreux équipages de pirate pendant plusieurs vies. Ce n'était pas à oublier. Il n'était point télépathe, mais après tout, l'attitude de Rafael trahissait l'homme seul. Il semblait mal à l'aise, plus honteux, il baissait les yeux, bref, l'attitude même d'un coupable. Coupable de quoi ?...Hélas, il ne tarderait pas à le découvrir. Il en avait même oublié, temporairement certes, ses blessures, même si du sang continuait à couler. Rafael ne bougeait plus, comme tétanisé et désespéré, alors que le regard de Davos se durcissait inlassablement.

« Je savais, oui, j'étais censé te tenir à l'écart. »

Il y eut une seconde de silence, pendant laquelle Davos aurait préféré ne pas comprendre ce qui venait de se dire. Vraiment. Il songea aussi à la possibilité d'avoir mal entendu, mais non : les mots étaient bien là, avec cette sensation métallique dont s'imprégnait le fond de sa gorge, et l'air coupable de Rafael ne faisait que confirmer cela.

« Je me suis laissé charmer par l'éloquence d'un homme qui voulait du mal à Stannis, Floria, Fran... Tous ces gens qui m'ont blessé autrefois, et auprès desquels tu n'as pas ta place. Il m'a demandé de te maintenir à l'écart des Initiés, ce soir surtout... Mais il ne m'a jamais mis dans la confidence de ses réelles intentions. »

Le poing de Davos se crispa, alors qu'une flamme inhabituelle couvait dans ses yeux. Il ne proférait pas encore un mot, comme mâchonnant sa langue pour savoir ce qu'il allait dire, mais on ne pouvait douter que ça n'allait pas tarder à arriver. Pour cause, il n'avait dû jamais aussi sembler en colère, aussi incompréhensif, avec une seule interrogation dans le regard : bon dieu, mais pourquoi ?

Et finalement, ils sortirent, les mots, de sa bouche. En dépit de l'authenticité maladroite avec laquelle Rafael formulait ses excuses. La température de la pièce venait encore de baisser.

« Je suis désolé. Je... »

« Ses réelles intentions ? Tu ne pouvais pas les deviner ?! Tu savais qu'il voulait blesser Floria, Stannis, Fran ! C'est couper la tête des Initiés, tout simplement ! Je suis le seul à juger s'ils méritent que je sois près d'eux ou pas, tu entends ?! Ils se sont tous éloignés de toi, tu ne pouvais pas juste...les laisser tranquilles ? Parce qu'ils me sont chers malgré tout ? Il n'y a pas assez à affronter, sans en rajouter ? »

Davos s'agitait et faisant quelques pas nerveux dans la pièce, déposant temporairement une couche de glace sur les meubles ou les murs desquels il passait trop près. Il paraissait terrible. Néanmoins, il s'arrêta bien vite, la blessure à sa cheville le faisant souffrir, avec une grimace de douleur.

« Est-ce que tu te rends compte de tous ces gens qui sont morts ? Est-ce que c'est toi qui... ? Non. Qui est cet homme ? »

Non, au final, il se rendit compte, il ne voulait pas savoir. Il ne voulait pas savoir si c'était Rafael ou pas qui avait donné l'adresse de l'Église. Ce qui était fait était fait. Et pourtant, la flamme ne décolérait pas dans ses yeux, quand il songeait à tous ceux tombés.

« Je suis juste un danger pour toi. Et je ne peux même pas te promettre que je changerai ! Il te suffit d'un mot et je disparais de ta vie. »

Le bouleversement et la douleur se sentaient dans les mots de Rafael, pour autant, le marin restait rigide et froid, pour l'instant. Mais avant qu'il eût peu reprendre la parole, le geste spontané de Rafael le surprit. Alors qu'il semblait parti pour se détourner, il venait de se rapprocher de Davos et de l'embrasser, avec détermination et force, ses mains sur son visage. Seaworth sentit son cœur déjà bien éprouvé faire un nouveau bond dans sa poitrine, sans qu'il sache si c'était davantage en direction de la vie ou de la mort, de l'adieu ou du pardon. Peut-être qu'au final ce n'était qu'une impulsion du cœur, un élan sacré comme disait l'autre, qui ne tenait de raison que dans son existence même. C'était de ces gestes qui signifient tout et n'ont pas besoin de cause. Davos eut un terrible instant de balancement, ne sachant comment y répondre, ou même s'il devait le faire. Et finalement, ce fut peut-être la pression nerveuse qui se relâcha, peut-être comme une barrière cédant sous l'effet du gel ou du froid, ne respirant que pleinement ainsi. Peut-être aussi que tout le choc émotionnel de la bataille tombait finalement sur Davos, alors qu'il avait dû se montrer inébranlable jusqu'à présent.

Il passa ses bras autour de Rafael, le serrant d'abord avec hésitation puis force. Et ses lèvres se mêlèrent avec vigueur aux siennes alors qu'il lui rendait enfin pleinement le baiser auquel il avait été jusque-là hermétique, ne sachant comment y réagir. Ses mains devraient trembler un peu, malgré tout, tant par nervosité qu'à cause du choc, et puis, aussi, simplement, par la crainte de le perdre alors qu'il ne savait pas si les autres l'étaient ou non. Rafael lui restait, au moins, de cela il était sûr.

« Je ne veux pas que tu partes, je ne veux pas te perdre, tu entends ?! Je...si tous les autres sont perdus, je ne peux pas te perdre, toi ! Tu es trop important ! Peu importe ce que tu fais, ce que tu feras, je refuse de te perdre ! »

Et l'étreinte de Davos de se resserrer autour de lui, non pas avec colère, mais avec un désespoir certain, triste, et un peu rageur. Même la glace a ses fissures.


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MessageSujet: Re: [CLOS] 'Till Him | Rafael Jeu 30 Avr 2015, 21:27


Je lui dis. Je lui dis tout. Cela ne fit que rendre le regard de Davos plus sévère, même si de l'incompréhension s'y lisait également. Je n'avais jamais été plus doué que cela pour tenir tête aux gens, envers et contre tout. Cette situation avait un côté insupportable, mais après tout, c'était moi qui l'avais provoquée. Jamais je ne l'avais vu aussi crispé et colérique. J'avais l'impression qu'il était à deux doigts de me frapper ou de m'expulser effectivement d'ici. Je l'observai, l'air grave. Ses blessures lui donnaient un aspect d'autant plus terrible, d'une certaine façon. Je découvris une autre facette de Davos, et j'avais été bien stupide de le croire incapable d'une telle sévérité. J'ignorai si je devais l'admirer, le craindre, ou lui en vouloir pour cela. Je n'arrivais pas à comprendre son attachement pour les Initiés. Et pourtant, il connaissait Stannis depuis quasiment toujours. Qu'est-ce que je pouvais bien être, moi, dans l'existence d'un immortel ? Un grain de poussière, tout au plus. Il était peut-être temps de redescendre sur terre... Le froid palpable qui envahissait la pièce devenait franchement désagréable, mais ce n'était rien comparé à ses mots.

« Ses réelles intentions ? Tu ne pouvais pas les deviner ?! Tu savais qu'il voulait blesser Floria, Stannis, Fran ! C'est couper la tête des Initiés, tout simplement ! Je suis le seul à juger s'ils méritent que je sois près d'eux ou pas, tu entends ?! Ils se sont tous éloignés de toi, tu ne pouvais pas juste...les laisser tranquilles ? Parce qu'ils me sont chers malgré tout ? Il n'y a pas assez à affronter, sans en rajouter ? » s'écria-t-il.

Je ne répondis rien, l'air toujours coupable et sonné par sa réaction, certes légitime. Dire que j'ignorais que je mettais les Initiés en grand danger, serait mentir. Il était le seul à juger de certaines choses... Cette façon qu'il avait de me remettre à ma place heurtait profondément ma susceptibilité, et j'étais assez tenté de rétorquer des choses provocantes ou désagréables. Mais à quoi bon mettre de l'huile sur le feu ? Je tâchai de rester calme, conscient, malgré tout, qu'il disait vrai. Il voulait donc que je laisse ces gens qui m'avaient méprisé, ou qui avaient même tenté de me tuer, tranquilles... Je n'étais pas aussi peu rancunier que lui. Je n'étais pas capable de la même abnégation. Les amis de mes amis n'étaient pas forcément les miens. Je le regardai toutefois avec un air navré. Il était en droit d'attendre ces efforts de ma part, puisque je prétendais l'aimer comme un fou, après tout. J'avais simplement l'impression de ne pas être à la hauteur, ou trop différent de lui. Il avait beau faire quelques centimètres de moins, et être d'un tempérament plus doux, il avait clairement le dessus, actuellement. Que pouvais-je faire, moi, à part m'écraser ? Le problème était peut-être que je comprenais ses attentes, sans me juger capable de changer.
Il rôdait désormais dans la pièce, comme un lion qui tournait en cage. Je vis les fines pellicules de glace se déposer ici et là... Jamais je n'avais autant appréhendé la conclusion d'une discussion. Mon sort était, une fois de plus, entre ses mains. Davos finit par s'immobiliser, visiblement souffreteux. Je l'observai avec inquiétude.

« Est-ce que tu te rends compte de tous ces gens qui sont morts ? Est-ce que c'est toi qui... ? Non. Qui est cet homme ? » demanda-t-il alors.

Je me contentai de hocher positivement la tête, suite à sa question non terminée. Oui, c'était moi qui avais donné l'adresse, il y avait longtemps. Peut-être n'avais-je pas encore rencontré Davos. Perçut-il le hochement de tête ? Je n'en savais rien, mais je n'avais pas envie de m'attarder sur ce passé-là, et de toute façon, il devait se douter de la vérité. J'avais agi par colère, et avec rancune. Fran m'avait une fois de plus traité comme un moins que rien. J'étais membre des Ombres. Pourquoi aurais-je couvert les Initiés ? De toute façon, même sans moi, Declan aurait eu cette adresse. Il semblait suivre Davos depuis très longtemps... Quant aux pertes humaines, je crois que j'avais du mal à réaliser leur nombre. Mais je n'étais pas responsable. Je n'aurais pas pu éviter cela ! Il était certes réconfortant de le croire, tout du moins.


Il est dangereux, me contentai-je de dire, au sujet de Declan.

Il n'était pas dans mon intérêt de le trahir plus que cela, même si cela risquait d'énerver davantage Davos. En tout cas, j'avais besoin de temps pour réfléchir. J'avais bien conscience que l'identité de Talbot pourrait être précieuse, pour Sveda et Seaworth. Peut-être cela me permettrait-il de me racheter, à leurs yeux... Mais à quel prix ?
J'avais beau avoir l'air bouleversé à l'idée de le perdre, il restait de marbre. Nous n'étions donc pas faits de la même étoffe, envers et contre tout. Je pris mon courage à deux mains et vins l'embrasser. Je m'attendais clairement à ce qu'il me repoussât avec violence. Il préféra rester immobile, aussi froid que la glace qu'il venait de créer, ici et là. Il n'aurait pas pu avoir une réaction plus blessante.
Mais finalement, cette glace finit par céder. Il m'étreignit avec force, avant de répliquer au baiser, avec une ardeur que je n'aurais pas pu prévoir. Je me demandai comment un simple contact pouvait avoir un tel impact sur moi. J'étais trop coupable ou anxieux pour pouvoir éprouver de la joie, mais du moins étais-je soulagé de voir qu'il m'aimait encore un peu. J'ignorais s'il était prêt à m'accorder son pardon, ou une autre chance. Je pensais que la dispute n'était pas terminée, mais seulement mise en pause, mais qu'importe ? Je profitai pleinement de cet instant de grâce, durant lequel nous nous retrouvions. Certains gestes, certaines sensations étaient tellement plus parlants que tous les discours du monde. C'était cela qu'on était en train de se dire : que non, on ne voulait pas se perdre, pas tout de suite, en tout cas. A moins qu'il me disait adieu ? Il finit par se montrer plus explicite :

« Je ne veux pas que tu partes, je ne veux pas te perdre, tu entends ?! Je...si tous les autres sont perdus, je ne peux pas te perdre, toi ! Tu es trop important ! Peu importe ce que tu fais, ce que tu feras, je refuse de te perdre ! » dit-il.

Je sentis ses bras se resserrer autour de moi. Les battements de son cœur eux-mêmes étaient palpables. Des coups secs et si rapides... La profondeur de son regard et le timbre de sa voix auraient su émouvoir n'importe qui. J'avais tout fait pour rechercher ce « pardon », mais je me disais tout de même que je ne le méritais pas forcément. Je ne méritais pas cet homme, tout simplement. Il croyait pouvoir tout accepter, de ma part, par amour... Peut-être n'avait-il pas conscience du mal que j'avais commis autrefois, et que j'étais susceptible de reproduire... Je voudrais tellement changer, pour lui. Devenir meilleur... Mais je n'y étais pas arrivé, jusqu'à présent. Pourquoi cela changerait-il ?
Je me contentai, une fois encore, de hocher la tête, la gorge trop serrée pour dire quoique ce soit. Je voulais juste laisser durer cette étreinte, pour lui faire comprendre que je ne comptais pas l'abandonner. Pas tout de suite, en tout cas. J'avais bien conscience qu'il aurait d'autres questions à poser, et que j'aurais d'autres réflexions à lui faire. Peut-être finirions-nous par voir les choses différemment, à l'avenir.


Laisse-moi te soigner, dis-je simplement, avec plus de douceur.

Nous étions tous les deux très éprouvés par cette discussion, mais lui était vraiment dans un état critique. Je voulais au moins m'occuper de lui. Le reste attendrait demain.



Fin du sujet

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